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Entretien publié dans La Provence le 1er décembre 2014

« J’enrage de voir la France dans cet état »

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Alors que le chômage continue à monter, un rapport franco-allemand propose une répartition des efforts. Plus d’investissements en Allemagne. Des réformes en France. Vous l‘approuvez ?

Faire payer les Français pour l’Allemagne ? C’est une provocation dangereuse. Mme Merkel est en train d’asphyxier toute l’Europe, même son propre pays ! L’Allemagne a en effet besoin d’investissement. Mais la France aussi ! Le chômage augmente parce que Hollande réduit les dépenses publiques et le pouvoir d’achat. Il faut faire tout l’inverse. 

Dans votre livre vous condamnez le projet de réforme territoriale. Elle ne s’impose pas ?

Le président de la République avait fait une réforme qu’il réforme avant même qu’elle ne s’applique ! Incompréhensible ! Cette nouvelle réforme ne vise pas à simplifier ou à rationaliser les fonctionnements. Le premier Ministre a écrit à la Commission Européenne qu’elle avait pour but de réduire les coûts. Au détriment de la démocratie française. En éloignant la prise de décision des citoyens. Elle organise une compétition des territoires et, in fine, une compétition entre les populations. Avec le pouvoir réglementaire accordé à ces collectivités, la loi ne sera pas appliquée de la même manière dans tout le pays. Les territoires vont être organisés en fonction d’une vision économique dominée par la compétition et le moins disant social. Pour un Républicain, c’est extrêmement choquant.

Vous écrivez « Hollande, c’est pire que Sarkozy, la honte en plus, parce que nous l’avons élu ». Vous regrettez de ne pas vous être abstenu ?

On ne réécrit pas l’histoire. Le pire serait de se livrer à des arguties de justification. Même moi, qui le connais depuis longtemps et qui le savais acquis aux idées libérales, je ne pouvais pas imaginer l’ampleur des destructions qu’il a opérées. La législation sociale est aujourd’hui au niveau d’avant le programme commun mis en place par François Mitterrand en 1981. Et bientôt, concernant les acquis sociaux, nous serons dans la même situation que celle qui prévalait avant 1945 et les décisions du Conseil national de la Résistance. Il y a quelque chose de frénétique dans l’entreprise de démolition que cet homme a décidé d’accomplir. Il agit de façon totalement idéologique, avec une vision de l’économie qui date des années 90, pourtant en panne dans toute l’Europe. Nous avons affaire à personnage qui veut se donner des allures ultra modernes avec des méthodes qui sont celles du passé le plus éculé.

Quelle est la signification du titre votre livre « L’ère du peuple » ?

Au niveau mondial, la population a triplé durant le dernier demi siècle ! Cette explosion démographique conduit à une urbanisation forcenée de l’humanité. Ce qui nous fait entrer dans un monde totalement nouveau. La prise de conscience politique ne s’opère plus dans l’entreprise, mais dans la ville, à travers les services et les réseaux. La base sociale pour élaborer une vision de la société basée sur le collectif est infiniment plus large. Pour nous, les progressistes, la situation est beaucoup plus favorable que lorsque la majorité de la population vivait à la campagne dans des hameaux sans connexion entre eux. 

Vous écrivez : Le cri de ralliement, c’est l’intérêt général humain. Vous croyez à la sagesse et à la générosité du peuple ?

La masse collective qui se réunit en réseau est beaucoup plus attentive à l’intérêt général que chaque individu pris séparément. Tout le monde sait ce qu’est l’intérêt général depuis qu’on a compris que l’être humain dépend de l’écosystème qui conditionne la vie. Et que tout projet politique du futur doit partir des questions écologiques pour aller vers les questions sociales.

Quelle différence entre le peuple tel que vous le voyez et celui qui se rallie à Marine Le Pen ?

Le peuple, c’est une multitude libre de ses choix. Le peuple est composé d’Êtres humains avec leurs faiblesses et leurs hésitations. Tout l’enjeu, c’est de gagner les consciences et les cœurs.

Vous avez lancé un appel pour une Constituante pour une 6ème République. Vous recherchez une révolution par le vote ?

Oui. La concentration sur la monarchie présidentielle diffuse dans la société une culture de la toute puissance du chef et de son irresponsabilité. Ce système extrêmement monarchique et centralisé sur une personne en France est associé à un système extrêmement centralisé au niveau européen avec la Commission. Tout cela abouti à une énorme privation de liberté et à l’absence de décisions démocratiques. Le peuple se détourne de toute action politique et de toute parole officielle. Il se manifeste par une grève électorale qui est l'abstention croissante. Pour essayer de sortir de cette impasse de manière organisée et maitrisée, je propose un révolution citoyenne. Avec la convocation d’une Assemblée Constituante par laquelle le peuple sera conduit à réorganiser les règles de fonctionnement des institutions et à définir les droits.

Vous proposez un référendum révocatoire pour chasser en cours de mandat l’élu qui ne convient plus. On va voter tout le temps !

Il existe déjà dans plusieurs États des États-Unis et au Venezuela. Il permet au peuple de contrôler ses élus. Mais pour assurer la nécessaire stabilité des institutions, ce référendum ne peut pas intervenir avant la moitié du mandat concerné. Et il ne peut être organisé qu’à la demande d’un nombre important d’électeurs, ce qui n’est pas si facile à obtenir.

Que mettez-vous dans l’intérêt général humain ?

Tout ce qui fait partie des biens communs dont il faut assurer le contrôle absolu parce que personne ne peut s’en passer. Par exemple L’accès à l’eau potable va être un des grands problèmes pour la prochaine génération. Ou encore l’air dont la qualité se dégrade constamment. 

Dans votre livre vous insistez sur l’importance de la mer

Elle représente 70% de la surface de la planète. Comme l’humanité occupe et exploite déjà la presque totalité des terres utilisables, ses principales réserves se situent en mer. Nous pourrions y intervenir pour faire naître le modèle économique écologique dont nous avons besoin. C’est une chance à saisir pour la France qui détient le 2ème territoire maritime du monde.

Vous visez la propriété et l’excès de consommation. Mais les consommateurs font partie du peuple. Il faut une révolution culturelle pour changer les mentalités ?

Oui, il faut une révolution culturelle. Il va falloir changer nos mœurs. Aujourd’hui, ce n’est plus une option idéologique, c’est une obligation. Nous sommes au pied du mur. La décision de la ville de Grenoble de supprimer la publicité est une manière de nous obliger à réfléchir sur le sens que nous voulons donner à notre société. Nos concitoyens y sont prêts.

Pour résoudre les questions que vous soulevez, il faut être obligatoirement de gauche ?

Non, bien sûr que non. Je ne vais pas dire qu’il n’y a pas de conscience écologique, ni de conscience de la nécessité de protéger des biens communs chez des gens qui ont voté à droite, alors qu’ils ont une conscience républicaine. Ce qui compte, c’est la cohérence du programme que l’on met en avant et les valeurs que l’on y affirme. La valeur clé, c’est la souveraineté absolue du peuple.

Ce n’est pas une lubie ? Le pouvoir a besoin de s’incarner dans une personne.

Je suis d’accord, le collectif n’est rien sans une personne qui l’incarne. Mais en même temps, une personne n’est rien si elle n’incarne pas un collectif.

Dans votre livre, vous parlez d’amour, d’ouverture aux autres, de main tendue. Mais en même temps on y décèle une rage contenue. D’où vous vient-elle ?

De voir l’idéal auquel, avec d’autres, j’ai consacré mon existence, foulé aux pieds par quelqu’un qui était censé l’incarner, qui s’appelle François Hollande. Je suis très malheureux de voir mon pays perdre des opportunités à cause de l’aveuglement idéologique de cet homme et de toute une partie des élites françaises contaminées par leur admiration pour le système libéral. L’organisation actuelle du monde approche de sa fin. Je redoute que l’effondrement de l’économie européenne ou de celle des Etats-Unis se termine dans des affrontements. J’espère me tromper. Pour ma part, je propose, en toute lucidité, une sortie par le haut. Mais, oui, j’enrage de voir la France dans cet état, ne pas tenir son rôle. Je ne peux pas le cacher. Quand on pense à ce que pourrait faire de beau et de grand ce pays qui est à part, parce qu’il a fondé la première République basée sur le principe de l’égalité des êtres humains !



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