Les bonus du livre : « Le Hareng de Bismarck (Le poison allemand) »

Mon nouveau livre, Le Hareng de Bismarck (Le Poison allemand), est en librairie. Cette page regroupe les « bonus » du livre : émissions et interviews où il est évoqué, vidéos promotionnelles décalées, articles de presse sur l’antimodèle allemand, visuels à partager sur les réseaux sociaux… Tout est là. Pour un approfondissement sur l’Allemagne, vous pouvez également consulter cette page qui regroupe dix ans de contributions sur le sujet.

1) Emissions
6 mai 2015 : « Le “modèle” allemand est une escroquerie » – RMC-BFMTV
9 mai 2015 : Invité d’« On n’est pas couché » – France 2
11 mai 2015 : Débat face à Alain Minc sur l’Allemagne – Europe 1
12 mai 2015 : « Le modèle allemand est égoïste et destructeur » – France 2
13 mai 2015 : « La réussite, ce n’est pas de vendre des BMW » – France Inter
13 mai 2015 : « Il faut garantir le bonheur de vivre » – i>Télé
17 mai 2015 : « Le système allemand génère 13 millions de pauvres » – RTL-LCI-Le Figaro

2) Interviews
30 avril 2015 : « L’Allemagne est devenue l’avant-garde de la finance et du productivisme » – Le Point
7 mai 2015 : « Le modèle allemand, c’est l’opium des riches » – Le Progrès
7 mai 2015 : « Le modèle allemand est une imposture » – Politis
8 mai 2015 : « L’arrogance allemande est stupéfiante » – Marianne
17 mai 2015 : « Le modèle allemand asphyxie toute l’Europe » – La Provence

3) Vidéos décalées
28 avril 2015 : « Allemagne : la méthode du choc »
28 avril 2015 : « Allemagne : un modèle de maltraitance sociale »
28 avril 2015 : « La grosse bagnole fait la loi européenne »
13 mai 2015 : « OSS 117 et de Funès : Merkel ment en allemand »

4) Quelques articles et unes de presse sur l’antimodèle allemand
28 décembre 2012 : RECYCLAGE – Les Allemands exportent leurs retraités en Europe de l’Est et en Asie – Le Monde
20 février 2015 : Allemagne : 12,5 millions de personnes sous le seuil de pauvreté, un record – Les Echos
21 mars 2015 : La domination allemande – Der Spiegel
19 avril 2015 : Wolfgan Schäuble, le Teuton flingueur – Le Dauphiné
23 avril 2015 : Le patornat allemand invite Merkel à revoir sa politique – Les Echos
27 avril 2015 : « Le modèle allemand ne fait plus recette… en Allemagne » – L’Humanité
27 avril 2015 : « Il faut changer d’urgence le cours de la politique européenne » – L’Humanité
29 avril 2015 : Environ deux millions d’Allemands forcés de cumuler au moins deux emplois – 20 Minutes
2 mai 2015 : La trahison – Der Spiegel
5 mai 2015 : En Allemagne, les grèves se multiplient – Le Figaro
12 mai 2015 : Quatre économistes allemands critiquent le modèle germanique – L’Expansion
19 mai 2015 : En Allemagne, des villages entiers sont rasés pour laisser place à de gigantesques mines de charbon – Bastamag
10 août 2015 : Allemagne : pas si verte la transition énergétique – Dernières nouvelles d'Alsace

5) Visuels pour les réseaux sociaux
Visuel du livre à partager
Couverture et quatrième de couverture
Pourquoi ce livre ?
Pourquoi ce titre ?
Un antimodèle écologique
Hard discount et maltraitance des animaux
La déportation des vieux ?
Les Allemands ne paient pas leurs dettes

 

1) Emissions

« Le “modèle” allemand est une escroquerie »
6 mai 2015 – RMC-BFMTV

Le 6 mai 2015, Jean-Luc Mélenchon était l'invité de Jean-Jacques Bourdin sur RMC et BFMTV. Il a parlé de son nouveau livre, « Le Hareng de Bismarck (Le Poison allemand) » et critiqué l'anti-modèle social et écologique allemand. Jean-Luc Mélenchon a dénoncé le fichage des élèves de Béziers par Robert Ménard et a demandé à ce que le gouvernement démette le maire de Béziers de ses fonctions. Enfin, il a rappelé son attachement à la République et à la laïcité et son opposition radicale aux statistiques ethniques.

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Invité d’« On n’est pas couché »
9 mai 2015 – France 2

Le 9 mai 2015, Jean-Luc Mélenchon était l’invité de « On n’est pas couché » pour parler de son nouveau livre : « Le Hareng de Bismarck (Le Poison allemand) ». Il a expliqué que ce livre était un « médicament » pour « désintoxiquer » les esprits du modèle allemand. Tout au long de l’émission, il a montré que l’Allemagne était un antimodèle dans de nombreux domaines : écologie, social, maltraitance des animaux, système de retraites par capitalisation, politique étrangère… Alors que les critères économiques prévalent pour l’instant pour analyser une société, Jean-Luc Mélenchon a proposé un autre critère : le bonheur humain. Un critère au regard duquel l’Allemagne est loin d’être un modèle.

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Débat face à Alain Minc sur l’Allemagne
11 mai 2015 – Europe 1

Le 11 mai 2015, Jean-Luc Mélenchon débattait d'Allemagne face à Alain Minc. Il a parlé de son nouveau livre : « Le Hareng de Bismarck (Le Poison allemand)» et décrit l'antimodèle social et écologique allemand face à l'auteur du livre « Vive l'Allemagne ».

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« Le modèle allemand est égoïste et destructeur »
12 mai 2015 – France 2

Le 12 mai, Jean-Luc Mélenchon était l'invité des 4 vérités sur France 2 pour parler de son nouveau livre : « Le Hareng de Bismarck (Le Poison allemand) ». Il a dénoncé l'antimodèle écologique et social de l'Allemagne de Merkel. Jean-Luc Mélenchon a également parlé de la visite de François Hollande à Cuba. Il a enfin appelé les adhérents UMP à ne pas voler le mot «Républicains» et les adhérents FN à ne pas voler le mot « Patriotes ».

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« La réussite, ce n’est pas de vendre des BMW »
13 mai 2015 – France Inter

Le 13 mai 2015, Jean-Luc Mélenchon était l'invité de France Inter pour parler de son nouveau livre : « Le Hareng de Bismarck ». Il a décrit l'antimodèle allemand et expliqué quel pourrait être un autre modèle qui prenne en compte le bonheur humain.

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« Il faut garantir le bonheur de vivre »
13 mai 2015 – i>Télé

Le 13 mai 2015, Jean-Luc Mélenchon était l'invité de i>Télé. Il a parlé de son nouveau livre, « Le Hareng de Bismarck », et a décrit l'antimodèle allemand. Jean-Luc Mélenchon a également évoqué la réforme du collège ou encore le sort réservé à la Grèce par le gouvernement allemand. Il a enfin parlé de la crise financière vers laquelle nous nous dirigeons.

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« Le système allemand génère 13 millions de pauvres »
17 mai 2015 – RTL-LCI-Le Figaro

Le 17 mai 2014, Jean-Luc Mélenchon était l'invité du « Grand Jury » RTL-LCI-Le Figaro. Il est revenu sur la réforme du collège et a déclaré qu'elle allait augmenter les inégalités. Jean-Luc Mélenchon a ensuite parlé de politique internationale et notamment du voyage de François Hollande à Cuba et de l'absence de ce dernier à Moscou le 9 mai pour la cérémonie de célébration de la victoire sur le nazisme. Il a répondu aux questions des journalistes concernant les quotas de migrants en Europe. Enfin, il a parlé de son nouveau livre, le Hareng de Bismarck, et dénoncé l'antimodèle allemand.

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2) Interviews

« L'Allemagne est devenue l'avant-garde de la finance et du productivisme »
30 avril 2015 – Interview parue dans Le Point

Pamphlet. Le leader du Front de gauche s'en prend au modèle allemand dans un livre à paraître symboliquement le 7 mai.

Le Point : En politique, il faut toujours un ennemi. Dans ce pamphlet, « Le hareng de Bismarck », vous en désignez un : les Allemands. Pourquoi eux et non plus les Etats-Unis ?
Jean-Luc Mélenchon
: Vous y allez fort ! Non, ce n'est pas mon état d'esprit. Je ne m'en prends pas à un « génome » allemand qui les pousserait à vouloir toujours dominer. Je ne suis pas en manque d'ennemi. Le mien reste la finance et le productivisme. Mais l'Allemagne est devenue leur avant-garde. Dès lors, non seulement l'Europe n'est plus le grand projet social dont nous rêvions, mais elle ne garantit plus la paix. Car, dans ce concert de nations, l'une d'entre elles, l'Allemagne, prend le pas sur les autres et impose un modèle économique, l'ordo-libéralisme. Il sert ses intérêts mais conduit inéluctablement à la catastrophe. Mon livre lance l'alerte. L'Europe va sombrer dans la violence au sein des nations comme entre elles. Le supplice de la Grèce le prouve.

Qu'est-ce que l'ordo-libéralisme ?
Les Allemands ont inventé cette vieille théorie. Elle professe que la politique est frivole et l'économie sacrée. On sanctuarise donc des règles économiques considérées comme des lois de la nature. Donc, on les met hors du champ des décisions politiques. En réalité, c'est l'emballage d'un égoïsme de classe bien précis. Mme Merkel gouverne un pays en panne démographique. Les retraités forment le gros de ses électeurs ! La retraite par capitalisation des vieillards allemands exige toujours plus de dividendes. Donc, moins de salaires et d'investissements. La finance règne. Elle domine le capitalisme allemand grâce à la dérégulation organisée par le PS allemand : un comble !

Dont la règle d'or des déficits ?
Les niveaux des déficits, en effet. Mais aussi la monnaie fétichisée, l'inflation et la dette diabolisées. C'est une vision dogmatique très bornée. Les leaders allemands l'assument sans s'en rendre compte. Ainsi, quand l'odieux ministre de l'Economie allemande, M. Schäuble, déclare : la France « serait contente que quelqu'un force le Parlement… », il ajoute : « mais c'est difficile, c'est la démocratie. » Cette précision est comme un manifeste de l'ordo-libéralisme : la démocratie est un problème, dans la mesure où elle permet au politique de nier le dogme économique. La France, son Histoire, sa culture, c'est l'inverse : toutes nos Constitutions républicaines se sont mêlées d'économie. Pourquoi devrions-nous renoncer à notre modèle ? A mes yeux, il est supérieur au modèle allemand quand il s'agit d'organiser la vie humaine en société. L'ordo-libéralisme est antirépublicain. Il détruit les liens sociaux et la vie civique.

Pierre Moscovici dit que vous faites un contresens et affirme que Schäuble plaisantait…
La servilité de Pierre Moscovici fait honte !
Pardon, mais les Allemands ne nous imposent pas grand-chose. Cela fait neuf ans que nous ne respectons pas la règle des 3 % de déficit… Donc, l'ordo-libéralisme, on lui tourne le dos allègrement !
Ce que vous dites est incroyable : des traités inapplicables doivent-ils être sacralisés ? Les traités sont choses humaines. Il faut discuter de leur contenu par rapport à leur résultat. Nage-t-on dans le bonheur en Europe ? Le chômage et la pauvreté martyrisent des masses humaines considérables. Partout, l'extrême droite monte. L'Allemagne, elle, accumule les excédents commerciaux. Et qu'en fait-elle ? Elle les place sur les marchés financiers, car elle a étouffé, en Europe, l'activité économique. Ce faisant, l'Allemagne alimente elle-même la bulle financière qui va bientôt exploser. Bonjour, le modèle !

Pensez-vous réellement que François Hollande puisse vendre aux Allemands le modèle français ?
Non. François Hollande a changé de camp. Il roule pour l'ordo-libéralisme. Les Français ne savaient pas qu'en votant Hollande ils élisaient Merkel. Il a avoué d'ailleurs : « La France veut être le meilleur élève de la classe européenne. » Pour moi, la France n'est l'élève de personne et elle peut apprendre beaucoup aux autres ! Tant qu'à faire, sur bien des sujets, mieux vaut qu'elle soit le maître !

A vous lire, les Allemands usurpent une réputation de sérieux. C'est gonflé…
En France, nous adorons par modes successives des « modèles ». On a eu droit aux « dragons asiatiques », puis aux « tigres européens », telles l'Irlande ou l'Espagne. Des tigres de papier, en vérité, qui se sont effondrés avec l'explosion de la bulle financière en 2008. Et revoilà donc le « modèle allemand », efficace, discipliné. Une illusion ! L'économie allemande est délabrée. Avec des équipements en ruine, 12 millions de pauvres, de moins en moins d'enfants, des jeunes qui quittent le pays, des vieux qu'ils relèguent et une espérance de vie en recul, qui veut être allemand ? Mon livre reprend le débat européen. On affichait qu'on ferait l'Europe sans défaire la France. Pour l'instant, on défait la France sans faire l'Europe des êtres humains. L'Allemagne nous domine, nous corrige, nous coupe de nos bases méditerranéennes ! Que reste-t-il ? Juste un grand marché qui nie notre modèle colbertiste, lequel est notre atout. En France, l'entrepreneur se met à la file du peloton ouvert par l'Etat. Quand on décide de faire des fusées, c'est l'Etat qui prend les choses en main. Et aujourd'hui nous avons 50 % du marché mondial… Il n'y a pas une seule réussite européenne qui ne soit, à l'origine, française. Pas une seule ! L'Allemagne nous plombe !

Vous donnez le sentiment que la France n'a plus rien à faire avec l'Allemagne…
Non, je ne dirai pas les choses comme ça. L'Allemagne est là de toute façon. Mais on ne peut accepter sa domination. Mon livre montre ses abus de pouvoir. Et sa manie d'imposer aux autres ce qu'elle croit bon pour elle. La sortie raisonnable, ce n'est pas de s'affronter avec eux mais de les remettre à leur place. Et de porter sans complexe notre propre message universaliste. Le retraité allemand n'est pas seul au monde; il faut aussi prendre en compte le sort des jeunes Français et celui de la planète. L'Europe est la première puissance économique du monde. Cela nous impose des responsabilités. Or, l'ordo-libéralisme allemand ne permet pas de les endosser. Aucune !

Propos recueillis par Emmanuel Berretta

 

« Le modèle allemand, c'est l'opium des riches »
7 mai 2015 – Interview parue dans Le Progrès

(également paru dans L'Est Républicain, Les Dernières Nouvelles d'Alsace, L'Alsace, Le Journal de la Haute-Marne, Vosges-Matin, Le Bien public,Le Journal de Saône-et-Loire, La Presse de Gray, La Presse de Vesoul, Le Dauphiné libéré, La Tribune (Drôme, Ardèche), L'Indépendant du Louhannais et du Jura)

Le livre polémique de l'ex-candidat de la gauche radicale à la présidentielle sort aujourd'hui. Le tribun du Front de gauche veut « désintoxiquer » ses lecteurs « face à la fascination du soi-disant modèle allemand ». De quoi décoiffer Angela Merkel.

« Le poison allemand » en sous-titre de votre dernier livre, où l'on peut lire dès le préambule que « l'Allemagne est un danger » et qu'elle impose « un recul pour la civilisation ». Vous n'y allez pas de main morte !
Mon livre n'est pas un ouvrage savant, c'est un pamphlet, forcément polémique. Mais n'y voyez pas de germanophobie. Mon but est de désintoxiquer les lecteurs de la fascination pour le soi-disant modèle allemand. Bonjour le « modèle » ! C'est une imposture, un paradis qui n'existe pas, avec une population en butte à la violence sociale et à la paupérisation. Le fantasme du « modèle allemand », c'est l'opium des riches !

Ne craignez-vous pas d'opposer une nouvelle fois Français et Allemands ? Dans le passé, cette opposition a coûté cher aux deux peuples !
Ce ne sont pas les peuples qui ont décidé la guerre mais les dirigeants ! Ensuite les responsabilités ne sont pas les mêmes. L'Allemagne nous a envahis trois fois ! Voyez de nouveau son arrogance ! Par exemple quand son ministre des Finances prétend que la France « serait contente qu'on force son Parlement » pour réformer le pays. Quelle outrecuidance ! L'Allemagne veut imposer sa vision à toute l'Europe. Certes, elle ne le fait plus, comme sous Bismarck ou Hitler, avec une volonté de puissance. Elle le fait par dogmatisme idéologique. Le résultat est là : Berlin a réalisé l'annexion économique de toute la zone qui l'entoure et tout particulièrement des anciens pays du bloc soviétique.
L'expansion vers l'est, vieux rêve allemand, est aujourd'hui réalité.

Vous utilisez le terme « ordolibéralisme » pour qualifier la politique économique allemande.
L'ordolibéralisme, c'est un dogme. Pour Berlin, l'économie a ses propres lois, dans lesquelles la politique n'a pas à intervenir. C'est-à-dire que les peuples et leurs élus n'ont rien à dire. Les dirigeants allemands ont ainsi imposé la dérégulation financière, coupant notamment les liens étroits qui existaient entre leurs PME et le système bancaire. CDU et SPD sont sur la même ligne : c'est Schröder qui a mis en place cette réforme qui entraîne dumping social et surexploitation. Berlin veut l'étendre à présent à toute l'Europe !

Vous dites avoir décidé d'écrire votre livre « après avoir vu de quelle manière odieuse la nomenclature allemande a traité le gouvernement grec d'Alexis Tsipras ».
Tsipras parle au nom de son peuple. Le mépris de Merkel pour la souveraineté de la Grèce est intolérable. La zone euro peut exploser ! Ou bien les Allemands comprennent qu'ils ne peuvent pas continuer à imposer leur loi aux autres, ou bien c'est l'Europe tout entière qui va dans le mur du chômage, des menaces de guerre comme en Ukraine et de la violence sociale. Il faut soutenir Tsipras face à l'arrogance de Berlin. Je préfère protester à la frontière grecque qu'à la frontière française. Car la cible finale, c'est la France ! L'Allemagne ne veut pas d'interlocuteur capable de remettre en cause sa vision, qui est celle d'un pays vieillissant qui a pour priorité de maintenir le niveau de vie de ses rentiers. Avec la Grèce, elle veut faire un exemple. Ne nous laissons pas faire ! Le pire serait de se coucher devant le nouveau Diktat allemand.

Recueilli par Patrick Fluckiger

 

« Le modèle allemand est une imposture »
7 mai 2015 – Interview parue dans Politis

Pourquoi avoir choisi cette fois d'écrire un pamphlet ?
Quand on parle d'Europe, les gens n'écoutent plus. Pour eux c’est un sujet vain, embrouillé par principe. A juste titre ! Mon livre est avant tout un objet destiné à faire penser. Il désintoxique : le modèle allemand est une imposture. Il n’y a pas de modèle capitaliste qui « réussit ». Ni de pays où la soumission sociale permet une vie heureuse épanouie. Cette démonstration est déjà faite dans des ouvrages savants français ou allemand. J’essaie d’en faire un débat public. La forme pamphlet permet de maintenir le lecteur en haleine avec ici où là une blague qui détend la gravité du récit. Et elle provoque la réplique sans laquelle il n’y a pas de débat.

Longtemps le Royaume-Uni est apparu comme l'obstacle à une Europe politique et sociale. A vous lire c'est plutôt l'Allemagne. On était dans l'erreur ?
Dans le temps long de l'histoire, les britanniques se sont toujours opposés à l’émergence d'une puissance continentale en face de leur ile. Alors on avait été surpris de leur demande de rejoindre l'Union européenne. Et dès que cela a été fait, ils ont surtout pratiqué le sabotage. On se rappelle des sketchs de Margaret Thatcher…

Angela Merkel l'a remplacée ?
L'Europe comme le capitalisme a une histoire. Entre le traité de Rome et l'Europe d'aujourd'hui, il y a certes une continuité : la foi dans le marché et le libre-échange comme organisateur suprême de la société. Mais il s'est passé aussi bien des choses. Notamment l’unification allemande. Dans un espace géopolitique qui était en train de se réorganiser, les Français ont fait le pari qu'il fallait approfondir l'union avec l'Allemagne pour contenir le risque de sa puissance. C’est le traité de Maastricht : il postule qu'en ficelant les Allemands avec nous par une monnaie et des règles de fonctionnement, un nouvel espace politique, citoyen et régulé, surgirait. C'est la grande illusion du socialisme français.
Dans les faits ce fut toute autre chose. Sur la base de l'ordolibéralisme, les dirigeants allemands ont fixé certaines limites indépassables : séparation de l’économie et de la politique, refus du protectionnisme, refus de l'harmonisation fiscale et sociale. En acceptant ça, en croyant que ce serait magiquement dépassé par les circonstances, on a mis le doigt dans l'engrenage. D'un traité à l'autre, les gouvernements allemands ont enfoncé le clou. La différence entre eux et nous c'est qu'ils sont infiniment moins inhibés.
Et puis nous avons eu deux présidents successifs qui n'assument pas la vision historique de la France sur l’Europe. Nicolas Sarkozy a commis le crime majeur de faire ratifier par le parlement le traité que les Français avaient refusé. Et François Hollande, après avoir juré qu'il allait renégocier le traité budgétaire, n'en a rien fait. Ce fut le dernier clou sur la croix ! Ces deux-là ont permis aux dirigeants allemands de comprendre que la France était dans leur main. La grande bascule s’est faite sans heurts: le passage d’un idéal bavard de construction européenne citoyenne à une réalité glauque, l'ordolibéralisme. On doit reprocher aux dirigeants allemands d'avoir poussé leur projet jusqu'au bout, mais on doit aussi reprocher aux dirigeants Français d'avoir été totalement inconséquents.

Qu'est-ce que cet ordolibéralisme ?
Cette doctrine politique date des années 1920. Elle affirme que l'économie répond à des lois à considérer comme des lois de la nature. Vieille histoire ! Le capitalisme veut présenter toute contestation de son ordre comme une violence contre l’ordre naturel. Dans cette vision, la politique, parce qu'elle est en proie aux intérêts électoraux et personnels, ne peut être qu'une perturbation irresponsable.
Ainsi depuis le traité de Maastricht, la construction européenne se confond avec la mise en place d'un ordolibéralisme devenu violent. En témoignent la coupure des liquidités à Chypre, qui est un acte de guerre, et la répétition avec la Grèce, étouffée petit à petit, et brutalisée sans qu'en Europe quelqu'un dise autre chose que « les Grecs doivent payer ».

L'Allemagne n'a jamais été autant détestée dans les pays du sud de l'Europe depuis 1945. Ne surfez-vous pas un peu sur cette vague ?
Je ne surfe pas j’élucide. Clairement il y a une légitime détestation de ce pays parce qu'il agit avec une brutalité incroyable. Songez que les représentants de la Troïka en Grèce étaient tous Allemands…

Il y a aussi une germanophobie…
Elle se fonde sur de mauvais souvenirs réels et récents. Mais tout ce qui vise à essentialiser des cultures humaines est stupide. Reste qu’il faut éclairer les raisons d’agir des autres. Surtout ne pas recommencer la même erreur qu'avec la question de l'immigration où la gauche, par angélisme, a considéré que tout débat sur le sujet, même éclairé, était immoral et plutôt xénophobe. Quel désastre ! L'éthnicisation du débat public a avancé sans obstacle. A présent Maintenant elle nous submerge.
L’Europe du sud est révoltée contre cette Allemagne qui se porte garante des pires brutalités et cruautés sociales. Quand l'Andalousie vote une loi pour refuser qu'on expulse les gens qui ne peuvent plus payer, qui intervient immédiatement pour dire qu'il n'en est pas question ? L’Allemagne. Quand Alexis Tsipras fait passer une loi pour répondre à l'urgence humanitaire en Grèce, qui crie au viol des « décisions collectives » ? A nouveau l’Allemagne. L’utilité de mon livre est d’éclairer leurs raisons d'agir. Ils n'agissent pas de cette manière parce qu'ils sont allemands, mais parce qu'ils appliquent de manière absolument rigoureuse leur vision de la vie en société : l'ordolibéralisme.

Parfois comme vous utilisez une entité, l'Allemagne ou les Allemands, il peut y avoir confusion…
Je ne crois pas. Mes lecteurs sont intelligents. Mais de la malveillance, il y en aura, oui. Ne pas nommer la nationalité des allemands ? Pourquoi ? Comment les appeler ? A partir du moment où j'ai tracé un cadre intellectuel et où à intervalle régulier je mets en garde, je suis hors de portée du procès d'intention qui me sera fait. Il est injuste et injurieux. Mais j'en connais la racine : dans tout un secteur de la gauche, la Nation même républicaine est en soi un concept condamnable. On postule alors que l’étranger en est d’accord. Pour masquer l’irénisme de cette vision on répète que le nationalisme c’est la guerre. C’est vrai. Nulle part on s'est tué avec une telle furie et puissance industrielle qu'en Europe. Je ne cesse d'avoir ça présent à l'esprit. N’ai-je pas fondé un parti en tenant la main d'un Allemand, Oskar Lafontaine ? Mais l’amour de la patrie républicaine des français n’est pas le nationalisme. C’est l’amour d’un programme politique universaliste : liberté-égalité-fraternité !
Là, j’explique pourquoi l'Allemagne se comporte de cette manière. Enfin, je suis assez amoureux de l’histoire des idées pour terminer mon livre en montrant que la querelle n’est pas nouvelle: le véritable fil rouge de l'histoire c'est la lutte entre les Lumières et les anti-lumières depuis 1789 et même le XVIe siècle. Et maints grands des « lumières » sont allemands comme Kant et Marx…

En réponse à la germanophobie, Daniel Cohn-Bendit rappelait récemment que « Merkel ne s'impose pas les armes à la main ». « Ce sont les autres qui se couchent », disait-il.
Il a raison. Pourquoi le font-ils ? Parce qu'ils ont totalement ingéré un état d'esprit de soumission à l’idéologie du capitalisme financiarisé. François Hollande n'est pas un traître à la patrie, c'est juste un homme intellectuellement asservi, comme l'était Nicolas Sarkozy. Leur culture politique les domestique. Et Mme Merkel, qui défend en toutes circonstances les intérêts de son pays et de ses électeurs, joue de la faiblesse de ces gens qui cèdent avant même d'avoir commencé la discussion.

Vous nommez peu les clercs qui trahissent, c'est un choix ?
Oui. J'ai juste montré ironiquement à quoi on s'expose dès qu'on critique l'Allemagne… Ma situation sera toutefois moins difficile à tenir après les abus de puissance les plus récents : les grimaces de M. Schaüble, l'espionnage de Mme Merkel sur François Hollande… Cela confirme la thèse de mon livre. Mais je continue à dénoncer les déclinistes qui cherchent à convaincre les Français qu'ils ne sont bons à rien. Et surtout que leur « modèle républicain révolutionnaire » ne vaut rien.

En leur répondant, vous faites par défaut l'éloge de la natalité, de ceux qui travaillent beaucoup… Ce ne sont pas franchement des valeurs de gauche.
Mais nullement ! Je postule qu’il y a de la joie de vivre dans le fait de vouloir avoir des enfants, ce n'est pas pareil. Je pars de l’humain. Et je dis qu'il y a un problème : voilà un pays qui est le plus riche d'Europe et on n'y fait pas d'enfants. Qu'est-ce qui s'est cassé dans le goût de vivre ? De même combien qui n’a été abreuvé du refrain : « les Français travaillent moins que les travailleurs allemands » ? C'est le contraire ! Je retourne les arguments, mais cela ne fera jamais de moi un forcené du boulot du matin au soir alors que je défends la diminution du temps de travail. Le dénigrement par de « la pensée par défaut » doit-il me conduire à vous reprocher le malthusianisme et le gout pour les tire au flanc de votre question? Pourquoi toujours vouloir me diaboliser ? Quand je dis que l'espérance de vie en bonne santé recule en Allemagne, est-ce que ça fait de moi un hygiéniste ? Non, simplement je pense qu'il y a un certain intérêt à vivre, Non ? Ce sont des critères civilisationnels qui ont un grand sens. Pour moi le bilan d'une société ne peut se résumer au nombre de BMW qu'elle a réussi à vendre ! Mes critères sont autres. Est-ce que la vie est plus douce ? Est-ce qu'on traite bien ceux qui sont les plus faibles ? Est-ce qu'on a un comportement humain qui permet de concilier la vie professionnelle et la maternité, la prise en compte des personnes âgées ? C'est en cela que je pense éclairer, faire œuvre d'Aüfklarung.

Votre projet n'est-il pas de substituer à l’Europe allemande une Europe française ?
Oui, pourquoi pas ? Cela choquera ceux qui défendent les droits coutumiers des indiens boliviens mais n’ont pas un regard pour les apports de leur propre peuple.

Que serait une « Europe française » comme vous dites ?
Ce serait une Europe qui emprunterait aux Français un certain nombre de réponses trouvées dans leur histoire.

Lesquelles ?
D'abord un régime séparant le religieux du politique : la laïcité. La construction ethniciste suppose toujours un lien avec la religion et la culture qui va avec ; c'est ce que font les Allemands pour eux même en dédiant le Bundestag au « deutchem volk » et pour la construction européenne avec un nouveau « Volkgeist », le christianisme.
Ensuite, le fait que l'économie est subordonnée à la politique. Toutes nos constitutions depuis 1793 instituent des droits préalables supérieurs à toute autre considération. Dans la voie de l'ordolibéralisme la séparation de l'économie et du politique implique que les êtres humains doivent accepter la domination d'un certain nombre de lois qui les dépassent. Entre ça et le péché originel quelle est la différence ? Il n'y en pas.
Troisième idée : l'Etat est l'outil d'application des décisions que se donne le peuple, notamment en matière de développement et d’économie. Et la condition de tout ça c'est l'égalité sociale car sans égalité sociale il n'est pas de société de liberté. On n'est pas libre quand on est inégaux et cloués dans son inégalité par les coutumes du Volk.

Avant on aurait parlé de substituer une Europe de gauche à une Europe de droite…
Autrefois ces mots désignaient des choses claires. C'est qui la gauche en Europe ? Le parti social-démocrate qui gouverne dans plus de la moitié des pays avec la droite ?

Pourquoi le concept de France marche-t-il mieux que le concept de gauche ?
La gauche est devenue une étiquette suspecte. Si nous gouvernions le pays, sur quoi nous appuierions nous ? Sur notre pays. Qu'est-ce qui formerait une volonté assez forte pour pouvoir se proposer aux autres ? Notre peuple. Aujourd’hui, Alexis Tsipras ne parle pas au nom de la gauche grecque, il parle au nom du peuple grec et sa principale préoccupation c'est de garder le peuple grec groupé dans une compréhension de ce qu'il doit faire pour se libérer. C'est pourquoi il a une méthode où se combinent la pédagogie politique et la ruse. Il a été élu avec 37 % des voix, c'est remarquable. Mais 63 % ne voulaient pas de sa politique. Son premier objectif, celui d'un démocrate et républicain, est donc de convaincre la majorité. Il n'y a qu'en France qu'on croit pouvoir gouverner contre la majorité et qu'on n’en a rien à fiche de ce que pensent les gens, parce que nous vivons sous le système de la monarchie républicaine de la Ve république. J'adjure la gauche de cesser de vivre dans des abstractions. La nation républicaine est une force que nous aidera à entraîner notre peuple et les autres.

On a été surpris de voir que vous aviez donné les bonnes feuilles à un journal comme Le Point.
L'objet de ce livre nous concerne tous et pas seulement les secteurs de gauche dont il faudrait compléter l'information ou conforter la conscience. Notre intérêt est qu'un secteur de la droite aussi mette à distance l'idée qu'il faut « faire comme les Allemands ». Dans un moment où dans toutes les familles politiques traditionnelles des gens s'interrogent, je veux m'adresser à tous. A gauche, tout un secteur de la mouvance socialiste se demande où tout ça va. Je crois qu'il en de même à droite ; je fais le pari que tous ses électeurs ne sont pas convertis au néo-libéralisme ou à l'idéologie d'extrême droite.

Ce combat contre la politique allemande, vous comptez en faire un des thèmes du grand rendez-vous électoral de 2017 ?
Cette question doit faire partie du débat de 2017. Il y en a d'autres mais, au fond, elles se ramènent toutes à une. Quel genre de vie voulons-nous ? Et pour quelle raison n'avons-nous pas ce mode de vie à portée de notre main ? Ce qu'on nous annonce, j'espère que tout le monde l'a bien compris, c'est encore deux ou trois décennies de sacrifices, de chômage de masse, de reculs sociaux, et d’irresponsabilité écologique. On est donc bien dans le sujet. Je ne m'oppose pas à l'essence de la nation allemande, je m'oppose à sa doctrine, l'ordolibéralisme, et à la victoire en cours du modèle de société qu’il implique.
MM. Minc, Gattaz ou Woerth essaient de vendre aux gens d'une manière hypnotique que demain la vie sera belle si nous vivons comme des Allemands. Mais les premières victimes de l'ordolibéralisme, ce sont les Allemands eux-mêmes : 12 millions de pauvres, un peuple qui a peur de faire des gosses et ne sait pas quoi faire de ses vieux.
Le débat portera à la fois sur la question géopolitique, sur la question sociale et la question du productivisme. Produire n'importe quoi, n'importe comment, en annexant des peuples – ce que fait l'Union européenne sous dynamique allemande –, c'est ça notre modèle ? Partout se met en place la même politique ordo libérale qui pousse à la violence dans les sociétés, et entre les nations. Et tout cela se terminerait bien ? La politique est faite de ces rapports de forces dans lesquelles les nations jouent un rôle. Il faut sortir du rêve bisounours d'une Europe qui n'existe nulle part et que rien ne redresse.

Propos recueillis par Christophe Kantcheff et Michel Soudais

 

« L'arrogance allemande est stupéfiante »
8 mai 2015 – Interview parue dans Marianne

L'ancien candidat à la présidentielle fustige les "germanolâtres français" et appelle à une "nouvelle alliance populaire" entre le Front de gauche, les écologistes et ceux qu'il nomme "les socialistes sincères".

Marianne : Que vous inspire l'espionnage de hauts responsables français par les autorités allemandes, pour le compte de la NSA ?
Jean-Luc Mélenchon : Cela montre au grand jour le sentiment d'impunité des dirigeants allemands, dans le domaine de l'espionnage comme ailleurs. Nous avons affaire à une nouvelle génération de dirigeants allemands décomplexés. Ils ont la certitude de détenir le seul mode d'organisation rationnel de la société. Cela s'appelle l'«ordolibéralisme» : une séparation absolue de l'économique, qui répondrait à ses propres lois «naturelles», du politique, qui en serait une pollution.

Une arrogance que vous évoquez dans votre dernier livre…
J.-L.M. : Elle est stupéfiante ! Ainsi quand Mme Merkel dénigre l'Europe du Sud. Qui d'autre oserait une telle violence verbale contre ses partenaires ? Arrogance quand Mme Merkel donne des conseils à la France, des petites fessées, ou des récompenses symboliques. Arrogance quand M. Schäuble, ministre des Finances, part avant la fin d'une réunion avec les Grecs, vu que pour lui l'affaire est conclue, que ses interlocuteurs fussent d'accord ou pas. C'est un état d'esprit très dangereux. L'Allemagne a privatisé l'Europe et malmène ses partenaires comme elle n'ose pas le faire avec ses Länder. Ça va mal tourner.

Le meilleur allié américain en Europe, c'est l'Allemagne. Vous prenez l'exemple du traité transatlantique poussé par Angela Merkel.
J.-L.M. : Oui. Comprenons pourquoi. Quand la France s'est dotée d'une défense indépendante «tous azimuts», les Allemands, du fait de leur frontière avec le bloc de l'Est, ont été pris en main par les troupes américaines. A présent, l'Allemagne est devenue une usine d'assemblage pour nombre de produits dont les pièces élémentaires sont fabriquées à bas prix dans tout l'est de l'Europe. Ces pays sont son arrière-cour. Du coup, l'Otan est devenue, pour l'Allemagne actuelle, une tenue de camouflage pour reprendre les circuits productifs de l'Est aux Russes. Le grand marché transatlantique est le prolongement mondial de cette stratégie ! Elle est cohérente. Les Allemands n'hésitent pas à l'assumer. Nous, les Français, nous sommes inhibés, eux sont méthodiques.

Les Français sont inhibés ?
J.-L.M. : La fascination pour la pseudo-efficacité allemande est une veille addiction en France. Dans notre pays règne, sous la pression des conservateurs et des réactionnaires, un déclinisme compulsif. Car faire croire aux Français qu'ils sont bons à rien, c'est les empêcher de se penser comme la nation républicaine révolutionnaire de l'Europe. Le grand danger pour les possédants, c'est le réveil de l'esprit républicain des Français.

Votre ouvrage est une critique acerbe des «germanolâtres français». Vous citez d'ailleurs trois fois Alain Minc !
J.-L.M. : Alain Minc est emblématique avec son livre Vive l'Allemagne ! Pourquoi cette fascination ? Pour les dominants, c'est le rêve du dressage réussi. Le rôle de la «germanolâtrie», c'est d'inoculer la soumission sociale, le libre-échange, le dumping social, et ainsi de suite. C'est l'opium offert par les riches. La première fonction de mon livre, c'est de désintoxiquer mes lecteurs : ce qu'on vous raconte sur l'Allemagne est faux. Ecologiquement, c'est l'un des pays les plus dangereux d'Europe ; sur le plan social, c'est un modèle de maltraitance ; sur le plan humain, c'est un désastre – l'espérance de vie recule, ils ont perdu le goût de faire des enfants tant ils les accueillent mal. Voilà le bilan humain du prétendu «modèle» allemand.

Ecologiquement, est-ce vraiment l'un des pays les plus dangereux d'Europe ?
J.-L.M. : Leur «modèle» est fondé sur un ultraproductivisme, qui fait peu de cas des conséquences pour l'environnement. Que deux des plus grosses firmes chimiques du monde soient allemandes, qu'elles aient un passé sulfureux, ne dérange personne. Ces deux mêmes firmes sont à l'origine de désastres écologiques mondiaux. Elles viennent d'obtenir que l'Europe change de position sur les OGM. Dix-neuf OGM viennent d'être autorisés. Un scandale. C'est le grand big bang de ces trente dernières années : le capitalisme allemand, qui avait réussi après la guerre un compromis social, est passé à une économie financiarisée, sans foi ni loi, avec une division du travail international portée par des ateliers de production à très bas prix. Cela a commencé avec l'annexion de l'Allemagne de l'Est…

Vous écrivez que l'ex-RDA fut «le laboratoire des contre-réformes sociales»…
J.-L.M. : Oui, tout est parti de là. Ce qui, rétrospectivement, me stupéfie, car, à l'époque, personne ne discutait la façon avec laquelle l'Allemagne de l'Est était absorbée par l'Allemagne de l'Ouest. Pis : on a accepté n'importe quoi. Y compris qu'un mark de l'Est valait un mark de l'Ouest, ce qui était un cadeau absurde. Car tout le reste de l'Europe a dû s'aligner sur les taux d'intérêt extravagants de l'Allemagne pour contenir l'inflation que cette folie déclenchait. L'annexion de la RDA a été un cahier de brouillon : il a ensuite fourni la matrice pour mettre au pas toute l'Union européenne.

Comme Alexis Tsipras, vous refusez de plaider pour la sortie de l'euro…
J.-L.M. : D'un côté, il y a l'analyse théorique, qui montre en effet la limite absolue atteinte par cet euro. Les analystes ont raison. Ils peuvent en déduire que l'euro finira par s'effondrer, et cela pourrait se produire à n'importe quel moment, notamment si l'Allemagne provoque, comme elle dit, la sortie «imprévue» de la Grèce. Mais il y a l'ordre de l'action. Je me positionne comme un homme qui aurait à gouverner un pays. Voyez Alexis Tsipras : pouvait-il, trois semaines après avoir été nommé Premier ministre, effondrer l'économie de son pays en sortant d'un coup de l'euro ? Il n'a été élu qu'avec 37 % des voix. Sa première tâche est pédagogique : il doit entraîner tout le peuple dans la compréhension de la nécessité de désobéir à l'Europe. Car, comme chez nous, il y a là-bas une fascination pour l'Europe même allemande. Moi, je plaide pour un euro «français», c'est-à-dire un euro politiquement piloté, au service de la jeune génération et des investissements publics pour elle, un euro à l'inverse de l'euro libéral allemand. Evidemment, si c'était impossible à faire admettre, on ferait autrement… Pour le présent, je le redis solennellement, les Grecs ne paieront jamais leur dette. Il faut l'écrire en majuscule. Les Français non plus d'ailleurs. Personne ne paiera jamais sa dette, c'est impossible. Il nous faudrait un siècle au taux de croissance actuel !

Vous rappelez que 7 millions de travailleurs allemands gagnent moins de 450 € par mois !
J.-L.M. : Evidemment. Les premières victimes du système allemand, ce sont les Allemands. Ça n'a l'air de choquer personne qu'au sein du pays le plus riche d'Europe la pauvreté va en s'accroissant, c'est-à-dire que les pauvres deviennent de plus en plus pauvres. Il y a même 12 millions de pauvres ! En réalité, l'Allemagne est un contre-modèle.

Un «modèle qui accompagne le déclin», selon vous.
J.-L.M. : L'Allemagne est en déclin. Et un déclin sans doute irréversible puisqu'il combine un délabrement des infrastructures, de l'éducation et des équipements publics, avec un déclin démographique alarmant, au point qu'eux-mêmes s'en inquiètent. La presse allemande a déjà titré : «Une nation qui meurt». Mon livre n'est pas antiallemand, c'est un livre qui critique le «modèle allemand». C'est un pamphlet utile aux Allemands eux-mêmes ! Les germanolâtres ne me louperont pas, je les attends de pied ferme.

Notamment sur votre référence à la nation ?
J.-L.M. : Oui, même à gauche, toute référence à la nation, compte tenu de notre histoire, est perçue souvent comme du nationalisme. Et il est très mal vu de tenir un discours critique contre l'Allemagne, car on craint toujours que ça finisse à la guerre… Au final, on s'interdit de penser le rapport de force avec nos voisins, tandis qu'eux ne sont pas du tout gênés de le gérer. J'adjure qu'on comprenne ça. Car nous avons des outils pour résoudre ces rapports de force : la démocratie et la diplomatie. Il ne faut pas avoir peur ! Il faut juste se réveiller ! Si on le fait trop tard, on sera tout nu, dévasté, ordolibéralisé jusqu'à l'os, ce qui serait la fin de la nation française, car elle ne peut pas vivre ce régime politique-là.

Vous ironisez sur l'Allemagne, «la plus grande maison de retraite d'Europe»…
J.-L.M. : La CDU-CSU de Mme Merkel gouverne dans l'intérêt d'une clientèle électorale particulière, la classe moyenne supérieure de la génération précédente, celle du baby-boom. Ces gens-là, il faut que leur retraite par capitalisation, instaurée par le «socialiste» M. Schröder, soit payée. Elle est payée par des dividendes abondants, et donc des salaires faibles, et un euro fort, qui maintient leur pouvoir d'achat sur les marchandises importées.

Vous citez des socialistes français critiques sur l'Allemagne. Vous les prenez donc encore au sérieux ?
J.-L.M. : Je ne peux pas me résoudre à accepter que le mouvement socialiste au sens large soit mort sans retour. Ne perdez pas de vue mon horizon. Car, si je me bats pour que le Front de gauche soit en tête, je me bats aussi pour une alliance dans laquelle il y aurait les écologistes et toute cette fraction du socialisme critique. Je le dis clairement : si les socialistes critiques pouvaient gagner le congrès, ça changerait tout. Bon, ils ne peuvent pas le gagner, c'est bien pourquoi je suis parti du PS. Mais, s'ils le gagnaient, oui, ça voudrait dire qu'instantanément on pourrait renégocier un programme de gouvernement. Par rapport à l'Allemagne, beaucoup commencent à réagir. Quand Claude Bartolone [président de l'Assemblée nationale] évoque l'idée d'une «confrontation avec l'Allemagne», le mot est de lui, pas de moi, quand Jean-Christophe Cambadélis [premier secrétaire du PS] traite Schäuble de «francophobe», on voit bien une prise de conscience, qu'il veut se libérer de la peur de l'Allemagne. Mais, aussitôt, Manuel Valls réplique : «Vous voulez la guerre», et les petits garçons se taisent.

Avec la progression du FN et de l'abstention aux dernières élections, vous semblez avoir mis en sourdine vos critiques à l'égard du PS…
J.-L.M. : La difficulté que nous rencontrons est continentale. L'extrême droite perce dans toute l'Europe. J'en tire des leçons pour moi-même. Je pense que la répétition de la critique n'est plus à faire : tout le monde a compris de quelle capitulation sans condition Hollande est le nom. Pour moi, le bon barrage au FN, c'est d'offrir une alternative enthousiaste. C'est très difficile, car la déprime s'incruste ! De plus, certains d'entre nous hésitent sur la façon de faire. Ils restent sur l'idée qu'il faut s'entendre avec le PS. Ce problème, Syriza l'a surmonté au prix d'une scission. Voyez aussi l'hésitation de nombreux secteurs de l'écologie politique ou des socialistes sincères pour faire accord avec le Front de gauche. Pourtant, leur choix peut changer l'histoire. Enfin, nous-mêmes, nous faisons tant d'erreurs. Aux dernières élections, nous nous sommes encore rendus illisibles. Nulle part ne s'appliquait la même stratégie. Et pour celles qui s'annoncent, les socialistes ont habilement manoeuvré. Ils mettent les écologistes sous tension. Du coup, refusant de choisir entre Valls et le Front de gauche, beaucoup à EELV optent pour des listes solitaires. Total : un paysage éclaté. A des endroits, ils vont être alliés avec nous, d'autres avec le PS, ailleurs tout seuls. Bref, un chemin pénible se dessine devant nous. Pour autant, faut-il y renoncer ? Mon espoir, c'est que les citoyens y mettent de l'ordre. Il n'y a pas de raccourci. Il faut pelleter pour la nouvelle alliance populaire ! En avant, les pelles et les pioches.

PROPOS RECUEILLIS PAR MARC ENDEWELD

 

« Le modèle allemand asphyxie toute l'Europe »
17 mai 2015 – Interview parue dans La Provence

D'où vient ce titre, "Le hareng de Bismarck" ?
D'une invitation adressée à François Hollande sur les bords de la Baltique. À cette occasion, Madame Merkel lui a fait offrir un tonnelet de "harengs Bismarck". Bismarck, c'est l'homme qui a réalisé l'unité allemande en nous faisant la guerre et en faisant couronner le roi de Prusse comme premier empereur des Allemands à Versailles en janvier 1871.
La remise du "cadeau" était accompagnée d'un chant choral nostalgique sur la Poméranie, une région que se disputaient l'Allemagne et la Pologne. Lors de la réunification François Mitterrand a obligé les Allemands à reconnaître la ligne Oder-Neisse qui la coupe en deux. Ces rappels agressifs étaient délibérés. Rien n'est fait au hasard dans une visite officielle.

Vous croyez que les Allemands ont voulu narguer François Hollande de manière délibérée ?
Évidemment. On peut ajouter que le bateau sur lequel le président de la République avait été invité, s'appelait le Nordwind, le nom de la dernière offensive de l'armée allemande contre la France en 1945. Telle est la nouvelle génération de dirigeants allemands de droite : décomplexée et arrogante. Elle n'hésite pas à assumer les rapports de force les plus humiliants comme elle le fait avec la Grèce. Elle impose à toute l'Europe l'ordolibéralisme, une doctrine pour qui l'économie n'a pas à subir l'intrusion de la politique. En fait cela revient à protéger les intérêts dominants de son économie. Ce pays vieillissant a besoin de gros dividendes et d'un euro fort pour payer ses retraites du régime par capitalisation. Le modèle allemand asphyxie toute l'Europe.

Les Allemands ont investi les institutions européennes. Peut-on le leur reprocher ? N'est-ce pas la faute des autres qui ne sont pas assez présents ?
Vous avez raison. Face aux Allemands, Messieurs Sarkozy et Hollande ont été faibles et pusillanimes. Et ça continue : on vient d'apprendre que Berlin nous a espionnés, en concertation avec Américains et personne ne proteste en France ! C'est choquant alors que la presse allemande dénonce cette forfaiture. Mais en France : rien. Les dirigeants français sont totalement inhibés dès qu'il s'agit de l'Allemagne. Mon livre est autant une charge sur la façon dont est gouvernée l'Allemagne, dont les premières victimes sont les Allemands eux-mêmes avec 13 millions de pauvres, que contre ceux qui laissent faire et n'ont jamais osé élever la voix. Les Allemands assument le rapport de force. Les Français bisounours se défilent.

Vous décrivez l'Allemagne comme un enfer social, une maison de retraite gigantesque avec des vieux et pas beaucoup de jeunes, un pays qui pollue et qui va dans le mur. Vous n'exagérez pas ?
C'est un pamphlet. La presse allemande, elle-même, n'hésite pas à parler d'une "nation qui se meurt ", bientôt moins peuplée que la France. Ce pays, qui est le plus riche d'Europe, ne souhaite pas faire partager son bonheur aux enfants ! Les Allemands n'en font pas, ou peu. Ce pays ne vit que pour le présent des retraités riches, pas pour l'avenir. Leur système va à l'échec. Il repose sur la capacité à exporter des machines outils et des grosses voitures fabriquées avec la main-d'oeuvre bon marché de l'Est et des anciens pays de l'empire soviétique. Les Chinois et les Indiens ne vont pas tarder à les concurrencer. Je montre que le « modèle allemand » est une imposture.

Les Allemands ne font-ils pas preuve de bon sens quand ils affirment qu'on ne peut pas dépenser plus que ce que l'on a ?
C'est le contraire du bon sens pour un État. Surtout pour l'Allemagne. Ses équipements publics – rails, routes, ponts, écluses, ports – sont en ruine. Mais, Monsieur Schaüble ne se préoccupe pas des investissements nécessaires. Le futur ne l'intéresse pas. Il préfère ne pas emprunter alors que les prêts sont à un taux inférieur à zéro. C'est absurde !

Face à l'Allemagne, la France n'a-t-elle pas perdu sa crédibilité en ne respectant jamais l'équilibre budgétaire qu'elle s'engage à atteindre ?
Mais nous n'avons pas à accepter ces objectifs que l'Allemagne nous impose. En contractant la dépense publique dans un pays en expansion démographique, nous fabriquons de la récession. Ce qui entraîne des recettes fiscales en baisse et des comptes déséquilibrés. Je peux vous l'affirmer : pas plus que la dette espagnole ou grecque, la dette française ne sera remboursée. Elle gèle notre croissance et au rythme actuel, il faudrait plus d'un siècle pour en venir à bout. Il existe des techniques pour lisser cette dette. Par trois fois – après les deux guerres mondiales et au moment de la réunification – les Allemands ont effacé leurs dettes. Ils doivent admettre que les autres en fassent autant.

Comment pouvez-vous affirmer avec autant de certitude que le système français va être gagnant ?
Avec la jeunesse, la force de la vie est de notre côté. Nous sommes une puissance scientifique, nous sommes créatifs, nos performances techniques sont d'avant-garde, notre marché intérieur peut être très dynamique. Nous avons des atouts que nous n'exploitons pas, comme la mer, alors que nous possédons le deuxième territoire maritime au monde. Quelle colère de voir alors abandonner nos atouts ! Voyez Nexcis, dans votre région. Alors que le président de la République en fait des kilos sur la crise climatique, EDF menace de brader cette filiale qui développe une technologie photovoltaïque permettant de produire une énergie respectueuse des impératifs écologiques. Tout ça pour des calculs de valorisation financière. Ce massacre à la tronçonneuse est particulièrement scandaleux. Comment voulez-vous que les salariés confrontés à ces situations ne soient pas convaincus que les dirigeants politiques mentent?

Vous opposez la France universelle à l'Allemagne uniquement préoccupée du peuple allemand, la devise "Dem deutschen Volke" (Au peuple allemand), figure au fronton du Bundestag. Mais sommes-nous si fidèles à nos principes ?
Pas toujours, c'est vrai. Mais on peut constamment exiger de nous que nous les mettions en oeuvre. Le Deutschen Volk, c'est le peuple au sens ethnique, celui du droit du sang. Le peuple français est universaliste. Il n'est pas ethnique. Ce qui nous unit, c'est notre devise "liberté égalité fraternité". C'est dire combien se montre anti-français Monsieur Ménard quand il compte les enfants à partir de leur religion pour leur attribuer des origines ethniques.

Dans ces conditions, peut-on continuer à faire l'Europe avec les Allemands ?
Bien sûr. Mais notre responsabilité est de leur montrer qu'à force de tirer sur la corde, ils menacent le maintien de la paix, premier objectif fixé à l'Union européenne. Ils doivent prendre conscience de la germanophobie qui se développe en Europe, avec la résurgence de courants nationalistes. Évidemment, ni Sarkozy ni Hollande ne peuvent alerter la chancelière. Ils sont trop craintifs. J'en suis persuadé : les Allemands sont des gens raisonnables. Ils craignent la pagaille qu'ils créent. Si on leur montre les dents, ils s'arrêteront. Je crois que j'aurais fait beaucoup mieux que François Hollande face à Madame Merkel…

Propos recueillis par Olivier Mazerolle

 

3) Vidéos promo humoristiques

« Allemagne : la méthode du choc »
28 avril 2015

En Europe, l'Allemagne pratique la méthode du choc. C'est ce qu'explique Jean-Luc Mélenchon dans son nouveau livre : «Le Hareng de Bismarck (Le Poison allemand)». Clin d’œil aux amateurs de foot.

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« Allemagne : un modèle de maltraitance sociale »
28 avril 2015

En Allemagne, 7 millions de personnes ont un mini job. Derrière les grandes phrases sur le «modèle» allemand, on découvre surtout un modèle de maltraitance sociale. C'est ce qu'explique Jean-Luc Mélenchon dans son nouveau livre : «Le Hareng de Bismarck (Le Poison allemand)».

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« La grosse bagnole fait la loi européenne »
28 avril 2015

Dans son nouveau livre, « Le Hareng de Bismarck », Jean-Luc Mélenchon explique comment les constructeurs automobiles allemands influencent à leur profit les lois européennes.

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« OSS 117 et de Funès : Merkel ment en allemand »
13 mai 2015

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4) Quelques articles et unes de presse sur l’antimodèle allemand

RECYCLAGE – Les Allemands exportent leurs retraités en Europe de l’Est et en Asie
28 décembre 2012 – Le Monde

De plus en plus de vieux Allemands malades sont envoyés dans des maisons de retraite et des centres de rééducation à l'étranger en raison de la hausse des prix et de la dégradation de la qualité des traitements en Allemagne. En 2011, environ 7 140 Allemands vivaient dans des maisons de retraite en Hongrie, 3 000 en République tchèque, et un peu plus de 600 en Slovaquie – un flux qualifié de "déportation inhumaine" par les organisations sociales.

Et la tendance n'est pas près de diminuer, compte tenu du système de santé allemand, trop cher (entre 2 900 euros et 3 400 euros par mois pour une chambre dans une maison de retraite), et du vieillissement de la population. Pour les experts interrogés par The Guardian, c'est une "bombe à retardement". Alors que pendant des années les migrants d'Europe de l'Est ont pallié la pénurie d'infirmiers en Allemagne, le départ des retraités de Hambourg, Berlin ou Francfort vers la Pologne ou la Hongrie indique que même l'arrivée de travailleurs non qualifiés n'a pas permis de résoudre la crise du secteur.

L'Association sociale d'Allemagne (Sozialverband Deutschland – VdK) "tire la sonnette d'alarme" et réclame une intervention des pouvoirs publics. "On ne peut tout simplement pas laisser ces personnes, qui ont construit l'Allemagne telle qu'elle est aujourd'hui, être déportées", a déclaré Ulrike Mascher, présidente du VdK.

Selon les statistiques gouvernementales, 400 000 seniors allemands seraient dans l'impossibilité de payer leur maison de retraite – une tendance qui augmente de 5 % par an. The Guardian a rencontré de nombreux retraités allemands partis en Hongrie, en Thaïlande ou en Grèce, ainsi que de nombreux entrepreneurs à l'origine de nouvelles maisons de retraite dédiées à ce marché florissant.

 

Allemagne : 12,5 millions de personnes sous le seuil de pauvreté, un record
20 février 2015 – Les Echos

Jean-Michel Gradt

La pauvreté a progressé de 15 % en 2013 pour toucher 12,5 millions de personnes, un record, indique l'étude publiée par la fédération d’aide sociale Paritätischer Wohlfahrtsverband.

Vu de France, ce chiffre pourrait sembler paradoxal. Et pourtant. Outre-Rhin 12,5 millions de personnes vivaient sous le seuil de pauvreté en 2013, un record depuis la réunification du pays en 1990, selon l'étude publiée hier par Paritätischer Wohlfahrtsverband (PW), une fédération qui regroupe quelque 10.000 associations actives dans le domaine de l’aide sociale et de la santé. Cette année là, la pauvreté a bondi de 15 % à 15,5 % par rapport à 2012, année où les chiffres avaient déjà surpris.

« Depuis 2006, on observe clairement une dangereuse tendance d'augmentation à la pauvreté (…) La pauvreté en Allemagne n'a jamais été aussi élevée et la fragmentation régionale n'a jamais été aussi sévère qu'aujourd'hui », a déclaré au site Euractiv Allemagne Ulrich Schneider, le directeur général de Paritätischer Gesamtverband (PG). Une pierre dans le jardin du gouvernement qui assure que l'écart entre riches et pauvres diminue. Une affirmation « tout simplement fausse » pour le responsable de PG (Dans le graphique ci-dessous la courbe rouge indique la progression du nombre de pauvres dans la population. Les piles grises, la richesse du pays en milliards d'euros).

Comme en France, les mères célibataires sont particulièrement exposées, plus de 40 % d'entre elles basculent dans la pauvreté, indique le rapport.

Si la pauvreté augmente à l'échelle nationale, le fossé qui existe entre régions prospères et régions en déshérence s'est également aggravé depuis 2006. La situation s'est détériorée dans 13 des 16 Länder : les villes-Etats de Brême et de Berlin ainsi que le Land de Mecklembourg-Poméranie antérieure, dans le nord du pays, sont les plus exposés à la pauvreté; à l'inverse, la Bavière (sud) et le Bade-Wurtemberg (sud-ouest) sont les moins touchés. Hambourg (nord) et plusieurs secteurs de Rhénanie-du-Nord-Westphalie (ouest) ont connu une forte poussée de la pauvreté, dont le taux est resté stable, voire a légèrement reculé, en Saxe-Anhalt (centre), Brandebourg et en Saxe (est).

"La pauvreté est un problème bien de chez nous", a poursuivi Ulrich Schneider pour qui l'Allemagne "a clairement un problème croissant de distribution de la richesse". Et, alors que l'industrie allemande ne cesse de battre des records à l'exportation, cela risque de perdurer. Selon PW, le nouveau salaire minimum entré en vigueur début 2015 (8,50 € brut de l'heure), ne permet en effet pas de changer la donne.

Des seuils qui varient d'un pays à l'autre

Mais comment mesure-t-on cette pauvreté ? En Allemagne, les personnes vivant seules avec un revenu inférieur à 892 euros par mois sont classées dans la catégorie des "pauvres" (voir encadré ci-dessous). Une famille avec deux enfants intègre cette catégorie si elle vit avec moins de 1.872 euros par mois. Des chiffres qui peuvent surprendre.

Mai, en Europe le calcul du seuil de pauvreté varie d'un pays à l'autre (voir le graphique établi par Eurostat pour les pays d'Europe). Selon l'Observatoire des inégalités, cet écart allait de 1.286 euros par mois en Norvège à 180 euros en Roumanie, en passant par 500 euros en Grèce, soit près de deux fois moins qu'en France (935 euros par mois).

Pauvreté : des calculs à géométrie variable en Europe

On n’utilise pas un seuil de pauvreté identique pour mesurer la pauvreté en Europe, mais un seuil par pays, calculé en proportion du revenu médian -le plus souvent 60 %. Les seuils varient donc en fonction du niveau de vie de chaque pays et sont calculés en parité du pouvoir d’achat. Le Royaume-Uni par exemple enregistre 16,2 % de pauvres au seuil à 60 % du revenu médian et le seuil de pauvreté est de 882 euros par mois et par personne contre 180 euros en Roumanie qui compte, à ce seuil, 22,6 % de pauvres.

En 2011, selon les calculs d'Eurostat, le seuil de pauvreté à 60 % du revenu médian le plus élevé était observé en Norvège (1.286 euros par mois et pour une personne seule), devant l’Autriche (1.025 euros). La France, qui figure parmi les seuils les plus élevés avec 935 euros par mois comptait 14,4 % de pauvres en 2011, le seuil le plus faible étant celui de la Roumanie (180 euros). Les pays du sud de l’Europe se situent parmi les pays où ce seuil est le plus bas : 497 euros en Grèce, 478 euros au Portugal. L’Espagne et l’Italie sont un peu au-dessu avec respectivement 616 et 780 euros.

Pour la grande pauvreté (seuil à 40 % du revenu médian), le seuil vaut 120 euros en Roumanie, 193 euros en Bulgarie et 246 euros en Hongrie. A l’opposé, il est le plus élevé en Norvège (857 euros), en Autriche (683 euros) et en Suède (656 euros). La France, avec 623 euros, se situe devant le Royaume-Uni (588 euros) et juste derrière l’Allemagne qui affiche un seuil de 633 euros.

 

La domination allemande
21 mars 2015 – Der Spiegel

Une du magazine allemand Der Spiegel : « La domination allemande »

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Wolfgang Schäuble, le Teuton flingueur
19 avril 2015 – Le Dauphiné

De l’équilibre budgétaire, le ministre allemand des Finances s’est fait une religion. Et l’âme expansionniste, avec ça. Pape de l’austérité outre-Rhin, il excommunie les États voisins qui tardent à adopter le même régime. Le continent entier doit adopter son dogme, et vite. Ce Savonarole des déficits publics semble déjà prêt à conduire au bûcher les Grecs impies et dépensiers.

Si encore l’inquisiteur mettait les formes à ses imprécations, mais non. À peu près aussi sociable qu’un bull-dog privé de pitance, Wolfgang Schäuble donne la leçon. Jusqu’à aboyer depuis Washington, dans la niche du FMI, une énormité qui ne passe pas. S’agissant de voter des réformes douloureuses, le Teuton flingueur déclare : « La France serait contente que quelqu’un force le Parlement ». Une catin à brusquer, la France, qui adore le fouet et rêve de soumission. Ah, si le Palais-Bourbon pouvait ressembler au Reichstag des années 30 ! Il suffirait alors d’un petit incendie pour mettre au pas les frileux députés et laisser le champ libre à un pouvoir fort. Terminés les « blablas » démocratiques, de l’action, enfin !

On le savait dépourvu de délicatesse, d’humilité et du moindre sens politique. En plus, le Grand Argentier germanique n’a pas de mémoire. « Un odieux personnage, Bismarck d’opérette dont les propos illustrent la nouvelle arrogance allemande » tonne aussitôt Jean-Luc Mélenchon. M.M. Sapin et Macron, pour une fois, n’ont pas osé le démentir. Avec des types comme Schäuble à Berlin, défendre l’Europe devient un casse-tête.

 

Le patronat allemand invite Merkel à revoir sa politique
23 avril 2015 – Les Echos

Moins connu du grand public que Warren Buffett ou George Soros, Bill Gross fait partie des gourous de la finance. Autrement dit, quand il parle, les marchés l'écoutent. Ce fut le cas mercredi, lorsque l'investisseur américain a invité sur Twitter à parier contre les obligations de l'Etat allemand, connues dans le jargon sous le nom de « Bund ». Selon le « roi des obligations », les taux allemands, historiquement bas, sont appelés à grimper. Bref, la solvabilité de l'Allemagne est surévaluée. Il faut être « short » sur la dette allemande et vendre – du moins après la fin du programme de rachat d'actifs de la BCE -, juge Bill Gross.

Une provocation ? L'Allemagne a enregistré l'an dernier un excédent budgétaire pour la première fois depuis 1969. Le DAX, l'indice de la Bourse de Francfort, a gagné 25 % depuis le début de l'année. Ses fleurons profitent de l'euro faible et de cours du pétrole au plancher. Mercredi, le ministre allemand de l'Economie, Sigmar Gabriel, a corrigé à la hausse sa prévision de croissance pour cette année, de 1,5 % à 1,8 % L'Allemagne devrait créer 300.000 emplois cette année et atteindre un nouveau record avec 43,1 millions d'actifs.

« Préparer l'Allemagne du futur »

Et pourtant, Sigmar Gabriel reste prudent, comme en témoigne le décalage entre ses prévisions et celles des instituts de conjoncture allemands, qui tablent sur une croissance de 2,1 % en 2015. « Le succès économique n'est pas automatique, juge le ministre. Nous devons avant tout travailler à améliorer nos perspectives de croissance à moyen terme », a insisté le social-démocrate (SPD), en évoquant les investissements nécessaires en Allemagne dans l'éducation, la recherche et les infrastructures.

Le patronat allemand est plus alarmiste. « Nous devons préparer maintenant l'Allemagne au futur », a déclaré mercredi Ulrich Grillo, président de la Fédération de l'industrie allemande (BDI), lors d'un forum du groupe parlementaire de la CDU d'Angela Merkel. Dans une lettre au gouvernement, en début de semaine, il avait appelé avec les autres organisations patronales le gouvernement à revoir complètement sa politique économique et à « renouer enfin avec une politique pour une croissance durable ».

« Angie, mets le turbo »

Leur critique : depuis sa prise de fonction, fin 2013, la grande coalition entre la CDU et le SPD a mis en oeuvre essentiellement des réformes sociales qui risquent de peser sur leur compétitivité, dont l'introduction d'un salaire minimum et un coup de pouce aux retraites. « Angie, mets le turbo », titre le quotidien populaire « Bild » qui a dévoilé leur lettre.

« Je sais que notre politique ne suscite pas le soutien à 100 % de l'économie allemande », s'est excusé mercredi Volker Kauder, le chef du groupe parlementaire CDU, à l'occasion du Forum économique de son parti. Appelant à une « coopération dans la confiance » avec les milieux économiques, la chancelière a promis une « solution raisonnable » en ce qui concerne la réforme des droits de succession, qui inquiète particulièrement les entreprises familiales, pilier de l'économie allemande. Elle a également indiqué que la coalition, dont les leaders se réunissent à huis clos dimanche, allait « regarder quels changements » il fallait apporter au salaire minimum, dont les employeurs critiquent la bureaucratie. « Il n'y aura pas de changement de la loi sur le salaire minimum», avait prévenu dans la matinée Sigmar Gabriel, rejetant les critiques du patronat.

 

« Le modèle allemand ne fait plus recette… en Allemagne »
27 avril 2015 – L’Humanité

Bruno Odent

Athènes n'est pas seule face à l'intransigeance de Berlin et de l'Eurogroupe. De nombreux salariés allemands, la confédération syndicale DGB et son chef de file, Reiner Hoffmann, dans ces colonnes, contestent de plus en plus vivement les multiples impasses du système ordo-libéral.

Le bien-fondé du « modèle allemand » d'orthodoxie budgétaire et de « modération » salariale est contesté jusqu'en Allemagne par la Confédération des syndicats (DGB). Interrogé par l'Humanité (page 6), son président, Reiner Hoffmann, s'insurge ouvertement contre l'intransigeance dont continuent à faire preuve Berlin et l'Eurogroupe pour conditionner l'octroi de la dernière tranche de 7,2 milliards d'euros du second plan d'aide à Athènes à la présentation d'une liste de réformes d'inspiration austéritaire.

L'affaire illustre combien la messe est sans doute loin d'être dite entre Athènes et ses créanciers. En dépit d'un rapport de forces très défavorable au sein de l'Eurogroupe, les nouvelles autorités grecques se révèlent être bien moins isolées qu'il n'y paraît au sein d'une Europe où le potentiel des forces anti-austérité est considérable. Si le besoin d'alternatives s'exprime au coeur du pays, dont l'ordo-libéralisme fut célébré et même intronisé comme le modèle de référence européen, c'est que les salariés allemands ont pu mesurer dans leur chair le vrai caractère de ce « modèle ». Aussi empoisonné pour l'Europe et le projet européen qu'il l'est pour… les citoyens allemands.

Les semelles de plomb de la pauvreté et de la précarité

Les réformes de structure inscrites par Gerhard Schröder sur son fameux « agenda 2010 » ont provoqué l'apparition d'un très large volant de salariés précarisés. 7 millions de personnes dépendent ainsi de minijobs à 400 euros et à couverture sociale au rabais. Selon le rapport de l'organisation sociale Paritätische Gesamtverband (EPG), rendu public fin février, le nombre de pauvres n'a jamais été aussi élevé outre-Rhin. 12,5 millions de personnes sont touchées et les chiffres sont en « constante hausse depuis 2006 », relève Ulrich Schneider le président d'EPG. La déréglementation sociale, la levée de protections inclues jadis dans les contrats de travail, ont torpillé les acquis hérités du vieux système rhénan. Résultat : l'Allemagne éprouve les plus grandes peines à renouer avec un bon rythme de croissance en dépit d'une situation conjoncturelle favorable (baisses de l'euro et du prix du pétrole).

Les hausses de salaire obtenues par les syndicats dans la dernière période qui ont stimulé la demande sur le marché intérieur constituent certes aujourd'hui « le principal moteur de la croissance ». Mais les réformes Schröder/Merkel n'en continuent pas moins de chausser l'activité de semelles de plomb. Car le nombre d'exemptions au droit social élémentaire a explosé, un salarié allemand sur deux n'étant désormais plus couvert par un vrai accord tarifaire (convention collective). Hormis la solidarité avec la Grèce et la nécessité de changer le cours de la politique européenne, le DGB a ainsi été conduit à mettre en avant parmi ses mots d'ordre, à l'occasion des prochains rassemblements du 1er Mai, ceux de la bataille qu'il a engagée contre la précarité, nous a confié le chef de file du DGB en marge de l'entretien qu'il nous a accordé. « Une vraie revalorisation, précise-t-il, des droits et des rémunérations des salariés contraints de s'embaucher avec des contrats atypiques (partiels, intérimaires) est indispensable. »

Frein à la dette, frein à l'emploi et à la croissance

Pierre angulaire du dogme de la rigueur ordo-libérale, le frein à la dette (Schuldenbremse) ou « règle d'or », inscrit dans le marbre de la Constitution allemande dès 2009 et transposé dans le traité budgétaire européen ratifié en 2012, produit aujourd'hui de terribles effets collatéraux outre-Rhin sur l'emploi, la croissance et les équilibres territoriaux. Il nourrit en effet un phénomène de recul sensible des investissements publics. Le frein à la dette impose une réduction du déficit public structurel des finances fédérales à moins de 0,35 % du PIB d'ici à 2017 et prévoit une interdiction pure et simple des Länder à souscrire de nouveaux emprunts à partir de 2020.

Résultat : dans les réseaux de transport (routes, chemins de fer), l'État a investi bien moins que ce qui serait simplement indispensable pour faire face à l'usure des matériels. Des routes se couvrent de nids-de-poule. Des ponts, devenus trop dangereux, ont même dû être fermés.

Une étude récente de la banque publique KfW (1) évalue à quelque 120 milliards d'euros les retards d'investissements pour les seules municipalités et collectivités locales. Faute d'entretien, il pleut parfois dans certains amphithéâtres d'universités ou dans des classes des écoles publiques. Ce qui accentue les tendances à l'émergence d'une éducation à deux vitesses avec des différences de plus en plus marquées entre des pôles de formation élitistes choyés et un « tout-venant » public dégradé.

Marcel Fratzscher, chef économiste de l'institut de conjoncture de Berlin DIW, souligne dans un récent ouvrage que ce manque d'investissements entraîne « l'économie allemande dans une impasse » (1). Les problèmes sont si cuisants que Berlin vient de décider le lancement d'un plan de stimulation de ces investissements qui manquent à l'appel en recourant à une formule de « partenariat public/privé ». « Notoirement insuffisant et non sans menaces d'effets pervers aggravants », ont réagi les députés de l'opposition (Die Linke et Verts) qui viennent d'examiner le texte au Bundestag.

Un système malade de la financiarisation

Les réformes de structure impulsées initialement par Gerhard Schröder ont enclenché la mutation du coeur du capitalisme rhénan. Sa caractéristique essentielle était d'être très peu dépendant aux financements boursiers et très soudé par un système qui assurait un lien très fort entre groupes bancaires et industriels. Cette organisation permit longtemps aux entreprises allemandes d'accéder à des crédits à long terme bon marché et contribua donc à la densité industrielle du pays. Cette imbrication banque/industrie était si forte que l'on évoquait souvent la société anonyme Allemagne(Deutschland AG) pour la caractériser. Après l'instauration en 2001 d'un nouveau dispositif fiscal, qualifié de « big bang » par la presse, les banques ont pu céder à très bon compte leurs participations au capital des groupes industriels. Pour se ruer sur l'eldorado de la finance mondialisée.

Touché de plein fouet par le krach de 2007-2008, le système bancaire (privé comme public) ne s'est toujours pas remis de cette course vers le grand large anglo-saxon. La Deutsche Bank, ex-pilier de la Deutschland AG (société anonyme Allemagne) et toujours première institution bancaire du pays, vient ainsi d'être rattrapée par un nouveau scandale produit de ses pratiques spéculatives. La banque a écopé jeudi 23 avril d'une amende de quelque 2,3 milliards d'euros pour avoir manipulé les cours du Libor et de l'Eurolibor, deux taux d'intérêt interbancaires (taux auquel les banques se prêtent de l'argent entre elles pour se refinancer).

Cet épilogue judiciaire intervient après de nombreux autres épisodes du même type. La Deutsche Banka été ainsi impliquée en 2012 dans un autre retentissant scandale de manipulation des cours, cette fois sur le marché des titres d'émissions carbone, censé constituer un outil de régulation pour diminuer les rejets de gaz à effet de serre.

Pendant ce temps-là, le financement de l'économie est devenu toujours davantage tributaire des aléas boursiers. Au total, cette financiarisation a contribué à un recul global de l'investissement (public et privé) qui n'atteint plus que 17 % du PIB en 2014 contre plus de 23 % en l'an 2000 (1). « Ce qui, relève-t-on au DGB, n'est pas précisément un gage de développement de l'activité et de l'emploi. »

(1) Marcel Fratzscher, Die Deutschland Illusion (L'Illusion de l'Allemagne), Éditions Kindl, 16 euros.

 

« Il faut changer d'urgence le cours de la politique européenne »
27 avril 2015 – L’Humanité

Entretien réalisé par Bruno Odent

Le président de la confédération des syndicats allemands DGB, Reiner Hoffmann, qui n'hésite pas à prendre le contre-pied de l'intransigeance de Berlin et de l'Eurogroupe à l'égard d'Athènes, plaide contre la poursuite de l'austérité et avance des alternatives.
Reiner Hoffmann est depuis mai 2014 président de la confédération des syndicats allemands DGB, qui compte 6,1 millions d'adhérents et regroupe huit grandes fédérations syndicales, dont les deux plus importantes sont IG Metall et Ver.Di (services). Le DGB avait salué l'arrivée au pouvoir de Syriza en Grèce fin janvier et Hoffmann avait défrayé la chronique au début de ce mois d'avril outre-Rhin, en n'hésitant pas à exprimer sa solidarité avec la Grèce en rendant visite à Alexis Tsipras à Athènes.

L'intransigeance manifestée par l'Eurogroupe à Riga ce 24 avril – et singulièrement celle du ministreallemand des Finances, Wolfgang Schäuble – continue d'alimenter la menace d'un « grexit » (sortie de la Grèce de l'euro). Quelle est votre réaction face à cette attitude ?
Reiner Hoffmann : La perspective d'une poursuite de la politique d'austérité pratiquée ces dernières années n'est absolument pas acceptable du point de vue des syndicats allemands. Elle représente un handicap terrible. En Grèce, au Portugal, en Espagne, où les salaires ont été réduits, le mal n'a pas été soigné mais au contraire aggravé. Comme il l'a été par le démantèlement de services publics et de diverses infrastructures. Il ne faut plus renouveler ces fautes lourdes. Mais au contraire changer d'urgence le cours de la politique européenne. Pour aller dans une direction qui ouvre la voie à davantage d'investissements et donc d'emplois et de croissance. Personne n'a intérêt à ce que la Grèce quitte la zone euro. Les dégâts collatéraux pour toute l'Europe seraient considérables. En fait, je pense qu'il faut donner du temps à la Grèce pour mettre en oeuvre les réformes dont elle a réellement besoin. Pour se doter, par exemple, d'une administration fiscale efficace ou pour pouvoir faire face rapidement au chômage des jeunes.

Wolfgang Schäuble ne porte-t-il pas de lourdes responsabilités dans la vindicte antigrecque qui a atteint récemment des sommets dans le débat public allemand ?
Reiner Hoffmann : Il faut en finir avec la légende du Grec paresseux. Cela crée un climat nauséeux dans le pays. J'observe avec inquiétude les dérives auxquelles on assiste aujourd'hui, comme lors des fêtes de Pâques (allusion aux initiatives du mouvement xénophobe Pegida à Dresde – NDLR). Il y va de la responsabilité du monde politique d'opérer rapidement une désescalade, de sortir des imprécations et des polémiques. Quand Wolfgang Schäuble propose d'envoyer 500 fonctionnaires de son ministère des Finances en Grèce pour y faire rentrer l'impôt, c'est du pur populisme de droite. C'est insupportable. Les contacts entre la chancelière Angela Merkel et le premier ministre Alexis Tsipras semblent pouvoir prendre, entre-temps, une forme plus apaisée. Je m'en félicite.

Quelle est la politique européenne alternative qu'il faudrait rapidement mettre en oeuvre avec la Grèce ?
Reiner Hoffmann : Il faut d'abord cerner quels sont les plus gros besoins d'investissements dans la rénovation et le développement de la production industrielle. La Grèce est particulièrement bien placée dans le domaine de l'énergie renouvelable, avec d'énormes ressources naturelles (soleil, vents). Elle doit aussi rattraper son retard dans le câblage Internet haut débit. C'est sur ces terrains-là qu'il faudrait agir. Au lieu de s'entêter à programmer les mortifères restrictions de l'austérité.

Vous invoquez un plan Marshall pour l'Europe. Qu'entendez-vous par là ?
Reiner Hoffmann : Il s'agirait de lancer l'UE et la zone euro dans un programme d'investissements très offensif pendant dix ans pour un montant égal à 2 % du PIB européen. Nous partons du principe qu'il existe suffisamment de ressources financières pour cela. Seulement aujourd'hui, celles-ci n'irriguent pas l'économie réelle mais sont aspirées par la spéculation et vagabondent sur les marchés financiers internationaux. Il faut se donner les moyens de réorienter cet argent pour le diriger vers un fond européen dédié. De grands projets européens d'infrastructures, de nouveaux développements industriels high-tech pourraient ainsi être financés. Le but général serait de parvenir à une réindustrialisation de l'Europe. De manière que, d'ici à 2020, comme envisagé dans un projet de la Commission, les économies européennes réalisent 20 % de leur création de valeur sur le plan industriel.

Vous évoquez la nécessité de gros investissements en Europe, mais l'Allemagne semble avoir aussi un retard considérable dans ce domaine…
Reiner Hoffmann : Tout à fait. Les politiques restrictives pratiquées ces dernières années ont fait là aussi de gros dégâts. Selon une étude du ministère de l'Économie, il y aurait un besoin d'investissements de 60 milliards d'euros pour les seules infrastructures. Ce manque d'investissements publics freine la demande intérieure. Or, c'est celle-ci qui tire aujourd'hui la reprise de l'activité, grâce à l'amélioration du pouvoir d'achat provoquée par les hausses salariales que nous avons obtenues ces derniers mois, ou par l'instauration d'une loi établissant un salaire minimum depuis le 1er janvier (pour un montant de 8,50 euros brut de l'heure – NDLR).

En même temps, vous vous faites très critique sur la mise en application véritable de ce salaire minimum. Pourquoi ?
Reiner Hoffmann : 3,7 millions de salariés allemands sont concernés par la loi. Pour eux, elle devrait signifier une amélioration sensible de leurs revenus. Seulement de nombreux patrons utilisent tous les « trucs » possibles pour contourner l'obligation de salaire minimum. Ils déclarent, par exemple, les gens à 8,50 euros de l'heure mais exercent un chantage sur eux pour qu'ils renoncent au paiement de leurs heures sup ou aux suppléments pour le travail de nuit ou durant le week-end. Certaines entreprises vont jusqu'à exiger que les salariés se payent eux-mêmes leurs outils de travail avec… leur salaire minimum. Face à ces fraudes qui sont devenues un sport national, les contrôles de la puissance publique sont notoirement insuffisants. Nous exigeons leur renforcement, et donc un recrutement conséquent d'employés chargés de la lutte contre le travail au noir au ministère des Finances. Nous proposons que le droit à porter plainte ne soit pas restreint à des individus, forcément isolés et sous la menace de la répression patronale, mais qu'il puisse être exercé par le syndicat.

Quelle est la dimension prise par ces tricheries ?
Reiner Hoffmann : Nous n'avons pas encore de bilan précis. Le salaire minimum n'est instauré que depuis moins de quatre mois. Mais d'après nos approches empiriques le phénomène est massif.

 

Environ deux millions d’Allemands forcés de cumuler au moins deux emplois
29 avril 2015 – 20 Minutes

Environ 2 millions d'Allemands, soit 5% de la population active, sont forcés de cumuler au moins deux emplois pour vivre, un chiffre en nette augmentation ces dernières années, selon des données officielles publiées mercredi.

En 2014, 5% de la population active allemande a occupé au moins un autre emploi à côté de son activité principale, a annoncé l'Office fédéral des statistiques Destatis dans un communiqué. Cette proportion a augmenté de 13% par rapport à 2011.

Les chiffres esquissent un portrait robot de ces travailleurs: en majorité des femmes salariées, âgées de 35 à 55 ans.

Le cumul d'emplois touche en effet 5,4% des femmes actives, contre 4,6% des hommes. Par tranche d'âge, 35-44 ans (5,8%) et les 45-54 ans (5,5%) sont ceux qui occupent le plus fréquemment plusieurs activités.

Destatis explique que les femmes sont plus concernées que les hommes, car ce sont aussi elles qui occupent le plus d'emplois à temps partiel en Allemagne, un facteur déterminant qui pousse à la recherche d'une activité complémentaire.

Le deuxième emploi est la plupart du temps un travail salarié pour les Allemands concernés (60,5%), même si un peu plus d'un tiers (34,5%) d'entre eux s'établissent comme travailleurs indépendants.

En moyenne, l'emploi annexe correspond à 8,5 heures de travail par semaine.

Ces chiffres nuancent la réalité du marché de l'emploi en Allemagne, un pays souvent cité en exemple en Europe et qui jouit d'un quasi plein-emploi dans certaines régions. L'Allemagne connaît actuellement le plus faible taux de chômage (6,4% en mars, en données corrigées des variations saisonnières) depuis sa Réunification en 1990.

L'Allemagne a entrepris une importante libéralisation de son marché du travail entre 2003 et 2005, grâce aux réformes voulues par l'ancien chancelier Gerard Schröder. Le pays est actuellement le moteur économique du Vieux continent, mais diverses études rappellent régulièrement que les inégalités s'y accroissent depuis plusieurs années.

 

La trahison
2 mai 2015 – Der Spiegel

Une du magazine Der Spiegel suite à ses révélations sur la collaboration entre les services de renseignement allemands et la NSA américaine. Le titre : « La trahison »

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En Allemagne, les grèves se multiplient
5 mai 2015 – Le Figaro

Rail, banque, crèches, les syndicats mobilisent pour le pouvoir d'achat.

ZONE EURO La grève est promise pour durer. Claus Weselsky, le leader du syndicat des conducteurs de train GDL, l'a annoncé : elle pourrait bien être « la plus longue » de l'histoire de la Deutsche Bahn. À partir de lundi 15 heures et jusqu'à la fin de la semaine, la circulation des trains devrait être fortement perturbée dans tout le pays. Il s'agit du septième arrêt de travail du syndicat, engagé dans un bras de fer avec la Deutsche Bahn pour obtenir une augmentation des salaires et une diminution du temps de travail, et dans une lutte d'influence contre un autre syndicat, l'EVG, que le GDL veut concurrencer. Pour l'instant, le syndicat n'a obtenu que la réprobation générale, de l'opinion publique aux milieux économiques en passant par le gouvernement. Le vice-chancelier SPD Sigmar Gabriel a regretté un mouvement « incompréhensible » qui va affecter « toute l'économie allemande ».

Habituée au dialogue social, l'Allemagne découvre l'épreuve de force. Les conducteurs de train ne sont pas les seuls à se mettre en grève. À la fin de la semaine, ce sont les crèches et les maternelles qui devraient s'engager dans un mouvement « illimité » pour obtenir une revalorisation des salaires des éducateurs. Le vote à 75 % des salariés, nécessaire pour déclencher le conflit, devrait être obtenu. Au mois d'avril, de nombreuses agences de la Postbank sont aussi restées portes closes pour cause de négociations tendues. Ver.di, l'un des plus puissants syndicats, a ainsi obtenu qu'aucun licenciement économique ne puisse intervenir avant 2017, soit un an après le retour de l'entreprise en Bourse. Les salariés bénéficieront aussi d'une augmentation de 2,1 % dès cette année et de 2 % dans un an. Enfin ces derniers mois, les pilotes de la Lufthansa ont aussi multiplié les arrêts de travail pour défendre notamment leurs droits à la retraite.

Fruits de la croissance

Si ces derniers conflits sociaux sont particulièrement visibles et impressionnants, le nombre de jours de grèves en Allemagne n'a en réalité pas augmenté ces dernières années. En 2014, 392 000 journées ont été perdues, soit un peu moins qu'en 2013 avec 550 000 journées et moins qu'en 2012 avec 630 000 journées, selon une évaluation réalisée par la fondation Hans Böckler. Mais au plus fort de la crise, en 2010, le nombre de jours perdus en raison de conflits grève était descendu à 173 000. L'amélioration des conditions économiques en Allemagne pousse désormais les syndicats, après des années d'efforts et de modération, à réclamer leur part du succès économique et des revalorisations salariales beaucoup plus favorables.

 

Quatre économistes allemands critiquent le modèle germanique
12 mai 2015 – L’Expansion

Malgré la réussite insolente de leur pays, quatre économistes ont pris la plume afin de démontrer les limites du miracle germanique. Paroles d'iconoclastes.

Après le German loving, avec déclaration d'amour à l'orthodoxie budgétaire et cour appuyée à l'industrie allemande, place au German bashing. Le nouveau gouvernement grec n'épargne pas Angela Merkel, suivi dans ses attaques par les gauches du sud de l'Europe. Et même à la Commission européenne de Bruxelles, d'ordinaire si conciliante, les reproches fusent.

Mais un nouveau type de contempteurs vient depuis peu grossir les rangs des germano-critiques: les intellectuels… allemands. Des livres sortent – aux titres très explicites, comme Die Deutschland-Illusion - et font jaser outre-Rhin. Et pour cause: les auteurs visent le flanc le plus robuste du pays, touchent à l'intouchable: l'économie allemande.

Pour Marcel Fratzscher, le miracle germanique des exportations tient plutôt du mirage, et ses compatriotes ne vont pas tarder à s'en apercevoir si l'économie de leurs voisins européens continue à s'affaiblir. Pour Olaf Gersemann, chef du service économie au quotidien Die Welt, l'industrie va manquer de bras pour continuer à tourner. Pour Wolfgang Streeck, directeur de l'Institut Max-Planck, la fragilité de cette réussite apparaîtra sous une lumière crue quand les marchés boursiers décideront de ne plus financer l'illusion. Enfin, dans son dernier éditorial du Financial Times Deutschland, Thomas Fricke confesse même une préférence pour le modèle français!

Ces critiques made in Germany jouent sans doute sur la corde provocatrice, mais elles méritent réflexion. Interview croisée.

"Merkel indexe sa politique sur les sondages"

Olaf Gersemann, chef du service économie et finances du quotidien Die Welt.

Le problème de l'Allemagne?
Le mal le plus profond, c'est le déclin démographique. Le vieillissement de la population va considérablement peser sur la croissance potentielle du pays, alors même qu'une armée de retraités va avoir besoin de salariés pour payer leurs pensions. L'effet sur les finances publiques sera explosif. D'autant que ce choc démographique n'incitera pas les géants de l'industrie à investir dans le pays : pourquoi construiraient-ils des usines en Allemagne alors que, dans les décennies qui viennent, ils vont avoir de plus en plus de mal à recruter ?

La critique adressée à la politique d'Angela Merkel ?
Dans les situations critiques, Kohl et Schröder ont pris des décisions courageuses, se moquant du vent dominant de l'opinion publique. Merkel, à l'opposé, indexe sa politique sur les sondages. Son intransigeance sur le dossier grec tient en grande partie à la montée de l'AFD (Alternative für Deutschland), le parti eurocritique, dans les sondages et lors des dernières élections régionales.

Une idée pour réformer la politique économique allemande?
Pour que la zone euro survive, les niveaux de coûts salariaux unitaires vont devoir converger. Des pays comme l'Italie et la France vont devoir abaisser le coût du travail. Mais l'Allemagne peut aider ce processus en laissant les salaires et l'inflation progresser plus fortement qu'au cours de la décennie passée.

LE LIVRE. Die Deutschland-Blase ("La Bulle allemande"), éd. DVA (non traduit en français).

"On peut parler d'une politique à courte vue"

Wolfgang Streeck, directeur de l'Institut Max-Planck (sciences sociales)

Le problème de l'Allemagne?
La montée des inégalités. Mais l'Allemagne – ou plutôt son élite – ne considère plus ces sujets de précarité des emplois, de détérioration des services publics comme "économiques". L'essentiel consiste à maintenir un système exportateur pour permettre à quelques-uns en Europe, aux Etats-Unis, mais aussi en Chine, d'acheter des berlines allemandes.

La critique adressée à la politique d'Angela Merkel?
Il ne faut pas croire que la faute vienne strictement de la chancelière. La grande coalition associe aussi les sociaux-démocrates du SPD. En fait, ce gouvernement est le comité exécutif des exportateurs allemands qui parviendrait à réunir les employeurs et les syndicats sous une même bannière. Et ils réalisent presque un sans-faute. Dans la zone euro, l'Allemagne peut conserver sa compétitivité à l'égard des pays du Sud, qui ne peuvent plus dévaluer et maintenir des taux d'inflation très bas. On peut nommer cela une politique à courte vue, mais aucun gouvernement allemand ne voudra volontairement mettre en cause sa compétitivité internationale.

Une idée pour réformer la politique économique allemande?
Je ne crois pas à la magie. L'Allemagne occupe une niche dans le système capitaliste suffisamment grande pour assurer une forme de prospérité. Personne ne voudra la remettre en cause au nom de la "solidarité européenne".

LE LIVRE. Du temps acheté. La crise sans cesse ajournée du capitalisme démocratique, Gallimard.

"Le pays vit de la demande extérieure"

Thomas Fricke, ancien chef économiste du Financial Times Deutschland

Le problème de l'Allemagne?
Sa dépendance à la conjoncture mondiale. Comme la moitié de l'économie allemande vit de la demande extérieure, une crise dans un grand pays prendrait vite des proportions considérables. Dans les années 90, le taux d'exportation sur le PIB avoisinait les 25-30%; aujourd'hui, il se monte à plus de 50%. D'autre part, ces excédents commerciaux à répétition se traduisent par l'accumulation de crédits à l'extérieur. De quoi rendre le pays très vulnérable.

La critique adressée à la politique d'Angela Merkel?
La chancelière demande aux autres pays ce qu'elle n'a pas fait elle-même. Quand, en 2005, elle prend la succession de Schröder, elle se retrouve face à une croissance atone, conséquence des lois Hartz. Elle décide alors de faire une pause dans les réformes. Si elle avait continué à réduire les déficits à cette époque, l'Allemagne aurait plongé. Et aujourd'hui, dans des circonstances comparables, elle demande aux pays du sud de l'Europe l'orthodoxie budgétaire.

Une idée pour réformer la politique économique allemande?
Il faut désormais jauger les réformes économiques non plus seulement à l'aune de la compétitivité, mais aussi par rapport à la demande interne. En clair, inverser la logique, au bénéfice de l'investissement et de la consommation.

L'ÉDITO. Publié fin 2013, son article "Vive la résistance !" est une critique sans concession du modèle allemand, qui se conclut par un éloge de l'économie française.

Point de vue. L'illusion allemande

Marcel Fratzscher, président de l'Institut allemand pour la recherche économique

Les intellectuels aiment bien jouer le rôle de Cassandre. Le costume du "pessimiste éclairé" se remarque toujours dans les salons ou derrière une chaire universitaire. Mais Marcel Fratzscher, lui, ne s'amuse pas. Président de DIW (l'institut allemand pour la recherche économique), ancien expert auprès de la BCE, il sonne l'alarme, la gorge serré et le verbe grave, dans son livre paru en septembre 2014, Die Deutschland-Illusion.

Il voit dans la politique orthodoxe de la chancelière non une apparente "sagesse", mais une "imprudence" dissimulée derrière quelques bons chiffres. Une Allemagne sans investissements dans ses infrastructures, sans dynamique démographique et sans de solides partenaires européens ne peut pas rester forte longtemps. Pour résumer, le verre de l'économie allemande est à moitié plein, mais son liquide s'évapore à toute vitesse. "Mais pourquoi personne ne le voit ?" se demande-t-il, faussement candide. Sa tentative de réponse mêle habilement la réflexion économique, historique et sociologique.

LE LIVRE. Die Deutschland-Illusion, éd. Hanser (non traduit en français).

 

En Allemagne, des villages entiers sont rasés pour laisser place à de gigantesques mines de charbon
19 mai 2015 – Bastamag

Jean de Peña, Rachel Knaebel

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Le charbon est la source d’énergie qui émet le plus de gaz à effet de serre et déstabilise fortement le climat. En Allemagne, l’un des pays européens pourtant les plus avancés dans les énergies renouvelables, le combustible fossile fournit toujours près de la moitié de l’électricité. De nouvelles mines doivent être creusées et des villages entiers risquent d’être déplacés et détruits. Des paysages sont dévastés. Et des dizaines de millions de tonnes de CO2 seront émises dans l’atmosphère pendant de longues années. Sans oublier les particules fines. Reportage dans le bassin minier de Rhénanie.

Dans les rues désertes de son ancien village devenu fantôme, Klaus Mertens marche l’air désolé. L’homme de 70 ans montre ici l’ancienne devanture d’une boulangerie, là, les locaux de la banque : « Il y avait ici la salle des fêtes. Là, une auberge. Derrière, une boutique de journaux et de fleurs. On avait beaucoup de magasins pour un petit village comme ça. On pouvait faire toutes ses courses ici. » Le village d’Immerath, à une quarantaine de kilomètres de Düsseldorf, dans l’ouest de l’Allemagne, comptait plus d’un millier d’habitants. Aujourd’hui, il est vide. Une partie des habitations est démolie, des arbres abattus. Les maisons qui sont encore debout ont pour beaucoup leurs vitres brisées. « Nous avons de gros problèmes de sécurité. Il y a des cambriolages », déplore le chirurgien retraité en s’apercevant que la balançoire de son ancien jardin a disparu depuis sa dernière visite. Le village a-t-il été victime d’une catastrophe industrielle ? Oui et non : il a dû laisser la place au charbon.

Il ne reste à Immerath qu’une poignée de résidents. Eux aussi vont bientôt quitter les lieux, dès que le groupe énergétique allemand RWE leur aura racheté leurs terrains et leurs biens. S’ils refusent, ils seront de toute façon expropriés et indemnisés à moindre frais. « On essaie d’éviter ça. Jusqu’ici, ce n’est pas arrivé », précise Thomas Balzhäuser, chargé de la planification à la communauté de communes. À partir de 2017, c’est une large mine de charbon à ciel ouvert qui s’étendra en lieu et place du village.

Douze villages à raser pour extraire du charbon

Immerath fait partie des douze villages en cours de déplacement et de démolition dans le bassin minier rhénan. Plus de 6000 habitants sont concernés [1]. L’entreprise RWE exploite ici du lignite, du "charbon brun". Elle extrait environ 100 millions de tonnes par an sur trois mines à ciel ouvert, Hambach, Inden et Garzweiler. Celles-ci s’étendent déjà sur 9000 hectares, soit deux fois la surface de la ville de Lyon. Le combustible vient alimenter les centrales thermiques à charbon de RWE.

L’exploitation du lignite a commencé dès le XVIIIe siècle dans la région. Elle aurait pu s’arrêter avec l’entrée dans le XXIe siècle et l’essor des énergies renouvelables. Mais dans les années 1990, RWE a décidé, et obtenu des autorités, d’étendre ces mines pour continuer à en extraire du combustible jusqu’en… 2045. Pour le faire, il faut tout raser sur la zone convoitée : villages, champs, forêts, exploitations agricoles. Les recours juridiques de la communauté de communes, les plaintes d’un habitant d’Immerath et de l’association environnementale Bund (branche allemande des Amis de la Terre) devant la cour constitutionnelle allemande, n’ont rien changé [2].

Les mines seront bel et bien étendues. Et les habitants déplacés, soit dans d’autres communes, soit vers des villages reconstruits en neuf un peu plus loin. Le village d’Immertah a ainsi son double à une dizaine de kilomètres de l’ancien. Dans le "Nouveau Immerath", les noms de rues ont été repris. Mais le cadre de vie n’est plus le même. « Nous voulions reconstruire un véritable village, mais selon moi, c’est plutôt un lotissement », regrette Klaus Mertens, qui a accompagné la construction de la nouvelle commune au sein d’un conseil consultatif d’habitants mis en place pour la période du déplacement.

Pour l’instant, la commune ressemble effectivement plus à une bourgade suburbaine tout juste sortie de terre qu’à l’ancien village centenaire qu’elle doit remplacer. Ses pavillons s’organisent autour de quelques rues au milieu des champs. Des grues s’élèvent de toutes parts. De nombreuses parcelles attendent encore preneur.

Seulement un peu plus de la moitié des habitants de l’ancien village ont choisi de déménager dans la nouvelle commune. « Les plus âgés sont partis en maison de retraite ou chez leurs enfants. D’autres ont préféré acheter une maison ancienne ailleurs plutôt que de faire construire, rapporte Klaus Mertens. Et certains sont toujours en négociation. Comme Hans-Josef Portz, agriculteur à Immerath, et l’un des derniers habitants encore présents dans le village ancien : « Jusqu’à maintenant, je n’ai reçu aucune offre valable de RWE. On nous a proposé des fermes, mais sans terrain. Personne ne veut plus vendre de terrain. »

« Aucune autre énergie ne cause autant d’émissions de CO2 »

Les villages de Rhénanie risquent de ne pas être les derniers sur la liste des communes scarifiées au charbon. L’Allemagne compte onze mines de lignite en activité, et trois mines de houille, mais celles-ci fermeront en 2018, date à laquelle les subventions à l’exploitation de la houille cesseront. Avec plus de 178 millions de tonnes de lignite [3] extraite en 2014, le pays est l’un des plus gros producteurs de ce type de charbon au monde.

En plus des mines de Rhénanie, du lignite est encore extrait dans deux bassins du centre du pays et surtout, dans la région de Lusace, dans l’Est, près de la frontière polonaise. Là aussi, les mines doivent être agrandies dans les années à venir, et plusieurs villages supprimés de la carte et du paysage. Encore une fois, des milliers d’habitants sont concernés [4].

Pour Dirk Jansen, président de l’association écologiste Bund dans la région de Rhénanie, « il n’y a pas de plus grande attaque contre la nature, les paysages, les systèmes de nappes phréatiques, et aussi sur les structures sociales que le lignite. Et aucune autre énergie ne cause autant d’émissions de CO2. C’est une énergie d’avant-hier, ça ne convient plus au XXIe siècle. » Lorsqu’il brûle dans les centrales thermiques, le charbon est en effet un véritable “tueur de climat” comme le disent les ONG allemandes. La combustion d’une tonne de houille émet 2,6 tonnes de CO2 dans l’atmosphère, celle d’une tonne de lignite plus de 3 tonnes de CO2, selon les chiffres de Greenpeace. Parmi les dix centrales thermiques à charbon les plus polluantes d’Europe [5], cinq se trouvent en Allemagne.

Les centrales à charbon sont de fait responsables d’une grande partie des émissions de CO2 allemandes. Sur les 950 millions de tonnes de gaz à effet de serre émises en 2013 par l’Allemagne, un tiers provenait de la production électrique, en grande partie de la combustion de charbon [6]. En plus de réchauffer le climat, les centrales à charbon émettent aussi des substances nocives pour la santé, notamment des particules fines [7]. Les mines elles-mêmes dégagent des particules fines. À la suite de demandes d’associations locales, celles du bassin rhénan sont aujourd’hui équipées de stations de mesure des particules rejetées dans l’atmosphère environnante. Régulièrement, les niveaux mesurés dépassent les limites autorisées…

Entre énergies renouvelables et charbon

C’est tout le paradoxe de la politique énergétique allemande. Avec 27 % de son électricité qui vient des énergies vertes, le pays est l’un des plus avancés en Europe et dans le monde sur les énergies renouvelables. La proportion d’électricité verte est en augmentation rapide et constante : elle était encore de 20 % en 2011, 10 % en 2005. L’Allemagne a aussi, on le sait, acté d’une sortie de l’énergie atomique d’ici à 2022. Mais à côté de ces choix écologiques, le pays tire toujours près de 45 % de son électricité du charbon (un peu plus de 25 % pour le lignite, 19 % pour la houille). La proportion du charbon a très légèrement augmenté avec l’arrêt immédiat de huit réacteurs nucléaires en 2011, après la catastrophe de Fukushima. L’arrêt de ces réacteurs a ensuite été essentiellement compensé par les énergies renouvelables. Aucun calendrier précis de sortie du charbon n’est envisagé pour l’instant chez les décideurs politiques.

« D’un côté, nous avançons sur la transition énergétique, de l’autre nous restons encore dépendants de technologies comme le charbon. Ça ne va évidemment pas ensemble. On doit accélérer la transition, pas la freiner. En premier lieu, il faut fermer les mines de lignite », insiste Dirk Jansen. Et c’est possible, assure le militant. Dans une étude de 2011 sur la transition énergétique allemande, Greenpeace Allemagne défendait par exemple une sortie complète du lignite d’ici à 2030.

Taxer les centrales à charbon les plus anciennes

Loin d’avoir troqué le risque nucléaire contre la pollution, tous les Allemands ne sont pourtant pas d’accord avec le recours à cette énergie polluante. Le 25 avril dernier par exemple, 6000 personnes se sont réunies à Immerath et dans les environs pour former une chaîne humaine contre les mines et contre le charbon. Les protestations citoyennes se multiplient aussi du côté des mines de Lusace, dans l’Est du pays. Du côté politique, le gouvernement régional de Rhénanie-du-Nord-Westphalie a décidé l’an dernier de limiter l’extension de la mine de Garzweiler et d’épargner ainsi l’un des villages menacés.

Avec la perspective de la prochaine conférence climat, la COP 21 à Paris en décembre, le gouvernement d’Angela Merkel se voit contraint d’agir à son tour. Il y a urgence. Car si rien n’est fait, l’Allemagne ne respectera pas ses engagements de réduire de 40 % ses émissions de gaz à effet de serre d’ici 2020 par rapport au niveau de 1990. En 2013, elle n’en était qu’à à peine 24 %. Pire, les émissions allemandes ont recommencé à augmenter légèrement depuis 2011. Fin 2014, le gouvernement allemand a donc décidé d’instaurer un prélèvement supplémentaire sur l’électricité issue des centrales à charbon les plus anciennes, qui sont aussi les plus polluantes.

Il ne s’agit pour l’instant que d’un projet. Qui déplaît évidemment aux exploitants des centrales, RWE en tête. « Déjà à l’heure actuelle, les centrales les plus anciennes, qui demandent plus de frais de personnel et d’entretien, sont à la limite de la rentabilité. Le prélèvement va encore aggraver la situation », défend ainsi Guido Steffen, porte-parole à RWE Power, la filiale du groupe en charge des centrales thermiques. Le prélèvement devrait en effet en toute logique conduire à la fermeture d’une partie des centrales. Ce qui serait évidemment un bon point pour le climat. Mais inquiète le syndicat du secteur, IG BCE. « 1000 emplois ont déjà été supprimés, certes sans licenciements, ces deux dernières années dans le charbon chez RWE Power. Les gens craignent pour leur travail », souligne le chef du syndicat dans la région, Manfred Maresch.

10 fois plus d’emplois dans les énergies renouvelables

Le syndicat a mobilisé 15 000 manifestants, le 25 avril à Berlin, pour protester contre le projet du gouvernement. Klaus Emmerich faisait partie du cortège. Depuis les locaux du comité d’entreprise de la mine de Garzweiler, le délégué du personnel est très remonté contre son gouvernement : « Ce qu’a proposé le ministre, ça ne fait pas du tout avancer la discussion. Il dit qu’il faut réduire nos émissions de CO2 et donc le charbon. Mais alors, on achètera de l’électricité ailleurs, en République tchèque, en Pologne, là où personne ne se demande s’ils limitent ou pas leurs émissions de CO2 ! Et chez nous, nos emplois seront détruits. »

De fait, le nombre de travailleurs des mines et du charbon s’est effondré en Allemagne depuis la réunification. En 1990, 129 000 personnes travaillaient dans les mines de lignite allemandes. Aujourd’hui, ils sont à peine 21 000, dans les mines et les centrales à charbon, dont la moitié en Rhénanie. Klaus Emmerich craint aussi pour les emplois des industries lourdes de la région : « Si on sort du charbon, l’électricité sera beaucoup plus chère pour les industries. Ici, nous avons l’industrie de l’aluminium, la métallurgie, la chimie, toutes très intensives en énergie. Ces secteurs vont déménager si les projets du gouvernement sont mis en œuvre. », craint le délégué du personnel des mines. Si on perd ces emplois-là, on ne les trouvera ni dans le solaire, ni l’éolien, ni dans une autre alternative. » Les énergies renouvelables sont pourtant devenues de gros pourvoyeurs d’emplois outre-Rhin. Le secteur faisait ainsi travailler 370 000 personnes en 2013 [8].

« Nous savons que l’ère du charbon est bientôt terminée. La question est comment on organise la fin du charbon. Mais la dernière mine fermera en 2045. C’est prévu », assure le porte-parole de l’entreprise RWE, Guido Steffen. Les riverains des mines de l’Est de l’Allemagne connaissent ce genre de promesses. Quand le village d’Horno a disparu sous les pelleteuses pour étendre la mine attenante en 2005, ce devait être la dernière commune sacrifiée de la région. Puis le groupe Vattenfall a décidé de creuser à nouveau pour continuer à extraire du charbon jusqu’en 2070. Qui sait dans quel état sera alors le climat ?

Notes

[1] Depuis 1945, environ 300 villages ont disparu de la carte pour les mines de lignite dans toute l’Allemagne, selon les calculs de l’association environnementale Bund.
[2] Dans la décision de la cour constitutionnelle, rendue en 2013, l’association Bund a en partie obtenu gain de cause sur l’expropriation d’un de ses terrains, mais la plainte de l’habitant d’Immerath a elle été déboutée. La décision ici en anglais.
[3] Source.
[4] Les mines de Lusace sont exploitées pour l’instant par le groupe public suédois Vattenfall, qui a annoncé l’an dernier vouloir les vendre. Des entreprises tchèques se sont déclaré intéressées.
[5] Selon les données récoltées par l’institut de recherches environnementales allemand Öko-Institut, ici, p 15.
[6] Voir les documents du ministère allemand de l’Économie Aktionsprogramm Klimaschutz 2020, p 11 et Erster Fortschrittsbericht zur Energiewende, p 47.
[7] Comme le rappelait une étude l’ONG européenne The Health and Environment Alliance (HEAL) en 2013.
[8] Selon les chiffres du ministère allemand de l’Économie.

 

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