27mar 12

Prononcé devant 23 000 personnes

Discours au meeting de Lille

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Merci, mes amis, pour cet accueil magnifique que vous nous réservez. Nous sommes conscients –je veux que vous le sachiez – mes camarades Pierre Laurent, Martine Billard et tous les autres, qui chaque semaine nous retrouvons pour mettre au point les étapes de la marche que nous avons commencée ensemble, qu'une tâche et un honneur considérables nous échoient.

Aujourd'hui je sais que, comme nous, vous avez fait des efforts pour pouvoir être ici. Je me rends bien compte que ce n'est pas d'un très grand confort d'être debout, mais tous, mais tous, nous savons que nous faisons ici quelque chose de très particulier. La démonstration incroyable que nous sommes en train de faire à chaque étape se renforce du spectacle de sa propre force. Sa poussée est en train de volatiliser toutes les certitudes, toutes les organisations, tous les cadres de pensée de ceux qui jaspinent, caquètent, blatèrent, dindonnent, tournent en rond, répétant leurs formules politiques creuses.

La rivière est sortie de son lit ! Et quoiqu'il arrive, elle n'y retournera pas de sitôt !

Je m'adresse aux plus jeunes d'entre nous dans cette salle pour leur dire : regardez, voyez ce qui a été rassemblé, parce qu'une ligne politique juste s'applique, parce que des forces politiques anciennes ont réussi à se grouper pour créer un élan qui les dépasse et qui ne nous appartient pas, qui n'appartient pas à une personne ni à un parti ; le Front de Gauche est en train de devenir le front du peuple, souvenez-vous en toute votre vie ! Je m'amuse de les voir, après nous avoir jeté des pierres, après nous avoir méprisés, après nous avoir insultés, après avoir assigné le peuple tout entier, qu'ils méprisent – soi-disant ce peuple aurait été voué au Front National… Les voici qui bientôt vont venir me lécher les mains… Peine perdue, peine perdue !

Nous sommes les bâtisseurs d'une grande force disciplinée, consciente, qui ne crie pas le nom d'un homme mais des slogans de ralliement, qui n'agite pas des pancartes mais qui est forte de la lecture d'un programme que chacun d'entre vous doit s’approprier, s’il ne l’a pas déjà fait, car c'est un honneur de marcher dans nos rangs, à la condition de savoir où on est ! C'est pourquoi nous ne pouvons plus reculer, comme nous sommes aujourd'hui partis, car le Front de Gauche est enraciné.

Il faut, non pas qu'ils le comprennent, moi, ça m'arrange que nos adversaires ne comprennent rien ! Moi, ça m'arrange que les commentateurs continuent à jouer au PMU politique pour savoir, d'après ce que dit la grenouille, le sondage et le foie des volailles sacrées, où nous en sommes dans la course à l'échalote. Je m'en fous, je m'en moque, je ne m'en occupe pas !

Je vois ce qui se passe autour de nous, je vois des milliers de gens qui viennent dire : « Si c'est ça, je m'y mets ! » Je vois que chacun d'entre vous, femmes, hommes, de plus en plus nombreux, de plus en plus divers, vous êtes devenus, chacun à votre façon, un comité de campagne. Et je vous répète la consigne de cette campagne : n'attendez pas les consignes ! Travaillez, prenez l'initiative, faites ce qui vous semble juste. Nous préférons réparer les dégâts de l'action que ceux de l'inaction !

Nous nous contrefichons des commentateurs à qui je préfère dire maintenant que nous pouvons nous passer d’eux. Nous menons cette bataille patiente depuis tant de temps, c'est-à-dire déjà depuis 3 ans, construisant le Front de Gauche pas à pas. Et depuis que cette campagne est commencée, pendant tant de mois et tant de mois nous avons pris l’habitude d’avancer sans le soutien de personne d'autre que de nous-mêmes. Nous ne cherchons pas les caresses, nous n'avons rien à faire des compliments, quoique nous préférerions qu'on nous en fasse. Nous sommes une force indépendante, autonome, qui ne compte que sur elle-même !

Et maintenant, je vais vous dire ce que nous allons faire tous ensemble. Déjà, nous organisons les répliques : la Bastille, c'était en quelque sorte l'aboutissement d'un long travail, mais aussi le commencement d'une énergie qui se propulse sur tout le pays… Et des répliques ont été imaginées, qui nous permettent de prendre appui pour sans cesse élargir la force et agrandir la démonstration que nous sommes en train de faire, qui est un message qui s'entend, mes amis. Je veux que vous en ayez la fierté, car c'est  vous qui l'avez construit et c'est vous-mêmes qui êtes en train de le construire à cet instant, si nombreux, dans cette salle, et dehors. Personne d'autre que nous n'est capable de faire ça, personne d'autre !

Ce que nous sommes en train de faire se regarde dans l'Europe entière, et même dans le monde, j'ose le dire ! Je le vois aux commentaires que je lis. "On me dit qu'en France – in the Guardian, à qui j'ai l'honneur de déclarer : "We are very dangerous !" – "we see thousands of red flags of the Parti Communiste” Oui ! Oui, oui, des communistes, il y en a partout ! Et la maladie est contagieuse, parce que ceux qui ne le sont pas se trouvent très bien avec eux !

Oui, cela signifie qu'un mouvement, électoral d'abord, est en train de devenir un mouvement populaire lui-même. Et c'est le moment qu'on y regarde d'un peu plus près. Regardez la semaine que vient de vivre notre patrie. Elle a commencé le dimanche, avec cette première manifestation de l'insurrection populaire que nous sommes en train d'organiser, à la Bastille. Et comme nous avons bien fait, ce jour-là, de dire devant les milliers de gens qui étaient là – dans la foule, mais devant leurs écrans de télévision – comme nous avons bien fait de dire… « nous sommes fiers, heureux d'être un grand peuple mélangé ! » Ça nous fait plaisir ! Nous sommes fiers et heureux de dire : la guerre est finie, nous ne permettrons pas que vous la recommenciez ici ! Ces paroles, je veux le croire, dites avec clarté, avec franchise, et répétées à chacun de nos rassemblements, je pense qu'elles ont été une aide, un grand vaccin utile lorsque s'est manifesté l'abject tueur en série de Toulouse, lorsque le pays a été mis au défi par des meurtres insensés qui n'ont aucune espèce de signification politique. Nous avons tous été là, forts de cette certitude que nous constituons un grand peuple uni, fraternel, solidaire, où l'on ne distingue pas en fonction des couleurs ou des religions… Le peuple a été le grand et beau vaccin dont la patrie républicaine avait besoin !

Oui, nous avons été en grand danger, et c'est pourquoi, au nom du Front de Gauche, j'ai agi comme j'ai agi, de ne rien changer de l'emploi du temps qui était convenu, car j'ai dit : « Ce n'est pas un tueur qui prend en otage la démocratie et la République ! »

Je suis allé à Bobigny, à Gennevilliers, c'est-à-dire dans cette nouvelle France. Et je veux porter témoignage que tous ceux qui se trouvaient là, quelle qu'ait été leur couleur – et vous savez comme nous sommes bigarrés en Île-de-France – quelle qu'ait été leur religion, tous témoignaient de la même solidarité formidable, du même amour pour la patrie commune, aucun ne s'est laissé manipuler. C'est là que nous étions utiles à faire cette démonstration : le peuple n'a rien à voir avec les tueurs !

Nous n'avons pas laissé le venin se répandre. C'est pourquoi, une semaine s'étant écoulée, j'ai presque envie de rire en voyant la malheureuse qui est là, sifflante de haine, bête malfaisante qui continue à injurier, à prononcer des paroles de haine et de division… mais qui ne marchent pas.

Le peuple français ne veut pas de la guerre civile, le peuple français ne veut pas de guerre ethnique. Et personne ne pourra s'y risquer sans pâtir de la force de notre rassemblement ! Le peuple français a une intuition, et vous tous, vous pressentez que ce qu'elle raconte n'a aucun sens… et en effet, ça n'a aucun sens. Puisqu'elle prétend qu'arrivent tous les jours sur des bateaux, dans des avions – ce qui n'est pas conforme à ce que nous savons, compte tenu des difficultés que nous avons si souvent à recevoir nos familles et nos amis. Mais enfin, si elle pense qu'il y a là un danger, alors je réponds comme je l'ai toujours fait, avec les arguments de la raison, puisque tout argument de morale et de fraternité leur est à jamais inaccessible. Je veux faire remarquer la chose suivante : depuis 2006, en 5 ans en Europe, les actes revendiqués ou attribués au terrorisme islamiste représentent 0,4 % du total des attentats. Ce qui signifie que 99,6 % n'ont rien à voir avec une religion. En 2010, sur 84 attaques caractérisées de terrorisme, il n'y en a aucune qui ait été perpétrée au nom de ladite religion, mais 84 l'ont été par des séparatistes, des nationalistes… c'est-à-dire par un forme d'extrême-droite. Voilà la vérité !

Alors c'est à nous, peut-être, de demander combien de bêtes furieuses contient le Front National, combien de dangereux suppôts de haine sont rassemblés, attroupés autour d'elle? C'est là qu'est notre plus grande inquiétude aujourd'hui, compte tenu de ce que nous savons de l'intérêt général du pays.

Voyez leurs gesticulations désordonnées, depuis que nous les avons en quelque sorte fait dérailler de leur belle campagne où on leur tressait des lauriers gratuitement. Et où ils obtenaient, sans avoir à discuter, tous les brevets de respectabilité, de laïcité – alors qu'ils sont simplement hostiles aux musulmans – de féminité, de modernité. Tout ce qu'elle voulait, elle l'avait ! Tout ça a déraillé, parce que nous, nous avons eu le courage de prendre le problème de face, en attaquant, en disant la vérité, non pas avec des injures… avec de l'humour et avec des faits !

Alors, l'infecte vague brune a commencé à reculer, la lumière s'est allumée, et le vampire est parti en fumée ! Figurez-vous, mes amis, qu'ils ont décidé de me faire un procès parce qu'il y a un an – un peu plus d'un an – il y a eu un sondage qui la plaçait en tête. Et on m'a demandé – vous savez qu'on me pose toujours des questions qui « ont un rapport » avec le sujet? Ce jour-là, c'était la manifestation pour le droit des femmes… eh bien on m'a interrogé sur le sondage de Mme Le Pen ! Et on m'a dit : « Qu'est-ce que vous en pensez? » Moi, je n'étais au courant de rien ; je n'avais pas lu le journal, je n'avais pas écouté la radio, je ne savais pas. J'ai donc réagi, comme ça, de grand cœur, comme je sens les choses. J'ai dit : « Ah? Moi ça m'étonnerait que mon pays soit prêt à se donner à une fasciste ! »

Je connais la France, je sais bien que ça dure depuis deux siècles entre eux et nous, mais je sais bien que c'est toujours nous qui avons gagné… toujours ! Ah ! Ils ne voulaient pas de la Révolution de 1789, ses ancêtres : on l'a faite ! Ils ne voulaient pas de la Commune, ils ne voulaient pas de l'égalité, ils ne voulaient pas des Droits Universels, ils ne voulaient pas de la République, ils ne voulaient pas de l'égalité : ils ne veulent jamais de rien… mais on le fait quand même !

Donc, ils me font un procès. Ils demandent à la justice d'interdire que l'on prononce le mot « fasciste » à leur sujet. Mais ce n'est pas possible : « fasciste » n'est pas une injure, c'est une caractérisation politique ! Là-dessus, le papa, qui vient faire le travail derrière la Marine, qui, il faut bien dire ce qui est, n'est pas à la hauteur. Comme chef, on fait mieux… mais enfin, ils l'ont choisie !

Lui aussi veut me faire un procès : mais allez… mais allez ! Parce que je l'ai traité à la télévision de "tortureur"… La vraie discussion, c'est de savoir si "tortureur" ça se dit en français : ça se dit ! Mais le juge, lui, a bien compris que c'était une situation quand même assez extravagante que d'envoyer un candidat à la présidentielle dans un prétoire, accusé par un autre candidat à la présidentielle, et de trancher une affaire comme celle de savoir s'ils sont des fascistes… question que nous allons trancher avec des bulletins de vote ! Mais, moi, je suis convoqué plus tard ; mais figurez-vous qu'il y a une règle, qu'elle connaît, par la force des choses, il y a des juristes au FN, qui est que la première responsabilité c'est pas à celui qui le dit, mais c'est à celui qui le répète. Donc la chaîne de télévision qui a relayé, après m'avoir posé la question, la réponse (75 fois !) est convoquée au tribunal ! Ce qui fait que la chaîne i-télé risque – mais elle ne risque rien, en vérité – en quelque sorte d'être punie par Mme Le Pen… non mais elle rêve, la madame !

Je voulais vous le dire, je voulais vous raconter tout ça parce qu'il y en a déjà qui me disent : "Mais il ne faut pas en faire trop, on leur fait de la publicité ! " Mais si on avait écouté vos conseils, on n'aurait rien fait du tout, et on serait restés cachés, à attendre que ça se passe, en pleurant et en disant "Ah ! Le vote utile, le vote utile !" On leur est rentrés dedans, et on va les faire reculer encore ! Parce qu'on a vu ce qu'ils ont fait cette semaine. Le peuple, toutes composantes réunies, n'a pas l'intention de se faire voler son élection présidentielle, il n'a pas l'intention de se laisser enfumer, il n'a pas l'intention de passer les deux   mois, les trois mois, maintenant les quelques semaines que nous avons, à discuter de savoir quel goût a la viande à la cantine scolaire : ce n'est pas le sujet !

Donc, je vous le dis, par notre comportement, par la réaction du peuple français tout entier, mais singulièrement parce que nous avons été les meilleurs gardiens de la fraternité, la France a remporté une immense victoire : le tueur en série n'est arrivé à rien, et les chacals du Front National non plus ! Je parle de politique, bien sûr, car il restera la douleur des familles des assassinés et de tous ceux qui sont frappés, pour finir, par cette affaire… et nous ne l'oublierons pas.

Mais notre travail de désintoxication, il faut maintenant qu'il s'amplifie, et nous avons des rendez-vous devant nous. A Toulouse d'abord, à Marseille ensuite, où paraît-il Mr Gaudin a l'intention de je-ne-sais-quoi puisque personne ne peut nous empêcher de rien. Nous nous rassemblerons ! Et nous serons des milliers et des milliers. Je vous demande d'être attentifs et de donner la main, chacun comme vous le pouvez, à la place à laquelle vous êtes, pour obtenir le succès de ces rassemblements. Car c'est une démonstration qui entre directement dans le rapport de force qu'il faut établir avec la droite et le patronat. Lorsqu'on nous voit si puissants, si nombreux, si disciplinés et si cohérents sur nos mots d'ordre, nous faisons plus qu'une campagne électorale. Je le dis : l'insurrection citoyenne qui conduit à la nécessaire révolution citoyenne est commencée en France.

Regardez comment les faits s'enchaînent. Je me trouvais dimanche sur l'île de la Réunion, et il s'est produit là-bas, comme vous le savez, des mobilisations incroyables… mais tellement prévisibles puisque auparavant il y avait eu celle de Mayotte, et puisque auparavant il y avait eu celles de la Martinique et de la Guadeloupe. C'est-à-dire que, partout, les mêmes causes ont produit les mêmes effets. Et cela n'a rien de particulier aux Outre-mer français, ce dont souffrent ces populations est si puissant, que voici de nouveau que la vague recommence à la Guadeloupe, par la grève générale.

Et si tout cela a lieu, quels sont les maux ? "A bas la vie chère ! Nous voulons pouvoir travailler ! " Il n'est pas normal que cette jeunesse en soit là, elle qui a fait tant d'efforts, qui est souvent si diplômée, pour laquelle les familles ont consenti tant de sacrifices, qui elle-même a montré tant de courage en acceptant tout et n'importe quoi : les emplois précaires, la mauvaise vie, le manque de logement !

Il n'est pas normal, il n'est pas acceptable que, dans la 5ème puissance du monde, on ait des taux de chômage des jeunes qui soient de 40, 50 %. Il n'est pas normal que nos concitoyens de la Réunion vivent, pour la moitié d'entre eux, sous le seuil de pauvreté, alors que le pays est plus riche qu'il ne l'a jamais été de toute son histoire.

Mes amis, la désintoxication, ce n'est pas seulement injecter partout le vaccin de la fraternité contre la haine. C'est aussi sortir de vos têtes – de nos têtes… pas de vous, puisque vous êtes là ! –  de sortir des têtes les chaînes de la servitude qui font accepter le vocabulaire et les bonnes raisons des autres qui sans cesse viennent me voir et me posent des questions en se demandant comment la politique du Front de Gauche pourrait-elle s'appliquer ? Combien ça coûte ? C'est-à-dire : combien il va nous rester ? Il va vous rester ce qui vous restera… et tout le reste, on le prend ! Nous ne raisonnons pas d'après vos logiques. Nous raisonnons d'après une autre logique : c'est d'elle dont, maintenant, il faut que je vous informe.

Mes amis, l'emploi est le commencement de tout pour nous, et d'abord de l'autonomie individuelle. Chaque femme, chaque homme aspire à vivre dignement de son propre travail, aspire à construire la liberté de tous à partir de sa liberté personnelle, qui est de décider de son propre destin parce qu'il en dispose des moyens.
Nous ne demandons pas les payes gigantesques de la Bettencourt, nous ne demandons pas les privilèges abusifs des puissants : nous demandons des payes dignes et honnêtes. Mais nous sommes en état de les demander, parce que nous avons une vision d'ensemble. Sortez-vous de la tête que nous serions condamnés à voir disparaître les emplois industriels et les autres. Les maux dont nous souffrons ont tous un nom, et ont tous une solution. Ce n’est pas vrai, quand on agite devant vous la petite feuille de papier où l'on vous dit : la Chine, l'Inde, etc. – en un seul mot – et la mondialisation… Rentrez à la maison, laissez les usines se fermer, les bureaux se vider, les campagnes se déserter parce qu'on n'y pourrait rien : ce n'est pas vrai ! Les causes, nous les connaissons.

Lorsque l'on parle des marchés extérieurs de la France, des choses que nous produisons, qui sont de bonne qualité, qui sont des objets extrêmement divers et de bon niveau, ne vous laissez pas insulter dans la qualité de votre travail ! Si nous avons des difficultés, c'est d'abord parce que l'euro est coté beaucoup trop cher, et que par conséquent quels que soient les efforts que vous faites au travail, vos efforts sont annulés par le prix que coûte l'euro. Or l'euro est à nous aussi, c'est la monnaie des Français, et pas seulement la monnaie du gouvernement conservateur allemand. On ne fait pas l'Europe sans nous, et encore moins contre nous !

Ça s'appelle les délocalisations aussi, la maladie dont nous souffrons. Eh bien, de quoi viennent-elles? Il y en a de plusieurs sortes. D'abord une, insidieuse, que vous ne voyez pas toujours : c'est la délocalisation à l'intérieur de notre pays lorsque, en application de directives européennes qui le rendent possible, on envoie des travailleurs – soi-disant mis à disposition – qui arrivent de l'autre bout de l'Union Européenne et sont payés aux tarifs qui sont ceux de la Tchéquie, de la Pologne, de la Lituanie… c'est-à-dire sous-payés, maltraités, humiliés, empilés, surexploités, contre les travailleurs français. Il y a les délocalisations qui se font pour l'unique raison qu'ils veulent empiler davantage de profits en faisant produire ailleurs, avec l'idée qu'en ramenant les marchandises ici, ils trouveront la base qui consommera ces marchandises…  Mais à force de l'appauvrir, vous ne trouverez même plus cette base ici ! Si bien que nous aurons tout perdu : et notre capacité productive, et les satisfactions que nous apportaient les productions dont nous sommes capables.

Cette organisation folle du monde n'a aucune raison objective d'être. Car les objets qui sont produits ailleurs à vil prix ne sont pas de meilleur niveau technique : les travailleurs ne savent pas faire de plus belles choses qu'ils ne sont capables, ici, de le faire. La seule différence, c'est donc l'exploitation des travailleurs. Vaincre l'exploitation, c'est guerroyer clairement contre les effets de la mondialisation ! C'est la raison pour laquelle il existe, là aussi, une solution qui consiste à mettre, aux frontières de l'Europe, les visas sociaux et environnementaux sur les marchandises. Ces visas interdiraient qu'on joue de la différence de prix, parce que là-bas on saccage tout, parce que là-bas on sous-paye les gens.

Il y a donc, comme je viens de vous le dire, une solution.  Et vous devez savoir que si nous mettions ces barrières, ces protections, eh bien ce n'est pas vrai que nous nous replierions sur nous-mêmes, car nous constituons un marché de 450 millions de personnes : c'est-à-dire une échelle suffisante pour qu'on puisse produire ici, sans déménager sans arrêt le monde entier comme on est en train de le faire aujourd'hui. Nous pourrions le faire ici, et nous pourrions commencer, avec les autres pays, un autre mode de relation. Ce n'est pas vrai que nous voulons enlever le pain de la bouche des autres. Mais ces relations, elles porteraient un autre nom : ce ne serait plus le laisser-aller, le laisser-faire, ce serait la coopération.

Ce n'est donc pas le système de l'OMC, qui prévoit de tout ouvrir, c'est-à-dire de tuer tout le monde sur la terre entière au profit de ceux qui poussent à produire le moins cher. Ils sont en train de détruire des continents, des nations, des villes, des peuples, en rasant jusqu'aux fondements tout ce qu'ils savaient faire, que ce soit en matière agricole, industrielle ou commerciale. C'est donc un autre monde qu'il faut construire, et nous en avons les moyens.

Il faut avoir la volonté et ne pas se coucher chaque fois que quelqu'un parle un peu fort, ne pas vouloir jouer le bon élève de la classe capitaliste, ne pas céder toutes les cinq minutes à Mme Merkel ou à je-ne-sais-qui quand ils font les gros yeux pour protéger la rente en Europe. Il faut du courage, du caractère, de la volonté, et alors nous convaincrons les autres peuples. De cela il va être question dans un instant.

Il y a ensuite la plaie que représente la financiarisation. Écoutez les gens : on est tout le temps en train de vous casser les pieds à dire que vos payes coûtent trop cher, on est tout le temps en train de vous dire que vous êtes trop soignés, que vous prenez trop de vacances… mais aux autres, à ceux qui vous donnent ces leçons, on ne leur demande jamais de comptes !

Ils vous traitent d'assistés alors que nous sommes seulement solidaires : car il n'y a pas d'assistés en France, il n'y a que des gens solidaires. La seule classe d'assistés ce sont les puissants, ce sont les riches, ce sont les trafiquants : eux sont protégés ! Mais regardez comme ils n'ont aucune espèce de morale, aucun sens du bien commun : dès qu'ils commencent à empiler, ils fuient et désertent à l'étranger pour ne pas payer d'impôts.

Vous vous rappelez que, quand on en parlait au début de la campagne, on nous traitait de populistes? Eh bien depuis, il semble qu'ils se soient tous rendu compte qu'il y avait un problème ! Ce sont des amateurs, vous le savez bien, mais c'est l'intention qui compte. L'un veut taxer à 75 %, et comme on lui dit : "Ils vont s'enfuir !", l'autre vient et dit : "Ah, ben on va faire une taxation différentielle" pour ceux qui sont partis !

Tout ça c'est dans le programme du Front de Gauche, et il y a un journaliste qui a dit : "Mais, euh, vous savez que Mélenchon, il le dit déjà tout ça ? "  Ah non, il n'était pas au courant !Il ne regarde pas la télé, il ne lit pas le journal, il ne s'occupe pas… bon ! Il faut dire que ce n'est pas dans le journal que c'est écrit, hein ! Bon, eh bien nos idées ont avancé, et vous voyez que nous avons déplacé le centre de gravité de ce qui se discute dans cette élection. C'est pourquoi l'autre était si pressée de nous faire à nouveau parler des histoires qui l'intéressent pour distinguer les français entre eux d'après leur religion, parce que pendant qu'on parle de ça, on ne parle pas du reste… c'est-à-dire de ce qu'ils ont dans leur portefeuille.

Regardez leur absence de sens moral, écoutez ça : l'année 2010, pendant qu'ils vous traitaient de tous les noms, de « profiteurs », il y a eu 210 milliards d'euros qui sont partis dans la poche des actionnaires, et ils n'ont laissé – ces gens qui nous font la leçon en permanence, qui disent que nous devons être conscients des réalités, qu'il faut que l'industrie se développe, et blablablablabla – ceux-là, ils n'ont investi dans l'industrie que 180 milliards. C'est à dire, vous avez retenu les chiffres : 180 milliards investis dans l'industrie, dans l'activité économique ; 210 dans leurs poches. Ces gens le font depuis des années, et je veux vous dire un chiffre qu'a calculé l'un de nos amis de la commission économique du Front de Gauche. Vous savez que voici des mois et des mois que nous allons répétant qu'au cours des trente dernières années, le capital et le travail ont vu changer la répartition de la richesse entre l'un et l'autre. Dix points du total sont passés des poches du travail à celles du capital. C'est une idée un peu abstraite, vous le savez bien, il faut l'expliquer autour de vous pour que les gens comprennent qu'elle est la racine de nos problèmes : cet argent a été soustrait de la consommation, et donc du fonctionnement de l'économie.

Cet argent, mes amis, si la répartition était restée ce qu'elle était il y a vingt ans, cet argent ferait qu'il y aurait aujourd'hui 2 millions d'emplois supplémentaires payés au salaire médian, en comptant dedans les cotisations sociales, c'est-à-dire aux alentours de 1500 euros net. Deux millions ! Deux millions d'emplois, voilà ce qu'ils vous ont pris !

Quatre cent mille emplois, voilà aussi ce qu'ils vous ont pris en allégeant le prix des heures supplémentaires et en les défiscalisant ! Par conséquent, ce que j'essaie de vous dire, c'est que tous ces problèmes, dont on vous dit qu'ils tombent du ciel, ont une réalité qui porte un nom, à la fin ! Une explication : c'est la grande empoignade entre le capital et le travail pour la répartition de la richesse.

C'est cette répartition que nous avons pour projet d'organiser sur des bases différentes, et on ne peut nous comprendre que si l'on comprend globalement quel est notre plan. Dans un instant je vais faire la liste des emplois qui sont à la clé. Mais d'abord, je voudrais vous dire la chose suivante : beaucoup vous parlent de la France sur un ton qui ne me plait guère… ce sont les déclinistes… "décliniste", c'est fait avec le mot déclin. Ils sont là, on dirait que ça leur fait plaisir : "La France est à la traîne !", viennent-ils dire sur les plateaux de télévision, la goutte de salive au bord des lèvres, "elle ne sait pas, elle ne peut pas ! Nous n'avons pas fait ci, nous n'avons pas fait ça, nous ne sommes bons à rien ! " Comment se fait-il alors que nous soyons la 5ème puissance économique du monde, si nous ne sommes bons à rien?

L'ambition que nous portons est que nous allons changer radicalement les bases d'organisation de la production, de la répartition et de la consommation dans notre pays. Tout à l'heure on vous en a parlé sous le nom de planification écologique. Nous avons vu ce matin les travailleurs expliquer comment ils sont en état de créer des milliers d'emplois supplémentaires en réorganisant la production de cette façon. Ça, ce sont les travailleurs qui savent le faire. Alors si les autres ne savent pas le faire, on leur dit au revoir : nous avons la capacité de réorganiser la production dans notre pays !

Moi je vous appelle à une grande ambition : nous serons le premier peuple du monde à organiser cette grande bifurcation de la production de l'énergie et des objets qui nous entourent. Nous serons le premier peuple du monde qui exportera des savoir-faire, des techniques dont tous les autres peuples ont besoin, et en particulier ceux qui ne peuvent pas se développer sur la base du capitalisme tel que nous le connaissons.

Nous avons une immense ambition pour la France, par exemple lorsque nous parlons de la règle verte, c'est-à-dire réorganiser la production pour que nous cessions de vivre à crédit sur la planète, parce que le parti responsable, celui qui comprend qu'il ne peut pas dissocier son sort de celui de toute l'humanité, c'est le nôtre. C'est nous qui disons aux puissants qui bavardent dans les réunions internationales mais ne prennent aucune décision : "nous avons la capacité de faire autrement, et nous les Français nous allons commencer les premiers, parce que nous savons que si tout le monde vivait comme vivent les Français, il faudrait deux planètes et demie. Or, ces deux planètes et demie, nous ne les avons pas".

Il faut donc que la France se donne pour objectif de solder la dette écologique, et pour ça il faut tout changer : les machines, les process de production. Voilà un bel élan que je vous propose, à vous la jeune génération, et à vous les travailleurs expérimentés, femmes et hommes, ingénieurs, techniciens, ouvriers hautement qualifiés qui avez la possibilité de faire cette grande bifurcation. De la même manière, nous les Français, est-ce que nous n'avons pas fait la démonstration que rien ne nous arrête quand nous sommes capables, quand nous décidons de nous mettre en mouvement? Vous souvenez-vous – peut-être pour les plus anciens – quand il avait été dit qu'il n'y aurait d'autres fusées que les fusées américaines, que les Américains avaient commencé à réaliser avec d'anciens nazis? Nous, après les Soviétiques, nous nous sommes mis au travail. Et nous avons réussi, aujourd'hui, le point où nous en sommes : c'est-à-dire que nous occupons avec Ariane Espace le premier marché de tir de satellites du monde. C'est nous qui produisons la navette la plus performante pour relier la station internationale, qui se trouve dans l'espace. Voilà de quoi nous sommes capables, avec les moteurs Snecma, avec tout ce que vous savez faire, camarades ! Rien ne nous arrête, quand on s'y met.

J'ai proposé, tandis que j'étais dans l'île de la Réunion, un grand projet. Ah ! bien sûr vous ne l'avez pas retrouvé le lendemain dans tous les journaux ! J'ai dit "il faudra que je m'y reprenne à cinq ou six fois"… Eh bien voilà la deuxième qui commence ! Regardez avec moi, voyez la belle planète bleue… vous savez pourquoi elle est bleue? A cause de l'eau. Le monde entier n'est que de l'eau. 70 % de la surface du globe, c'est la mer ! Il y a donc un espace immense à découvrir, et nous en avons simplement fait pour l'instant un égout ! Voilà la grande ambition que nous pouvons avoir : la découverte, la conquête de la mer, comme nous avons conquis l'espace !

Nous sommes le deuxième territoire maritime du monde, nous les Français : mille kilomètres de côte, ici autour de la métropole, et tout le reste là-bas, dans les Outre-mer français, qui pourraient être en quelque sorte, non pas, comme disent les têtes d'œuf de la Commission Européenne,  des territoires "ultrapériphériques" – ce qui dit assez bien la pauvreté de leur imagination – ce sont les territoires "ultra-proches" ! Des cinq continents, nous sommes, nous les Français, les seuls présents dans tous les océans du monde, et au contact de tous les continents du monde ! La plus longue frontière de la France, elle est avec le Brésil, si vous ne le savez pas : 800 kilomètres.

Le territoire maritime est immense ! La mer contient 90 % des réserves de minerais et d’énergie que l'on soupçonne : elle va donc être un enjeu pour les capitalistes, qui vont se précipiter là comme ils l'ont fait partout, saccageant, détruisant, surexploitant, aliénant ceux qui y vivent, pour les dessaisir de leurs biens et de ce bien commun de l'humanité universelle. Eh bien nous, nous pouvons être les premiers, par notre science, notre technique à la fois, à la découverte, puisque 15 % à peine de la biodiversité marine est connue.

Nous pouvons être les premiers à mettre au point les machines qui produisent de l’énergie grâce au mouvement de la mer, qui est gratuit et infini aussi longtemps que la lune sera là. Ces machines qui fonctionnent tantôt sur la différence qu'il y a entre les fonds profonds glacés et la surface plus chaude, tantôt avec le mouvement de la houle, tantôt avec le mouvement général de la mer qui fait qu'avec des bouées on obtient des mouvements mécaniques qui se transforment en énergie électrique. Nous sommes capables de faire tout ça !

Nous devons faire la première station internationale sous-marine d'observation, car il faut faire le bilan de ce qui se passe dans les mers. C'est nous qui allons reprendre les armements maritimes qui permettent que l'on cesse le pillage de la réserve halieutique. C'est nous qui allons empêcher les maudits règlements européens de faire en sorte que,  dorénavant, se transmettent d'un bateau à l'autre des droits de prise qui sont, en réalité, l'organisation d'un trafic qui finira par tout donner aux plus gros navires-usines qui ratissent la mer, comme d'infâmes râteaux, et la vident de ce qui s'y trouve… Imaginait-on jamais qu'on parlerait de telle ou telle mer ou océan, vide de créatures qui s'y  trouvaient auparavant par milliers?

Voilà la grande ambition qu'il faut proposer à la France, pas seulement regarder la pointe de ses chaussures en essayant d'être les bons élèves qui méritent au tableau d'honneur du libéralisme,  de la souffrance populaire. Leurs méthodes infâmes ont abouti à ce résultat que la Grèce est pillée, saccagée par neuf plans d'austérité ; que l'Espagne, que l'Italie, que le Portugal, grandes nations, peuples industrieux, sont réduits à la misère.

Voilà ce que je voulais vous dire. Notre politique de l'emploi c'est d'abord celle qui dit que de l'emploi, il y en a besoin partout ! Il y a des milliers de tâches qui ne sont pas accomplies, depuis les services à la personne, depuis l'immense chantier de ferroutage que nous mettrons en route, pour faire que les marchandises traversent le pays sur des trains plutôt que des camions pilotés par des hommes exténués, surexploités. Nous allons rompre avec leur modèle de libre concurrence saccageant et cassant tout, et reportant sur la société les coûts du transport… et ainsi de suite !

Nous allons faire de la patrie l'avant-garde de la technique, du savoir, de la science, de l'esprit de découverte ! Je dis à la jeune génération : vous n'êtes pas assez nombreux, et nous sommes heureux que 8 millions de petits Français vont nous arriver, raison pour laquelle nous avons besoin d'investissement collectifs : de crèches, d'écoles, d'hôpitaux, d'emplois, et que nous n'avons rien à faire avec leur foutue politique de contraction de l'activité.

Je suis à la disposition de qui veut en débattre avec moi, le crayon à la main et le chiffre à la main. J'ai lu que des petits prétentieux sont là, qui jaspinent autour de nous : "Ah, monsieur Mélenchon !", sont-ils obligés de concéder en vous voyant si nombreux -ils ont peur de vous – " Bien sûr, ce que vous dites est tellement sympathique, ça nous fait rêver… Mais vous savez bien que ce n'est pas réaliste !" Quand est-ce qu'on va leur demander, à eux, si c'est réaliste ce qu'ils font? Parce que, moi, je retourne la question ! La politique que je défends je la chiffre, je l'explique, je montre comment on va faire : je dis que si on prend cette part de la richesse qui a été confisquée aux travailleurs et qu'on la leur rend, alors l'activité redémarrera. Je me tourne vers le président de la République et je lui dis : "Vous avez donné 3 milliards à la restauration de baisse de TVA, et votre fichue politique de contraction de la dépense publique, de suppression des postes de fonctionnaires – dont nous manquons partout : dans la police, à l'école… partout, partout ! – elle, elle rapporte 500 millions par an."

Quand est-ce qu'on fait le bilan de la catastrophe de votre politique? C'est vous qui n'êtes pas réaliste ! Vous n'êtes tellement pas réaliste, vous êtes tellement nul, vous êtes tellement bouffi de certitudes, vous êtes tellement certain que seules vos belles solutions vont fonctionner que vous ne comprenez rien à ce rassemblement. La meilleure des preuves de ce que nous racontons, eh bien c'est moi-même, Jean-Luc Mélenchon, candidat du pauvre Front de Gauche, dont on disait qu'il arriverait peut-être à réunir quelques excités ici et là et qui maintenant est au-dessus du tableau, tout simplement parce que le peuple, lui, sait que ça ne peut plus durer ! Je leur fais un pied de nez ! Je me moque d'eux, avec vous !

Alors, allez ! Je vais en donner à ceux qui tiennent des comptes. Moi aussi j'en tiens, figurez-vous,  nous aussi on en tient ; on est de gauche… mais on a été à l'école ! Et puis, de gauche, il y en a beaucoup, hein ! Dans tous les milieux, partout, à tous les postes de travail : femmes et hommes dignes, qui relèvent la tête parce que maintenant il y a un Front de Gauche. Et je vais vous dire : parmi les cadres aussi, parmi les ingénieurs, parmi toute la classe moyenne supérieure se répand l'idée : Nous avons été floués ! Pendant des années, nous croyions qu'en travaillant beaucoup, en ramenant l'ordinateur à la maison, en y passant la nuit, le jour, tous les week-ends, on allait s'arracher, s'éclater, se défoncer, être flexibles… On s'est fait voler notre vie : on n'a pas vécu, on n'a pas vu nos gosses, on a pété notre couple ! Et tout le monde, précarisé ! Voici l'ingénieur précaire, comme l'ouvrier, qui court après un emploi par intérim. La maladie s'est répandue partout, et partout c'est la même révolte.

Et lorsque je viens quelque part et que je dis : "le Front de Gauche, s'il exerce le pouvoir, je ne ferai pas une conférence, je ne réunirai pas je-ne-sais-quoi, je prendrai mon fichu stylo, ma feuille de papier, et je commence par marquer le SMIC à 1700 euros bruts, parce que c'est un décret "!

Et ça, les économistes du Front de Gauche, ils ont fait le calcul : qu'est-ce que ça donne, quand on porte le SMIC à 1700 euros ? Eh bien, ça relance l'activité, et ça relance l'activité en donnant du bonheur. Et 80 % des postes au SMIC, ce sont des femmes qui les occupent. Le SMIC à 1700 euros, figurez-vous que c'est une revendication féministe !

Alors, à part le bonheur, qui n’entre jamais dans la comptabilité nationale, et dont on ne parle jamais car ces gens ne connaissent que les chiffres, eh bien, voici ce que les camarades ont calculé. En passant le SMIC à 1700 euros, cela distribuera 30 milliards de hausse de salaire. Au début on ne parle que du SMIC mais vous savez que quand on augmente le SMIC, sa hausse se diffuse aux salaires qui sont au-dessus. On l’a déjà fait et vérifié. En 68, plus 35 %. Il a fallu que Sainte Pétoche les attrape tous à la gorge pour qu’ils comprennent qu’il fallait lâcher. On leur a fait 25 % d’augmentation en 1981 et je vais dire, si vous voulez porter la nouvelle à d’autres que vous connaissez, que quand on est de gauche et qu’on arrive au pouvoir, le SMIC, on l’augmente, ça fait partie des figures imposées. Hein, voilà, on ne fait pas des conférences. 30 milliards, la première année, c’est à dire, mes amis, mes camarades, cela déclenche par effet mécanique, puisqu’il y a davantage de consommation populaire et donc d’activité des entreprises, 180 000 emplois supplémentaires la première année.

Quand, dans une entreprise, on fait ce que je dis et répète au nom du Front de Gauche depuis le début, qu’on interdit que certains se gavent et se goinfrent pendant que les autres n’ont rien dans la même entreprise, c’est à dire, si l’on impose la norme de la Confédération Européenne des Syndicats : pas de salaire en haut qui soit 20 fois supérieur au plus bas. Alors, après ça, on dit au PDG : "Paie-toi ce que tu veux mais augmente le dernier."

Le salaire maximum autorisé de 1 à 20, c’est encore 15 autres milliards     de salaires à redistribuer aux petites payes. Donc de l’activité qui va créer prés de 100 000 emplois de plus. Ce n’est pas une mesure destinée à punir, c’est une mesure destinée à créer un cercle vertueux et en même temps une morale et une vertu républicaines. La France n’est pas le pays où l’on vient pour faire millionnaire, se gaver sur le dos des autres. Ici, c’est la terre de l’égalité et de la fraternité, et si ça ne vous plait pas, au revoir.

Et les 35 heures ? Aujourd’hui le temps de travail effectif est de plus de 39 heures comme vous le savez, les heures supplémentaires entre 35 et 39 heures étant aujourd‘hui sous-payées, puisqu’autrefois on les augmentait massivement pour dissuader de donner des heures supplémentaires. Et le total des heures supplémentaires qu’a permis, par effet d’aubaine, le président Sarkozy d’accumuler dans les entreprises représente 400 000 emplois de perdus. Je vous l’ai dit tout à l’heure. Et si on faisait vraiment les 35 heures ? Le pays, je le signale, peut le faire puisque c’est toujours la durée légale du travail dans notre pays. Ça n’a pas encore été enlevé même si le MEDEF attend impatiemment que les élections soient terminées pour exiger qu’on sorte de la loi et que dorénavant toutes ces questions relèvent du contrat. Eh bien, ce passage à 35 heures effectif ce serait 1 million 500 000 emplois supplémentaires dans le pays.

Et le retour à la retraite à 60 ans, c’est 130 000 emplois libérés. Ce chiffre, je l’obtiens de la manière suivante : cette année 130 000 personnes devaient partir à la retraite et ne l’ont pas fait à cause des décotes qui s’appliquent à eux du fait des réformes. C’est donc bien 130 000 emplois supplémentaires qui seraient disponibles.

Et la relance des services publics, c’est de l’emploi aussi. Puisque vous savez que le plus grand plan social du pays il est de sa faute à lui, Nicolas Sarkozy. En supprimant les postes de fonctionnaires, ce sont 150 000 emplois qui ont été supprimés. Les rétablir, c’est donc au moins 150 000 emplois immédiatement disponibles pour la population et donc autant de services.

Faire cesser la misère qui consiste à ne pas avoir un toit sur sa tête ; réprimer les marchands de sommeil ; donner la possibilité aux jeunes d’accéder à des logements. Combien en faut-il ? 200 000 par an. Eh bien, ces 200 000 logements sociaux à construire par an, d’après la fédération française des bâtiments, qui n’est pas un groupement bolchevique, cela représente 100 000 emplois créés dans le BTP.

La transition énergétique : c’est-à-dire commencer à développer, comme je vous l’ai dit tout à l’heure, l’énergie qui viendrait de la mer, la géothermie profonde, bref, toutes ces sources d’énergie alternatives plus les économies d’énergie qu’on ferait en commençant à régler le problème des habitats qui sont des passoires thermiques. Cette transition énergétique, cela représente, d’après Negawatt, 640 000 emplois. Et d’après Syndex qui est un organisme lié à un syndicat, comme vous le savez, 700 000 emplois.

Le nouveau modèle agricole dont parle le Front de Gauche, d’après la Confédération paysanne : ce sont 300 000 emplois de plus.

Et maintenant, je finis cette liste, que je livre à ceux, bien intentionnés, qui sont en train de prendre des notes, je veux signaler qu’il existe un autre levier qui s’appelle l’euro. Il faut ramener l’euro à la parité avec le dollar au lieu de le laisser s’envoler, si bien que maintenant on arrive à une absurdité ; que ceux qui font des productions de pointe (je pense à Airbus et les autres productions de cette nature) préfèrent aller produire ailleurs qu’en zone euro parce qu’en zone euro ça leur fait des prix trop chers. Eh bien, ramener la parité de l’euro, vous voyez qu’on a fait des études, au même niveau que le dollar, eh bien c’est 330 000 emplois supplémentaires. Et ça, c’est pas moi qui le dis, c’est l’INSEE. Total : 3 millions ½ d’emplois ! 3 millions ½ d’emplois, et comme vous le devinez, il ne serait pas possible que j’aille plus avant dans cette démonstration.

Franchement, moi, on me dit "On va faire un meeting" et voilà qu’arrivent 23 000 personnes. Bon. Ce n’est plus vraiment un meeting, mais vous avez remarqué que tous nos rassemblements ont une caractéristique commune : c’est que nous venons nous enseigner les uns les autres et nous donner des arguments pour pouvoir repartir de la réunion en ayant appris quelque chose, et en comprenant mieux le monde dans lequel on veut vivre. Tout ce que je viens de vous dire, c’est pour briser les chaînes qui font qu’on s’habitue à subir, qu’on s’habitue à entendre leurs foutus discours qui vous disent que rien n’est possible, que le chômage est une calamité contre laquelle on ne peut rien. Voilà : j’ai pas peur ; je retrousse les manches ; je m’y mets ; j’ai pas peur ; je saurai quoi faire, je saurai quoi faire tout de suite.

Voilà pourquoi, mes amis, vous avez un choix à gauche, et qu’on se comprenne bien pour qu’il n’y ait pas d’illusion et que personne ne puisse dire "J’avais pas compris que c’était ça". Nous voulons commencer dans ce pays et sur ce continent ce qu’ont fait nos camarades, femmes et hommes, de l’Amérique du Sud en commençant les révolutions citoyennes ! Ils ont fait reculer la pauvreté ; ils ont amélioré l’éducation du peuple ; ils ont partagé la richesse.

Voilà ce que nous allons faire et ça, ça porte un nom : ça s’appelle la VIème République. C’est elle que nous allons faire naître. Alors j’abandonne les faiseurs de ragots, les petits qui chicaillatent dans leur coin et qui expliquent "Vous savez, Mélenchon et Pierre Laurent, ils sont déjà allés voir les socialistes pour se partager des sièges." Mais nous, les sièges, on se les prend tout seuls. On ne les demande pas. Et on gouvernera pour faire notre politique et aucune autre.

Je dis à Jérôme Cahuzac, président de la commission des finances, socialiste, qu’il n’est qu’un petit menteur quand il prétend que nous nous sommes déjà accordés sur ces questions de sièges. Il rabaisse notre ambition. Il ne sait pas à quel point elle est grande, notre ambition. Notre ambition, c’est pas les sièges, nous les aurons de toute façon.

Notre ambition, c’est la révolution citoyenne, c’est de changer de fond en comble le pays. Je leur dis "Ne m’énervez pas, hein ! Ne commencez pas à me chercher avec vos histoires infâmes parce que  ça va chauffer. Soyez polis avec nous, soyez respectueux avec la masse du   Front de Gauche. Elle n’est pas à vendre. Elle n’est pas à acheter." Nous avons parfaitement entendu  ce qu’a dit Jérôme Cahuzac. Il dit "Eh bien, le programme, c’est à prendre ou à laisser." Très bien, on laisse. C’est clair ? Mais ça ne nous fait pas perdre de vue nos objectifs à nous !

C’est nous qui allons nous servir d’eux éventuellement. Nous avons besoin, pour que la révolution citoyenne prenne son élan, que l’on passe du stade où nous sommes en ce moment dans cette salle, qui est déjà considérable, des deux répliques qui vont avoir lieu à Toulouse et à Marseille, pas par hasard mais parce que notre état major a décidé que ça se passerait comme ça pour qu’on donne à voir, juste avant l’élection, la puissance de la vague de l’insurrection que nous sommes en train d’organiser. Parce que cette vague, nous allons la retrouver dans les urnes et après les urnes. Sauf que là, amis, camarades, concitoyens, nous avons besoin, quoi qu’il arrive, d’abord de battre Nicolas Sarkozy. Pas peut-être, pas si ; nous avons besoin de le battre. Nous avons besoin de le battre non seulement pour notre pays, parce que le jour où on l’aura battu, on aura commencé un rapport de force que tout le monde comprend parce que tout le monde saura que vous êtes là. Parce qu'ils vous auront vus et ainsi la vague ira s'amplifiant qui nous permettra d'atteindre encore d'autres objectifs.

Mais en plus nous aurons ouvert la brèche pour toute l'Europe car ce sera la première faille dans le dispositif des libéraux, que nous aurons réussie. Et après nous votent les grecs. Après nous votent les allemands. Et cette brèche s'élargira quand on verra que les français ont commencé à abattre le mur, le mur de l'argent !

Ce soir, en vous appelant avec ces mots, et sous cette forme, au combat révolutionnaire et citoyen, je ne peux manquer de vous dire que je suis inquiet de ce que j'observe. Je dis que ce n'est vraiment pas une bonne chose que de multiplier les actes de division à gauche comme est en train de le faire François Hollande. Ce n'est pas – on reste calme, c'est de l'explication de fond, là – ce n'est pas une bonne chose.

Que nous soyons en désaccord sur le programme, on le comprend, les français seront juges. Ils vont choisir quelle force à gauche ils placent en tête. Et nous n'aurons pas d'autre choix que de nous incliner, parce que les institutions de la République sont faites comme ça. Il n'est pas question de désistement, ça c'est possible dans les cantonales, c'est possible dans les législatives, mais ce n'est pas possible à l'élection présidentielle. Content ou pas content, il n'y en a que deux. Nous comprenons parfaitement qu'il y a un désaccord entre nous parce que nous ne voyons pas les choses de la même manière.

Le Front de Gauche pense affronter le capital financier et créer un rapport de force avec lui.

Les camarades socialistes pensent qu'il faut composer avec, qu'on doit pouvoir trouver une sorte d’arrangement, notamment dans le cadre de la politique européenne. Nous pensons que c'est une folie, que ceci conduit nécessairement au désastre, que cette politique là a déjà été appliquée dans plusieurs pays et que c'est la récession partout. Donc ce n'est pas à nous de faire la démonstration que ce que nous proposons est viable, c'est à eux de nous expliquer comment ils comptent faire, avec une telle politique, pour que ce soit, non seulement viable et supportable par nos sociétés, mais en plus quand même quand c'est la Gauche qui gagne, faut bien qu'il y ait quelque chose pour le Peuple, non, quand même ?  On fait pas tout ça pour rien ! Admettons, on est en désaccord, on le sait.

Nous ne sommes pas fous, nous savons ce que nous avons à faire : battre Sarkozy, et continuer à avancer sur la ligne qui est la nôtre en rassemblant de plus en plus de monde, disposer de puissants groupes dans les assemblées qui empêcheront qu’on tourne en rond si jamais on compte tourner en rond. Et inéluctablement, camarades et amis, inéluctablement, vous m’entendez, inéluctablement notre heure viendra et il y aura un gouvernement Front de Gauche dans ce pays. Inéluctablement ! Inéluctablement !

Alors, je parle de l’instant dans lequel nous sommes, je sais très bien qu’on ne nous place pas en tête, mais je dis : attention, l’époque où il suffisait qu’on apparaisse à un balcon pour donner des consignes est terminée. Le peuple, fort heureusement n’en fait qu’à sa tête.

Et ceux qui se rassemblent sous la bannière du Front de Gauche sont des gens qui souvent comptaient ne pas aller voter et qui ont décidé de voter parce que c’est le Front de Gauche. Ce sont des gens de Gauche qui s’étaient détournés et qui en quelque sorte s’étaient dissous plutôt que de supporter les avanies qu’on leurs faisait supporter qui était de choisir à chaque élection par défaut, à cause du vote utile. Nous sommes en désaccord sur le programme. Ce n’est pas une bonne chose de toucher aux fondamentaux qui rendent la vie commune impossible.

Je mets solennellement en garde. Il y a des lignes jaunes qu’il n’est pas possible de franchir. Il n’est possible d’accepter qu’on mette le concordat dans la constitution. Il n’est pas possible d’accepter que l’on mette dans la constitution que le contrat sera au-dessus de la Loi et que les travailleurs ne seront plus protégés partout en France de la même manière par la Loi. Il n’est pas possible que nous acceptions si peu que ce soit que les régions en France aient un pouvoir réglementaire comme l’a annoncé François Hollande à Ajaccio, parce que, une bonne partie du Code du travail contient certes des dispositions législatives mais le reste, ce sont des dispositions réglementaires. Et nous ne voulons pas d’un Code du travail à géométrie variable qui organise le dumping social entre les régions à l’intérieur de la France.

Non, la France n’est pas une République fédérale. Elle est une République, une et indivisible. Ce qui signifie que la Loi est la même partout, le Code du travail est le même partout. Je dis donc solennellement qu’il est temps d’en finir avec cette manière qui dit puisque je suis devant, je fais ce que je veux et j’impose à tous les autres d’en passer par mes conditions. Car notre peuple et ces milliers de gens qui sont ici, dans la salle et dehors, ont un cerveau, ont une intelligence qui leur permet de comprendre ce qui se passe et de ne pas se laisser duper. Ils ne seront pas convaincus si on essaie de leur tordre le bras. Ils sont prêts à accepter de ne pas avoir raison tout de suite mais ils ne sont pas prêts à accepter qu’on détricote le fondamental de la patrie républicaine une et indivisible !

Je suis inquiet et je vous demande d’y réfléchir et de le dire autour de vous. C’est la première fois qu’on voit dans l’histoire de la Gauche, celui qui est devant annoncer qu’il ne discutera avec personne de rien. Très bien, on a compris. Et on se demande bien de quoi on pourrait parler trois semaines avant. Parce que nous, c’est depuis le mois d’août que nous avons fait une offre publique de débat et qu’on ne nous a jamais répondu, et que maintenant, ceux qui n’ont pas voulu de cette discussion, feraient bien de se mordre les poings en se rendant compte du gâchis qu’ils sont en train de créer. Voilà pourquoi je suis inquiet. Parce que, en ce moment, il y a des élections, ailleurs en Europe, et tous les chefs de la Sociale Démocratie vont dans le mauvais sens. Et c’est quand même le premier parti en Europe, c’est eux les plus nombreux, ce ne sont pas nos forces les plus nombreuses, nous sommes en train de les constituer, de les rassembler. Sous l’autorité de mon camarade Pierre Laurent, le Parti de Gauche Européen est en train de se former, mais nous sommes loin d’être partout au niveau où nous sommes aujourd’hui en France. Car la raison pour laquelle, tout le monde nous regarde.

Mes camarades, on vient de voter en Sarre. La Sarre, c’est un land allemand. En Sarre, la droite est arrivée devant. Il existe une majorité possible si le SPD s’allie avec Die Linke, notre parti frère, alors il y a le moyen d’empêcher la droite de gouverner le land de Sarre. Mais le SPD et son chef Sigmar Gabriel, dont on a vu qu’il se répandait dans une interview du journal habituel de François Hollande, le journal Libération, où on a poliment oublié de poser toutes questions sur les alliances, comme ça, il n'y avait pas de problèmes, alors même qu'était en train de se tramer l'affaire de la Sarre, eh bien, en Sarre, le Sigmar Gabriel qui s'est réuni avec tous les autres l'autre jour et notamment le dirigeant et le candidat socialiste, ceux-là sont en train de décider la chose suivante, en Sarre : ils préfèrent s'allier avec la droite plutôt que d'empêcher la droite d'arriver au pouvoir en s’alliant avec Die Linke.

Voilà la vérité. Voilà ce que vous devez tous savoir quand on vient sans cesse me demander à moi, à Pierre et aux autres, des comptes sur notre capacité à porter l'intérêt général de la Gauche. C'est nous qui le portons. Ce n'est pas nous qui faisons des magouilles infâmes avec la droite !

Et la même chose vient de se dérouler en Andalousie. L'Andalousie, bastion de la social démocratie ! Pour la première fois, la droite a une majorité relative. Si le Parti Socialiste ouvrier Espagnol veut empêcher la droite, alors, il doit accepter les conditions que posent nos camarades d'Izquierda Unida, qui ont plus que doublé le nombre de leurs sièges parce qu'en Espagne, aussi, nous sommes en train d'avancer comme nous avançons ici en France. Et que demandent les camarades ? D'abord, des précisions sur les augmentations de salaires et deuxièmement une commission qui juge des affaires de corruption pour que les chefs pourris de la Sociale Démocratie rendent des comptes et ne nous obligent pas à être alliés avec eux alors qu'ils sont coupables de tant de malversations.

Alors, bien sûr, dès que je vais avoir fini de dire cela, alors que j'aurai passé les trois quarts de mon discours à vous proposer des perspectives de l'avant, à dénoncer la droite et l'extrême droite, on va dire : "Mélenchon cogne sur Hollande" parce qu'eux, ils n'attendent que ça, ils aimeraient la bisbille, ils aiment la dispute et quand ils n'en ont pas, ils essaient de la trouver entre les communistes et moi et quand ils n'en trouvent pas entre les communistes et moi, entre les communistes eux-mêmes. Enfin, c'est un mets tellement raffiné que de voir couler le sang !

Non, j'ai pris mes responsabilités devant vous. Je vous ai dit les défis que nous avons. Il nous faut régler toutes ces difficultés en même temps. Nous allons le faire avec esprit de responsabilité mais je voulais que vous sachiez, à cette étape, que nous avons les yeux grands ouverts. Nous ne sommes pas des maquignons qui venons vous proposer une chose et ensuite faire le contraire le lendemain. Ces difficultés, vous devez tous y réfléchir : comment est ce que nous pouvons rassembler la gauche de la manière la plus efficace possible pour vaincre la droite ?

Mes amis, mes camarades, c'est là que je viens sur ce qui est ma conclusion politique. Regardez le problème dans tous les sens. Il y a une solution et c'est celle à laquelle nous travaillons, c'est que ce soit nous qui passions en tête de la gauche !

Ça, c'est la solution la plus radicale parce que, camarades et amis, je peux en prendre l'engagement, au nom de tout le Front de Gauche, en présence du secrétaire national du Parti Communiste Français et de la présidente du Parti de Gauche, je peux vous assurer que si c'est nous qui sommes en tête de la gauche, nous n'irons pas dire "C'est à prendre ou à laisser", nous dirons "Ceux qui veulent gouverner avec nous, mais pas la droite, pas Bayrou, pas tout ça, ceux de gauche qui veulent gouverner et qui veulent discuter – évidemment puisque c'est nous qui sommes en tête – sur la base de notre document, nous sommes ouverts et nous aurons cette discussion."

Nous ne sommes pas des sectaires, nous ne méprisons personne, nous voulons une alliance de gauche claire sur un contenu de gauche clair ! Alors, il y en a beaucoup qui doivent se dire : "Oh la la, la marche est haute, hein, quand même." Dites donc, elle n'était pas haute quand on a commencé ? Bien sûr qu'elle était haute. On pouvait prévoir qu'on serait 23 000 ce soir ? Bien sûr que non.

On a travaillé et donc ce qui nous reste à faire c'est travailler politiquement, convaincre un par un, une par une. Chacun de nous est un comité de campagne. Pas rameuter, pas dire : "Vous avez vu, il parle bien", comme certains voudraient réduire notre rassemblement à une sorte de show politique parce qu'il faut toujours que vous soyez trop bêtes pour être vraiment capables d'avoir vos propres raisons.

C'est ce travail là que vous allez faire et déjà il y a une raison. Nous avons fait le boulot, nous l'avons envoyée derrière nous, madame Le Pen. Il faut terminer le travail. Il faut qu'ils soient derrière nous. Il faut vaincre Sarkozy et la faire passer derrière, bien nettement derrière. A ce moment là tout change. Ce n'est plus la même scène politique. C'est fini le PMU politique. Et ça c'est la tâche, voilà ce que j'ai à vous dire.

Vous tous de gauche qui nous écoutez et qui peut-être hésitez, ou vous autres qui n'êtes pas de gauche mais qui avez grand cœur républicain, vous nous regardez, voici ce que nous vous demandons : "Aidez-nous à être devant elle, aidez-nous à débarrasser la France de cette organisation politique pourrie qui infeste la vie politique depuis maintenant plus de 25 ans."

Le vote utile, le vote utile, mes amis, mes camarades, maintenant, à cette étape, maintenant que nous avons avancé, maintenant que l'on dit que c'est nous qui sommes parmi les tout premiers, maintenant, parce que nous avons fait tout ce travail, le vote utile, ce n'est plus le vote de la peur où l'on vote par défaut, le vote utile, c'est celui qui consiste à dire : "Je vais aller voter pour le Front de Gauche, pour mettre une bonne pilée à l'extrême droite pour qu'elle soit derrière" Voilà le vote utile ! Il n'y a plus de danger si vous faites le vote utile Front de Gauche !

Bon maintenant, il faut finir et puis je vais vous lire des vers. L'autre jour il y a un camarade qui m'a fait un cadeau magnifique. Dans une réunion comme celle-ci, il m'a offert un petit recueil de poèmes de Paul Eluard et la merveille, c'est que non seulement c'est l'édition de 1948 mais c'est signé à la main, il y a un autographe de Paul Eluard. Depuis, je ne suis pas redescendu sur terre tellement je suis heureux. Bon, je ne peux pas vous lire tout ce qu'il y a dedans parce qu'il y a des passages un peu olé, olé, mais très beaux parce qu'il s'agit d'amour. Donc je vais vous parler d'amour.

Voilà quelques vers de Paul Eluard. On va les donner à tous ceux qui ne comprennent rien à la vie, qui ne savent pas que la première des vertus, ben c'est l'amour et que quand on en donne, il est probable que ça revienne. Pas toujours hein, pas toujours, mais souvent. La première vertu, c'est pas le fric, c'est pas « tout pour moi », c'est le partage, les choses simples.
Les hommes
Les hommes sont faits pour s'entendre
Pour se comprendre, pour s'aimer,
Ont des enfants qui deviendront pères des hommes
Ont des enfants sans feu ni lieu
Qui réinventeront les hommes
Et la nature et leur patrie
Celle de tous les hommes
Celle de tous les temps.

Paul Eluard

Vive la révolution !



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