05oct 12

Martine Billard, l'invitée du Blog

Venezuela : rassemblement monstre de soutien à Chavez

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L'original de ce billet a été publié le 4 octobre 2012 sur le blog de Martine Billard

Aujourd'hui a eu lieu à Caracas le rassemblement de clôture de la campagne d'Hugo Chavez. L'objectif était de remplir 7 avenues : pari gagné, une immense marée humaine toute vêtue de rouge s'est déversée dans Caracas

J'essaie toujours de vérifier les affirmations qui nous sont assénées en France à propos du Venezuela. Hier soir j'ai donc regardé la retransmission en directe d'un rassemblement de soutien à Henrique Capriles, le candidat de la droite. Et oui, cela est retransmis sur la chaîne de télévision de l'opposition et n'importe qui peut le regarder et comme c'est une télévision qui le soutient on ne peut l'accuser de déformer ce qui se passe. Le moins qu'on puisse dire est que ce n'est pas un très bon orateur : il se perd dans ses papiers, perd le fil de son discours, essaie de copier les effets de Hugo Chavez mais n'y arrive pas et répète en boucle beaucoup de phrases creuses. Aussi excité que Nicolas Sarkozy, mais bien moins bon orateur et aucun fonds contrairement à lui.

Aujourd'hui donc direction le rassemblement de soutien à Chavez. Mais il faut d'abord savoir que ce pays ne brille pas par la précision dans l'organisation et cela ne date pas de Chavez. Donc à la question, à quelle heure est le rassemblement, à quelle heure est le discours de Chavez, impossible d'avoir une réponse précise.

J'opte donc pour sortir vers 10h30 du matin pour sentir l'atmosphère. Les rues se remplissent déjà de manifestants, le métro est plein, mais chacun fait sagement la queue pour acheter son ticket et il ne viendrait à l'idée de personne, contrairement à la France, de sauter le portillon pour passer sans payer sous prétexte d'aller manifester. Décidément ce pays est plein de surprises. Mais si chacun attend en colonne sur le quai, l'arrivée du train provoque de telles bousculades que je me retrouve séparée du camarade d'Izquierda Unida (Espagne) avec qui j'étais partie. Je l'attends donc à la station d'arrivée. Nous rejoignons un des points de rassemblement. Il est 11 heures et il y a déjà beaucoup de monde. Nous devions retrouver des camarades vénézuéliens à cet endroit. Mais cela s'avère impossible. J'opte au bout d'un moment pour repasser à l'hôtel d'où finalement je repars avec des camarades français. Cette fois-ci nous allons vers l'avenue du Libertador. Pas facile d'avancer avec toute cette foule bonne enfant et qui avance tranquillement en chantant, en criant des slogans, en dansant et moins drôle en soufflant dans cette horrible invention qui s'est imposée depuis à partir de l'Afrique du Sud. Beaucoup de jeunes, à un point impressionnant et un public très, très populaire, beaucoup plus que la marche des jeunes de Capriles que j'ai vu la veille. Nous arrivons quand même à nous frayer tant bien que mal un chemin tout en discutant avec des gens sur le parcours. Nous marchons ainsi un bon bout quand la pluie commence. Nous allons prendre la plus belle pluie tropicale que j'ai jamais vue. Nous aurons mouillé la chemise si on peut dire. Nous sommes rentrés à l'hôtel totalement trempés avec une seule option : se changer intégralement. Les manifestants sont restés stoïques eux.

Que dire en bilan : une ambiance très relaxe à Caracas, une liesse populaire indéniable aujourd'hui. Un discours de Chavez sans aucune attaque contre son adversaire, orienté sur la défense de la patrie et la poursuite du socialisme. C'est vrai que pour nous en France, écouter défendre le socialisme apparaît comme quelque chose de totalement passéiste. Mais pourtant, il s'agit bien d'une campagne électorale ligne contre ligne : le rétablissement du libéralisme avec l'abandon de toutes les avancées sociales ou la poursuite d'un pouvoir qui veut poursuivre dans une meilleure répartition des richesses. Ce qui me frappe c'est que ce qui apparaît comme une violence expropriation est en fait au niveau de ce qui existait en France en 1982 avant le tournant de la rigueur et les privatisations opérées par le gouvernement socialiste de l'époque.

Mais voilà, lorsque les intérêts des multinationales et de la bourgeoisie sont remis en cause, la droite verse immédiatement dans les menaces, quand ce n'est pas dans la violence.

L'Amérique Latine, à commencer par le Chili, a malheureusement souvent vécu des situations de coup d'état pour interrompre des processus où des gouvernements de gauche osaient mener des politiques pour une autre répartition des richesses avec plus de justice sociale.

A 48 heures du scrutin, j'émettrais donc un voeu : que la droite vénézuélienne et la droite internationale, respectent les résultats dimanche soir. Si le peuple vénézuélien vote ce dimanche pour la poursuite du gouvernement de Hugo Chavez, ce sera tout simplement parce qu'entre les deux programmes, il préférera continuer avec celui qui change ses conditions de vie.

On peut comprendre que cela ne plaise pas à tous ceux qui n'ont comme projet politique que d'enrichir toujours plus ceux qui gagnent déjà de trop. Mais pour ma part, tout en restant les yeux ouverts et en gardant mon esprit critique, je me trouverais toujours du côté du peuple qui souffre et qui se bat pour améliorer sa vie et la situation de son pays dans le respect de sa souveraineté.



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