03mar 14

Entretien paru dans la Dépêche du Midi du 1er Mars 2014

«Je veux dire aux Français qu’une autre politique est possible»

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Co-président du Parti de gauche et ancien candidat à l’élection présidentielle de 2012, l’eurodéputé Jean-Luc Mélenchon était hier à Montauban et sera aujourd’hui à Toulouse puis à Auch.

Comment vous impliquez-vous dans cette campagne des municipales ?

Je suis un jour sur deux en déplacement pour aider les listes autonomes d’alternative de gauche. J’estime que ma participation à cette campagne est vécue comme un coup de main et un signal adressé à tous ceux qui ont voté avec nous à la présidentielle pour les inviter à renouveler leur vote. C’est un moment où notre mouvement politique est en train de s’enraciner.

Pourtant, il y a des divergences de stratégies entre le PCF qui part souvent avec le PS sur des listes d’union et le Parti de gauche qui plaide pour des listes autonomes ?

Le paysage s’est stabilisé. Le PCF a fait des choix différents suivants les localités. On fait avec cette réalité ; on essaye de ne pas envenimer la divergence… Ce qui est stimulant et excitant dans cette campagne c’est présenter nos solutions. On est dans la réalité concrète (l’eau, les transports, etc.). Il y a beaucoup de discussions avec les citoyens et personne ne nous interroge sur les différences entre le PCF et nous. Pour les gens, il y a les listes du PS et celles de la gauche alternative, c’est simple.

Le scrutin est local mais il aura une lecture nationale. Ne pensez-vous pas que ces divergences vont avoir des conséquences sur l’avenir du Front de gauche ?

Bien sûr. Cela va nous porter un coup. On va même en recevoir deux : le premier sera que les Communistes partis avec le PS nous feront défaut ; et le 2e venant du ministre de l’Intérieur qui considère qu’un maire sortant PCF est étiqueté liste d’union de la gauche. Manuel Valls essaie d’effacer l’ampleur de la sanction que les Socialistes vont prendre mais aussi la nature des relations entre l’influence du Front de gauche et celle du PS.
Dans cette campagne, nous mettons la lumière sur des endroits qui nous paraissent significatifs car ils vont exprimer l’influence du Front de gauche. A Toulouse, à Rodez, nous avons des listes : on pourra nous juger sur pièces.
Mais si je me déplace à Toulouse, c’est aussi en raison de la manif du 1er mars «Ensemble pour une autre répartition des richesses pour gagner le progrès social». Je crois beaucoup que l’avenir pour nous est dans la combinaison de la rue et des urnes. A Toulouse, il se passe quelque chose : à l’initiative d’une organisation syndicale s’est constitué un front extrêmement large de contestation de la politique d’austérité.

Vous aviez dit que vous seriez prêt à remplacer Jean-Marc Ayrault. Avec le virage social-démocrate de François Hollande, cette perspective s’est éloignée ?

J’ai dit que nous saurions gouverner le pays. Nous ne sommes pas une gauche de protestation, de posture ; nous sommes une gauche de gouvernement. On a une ligne, un programme, des idées et personnellement je saurai comment faire. Mais clairement, ce ne serait pas pour faire la politique de l’offre, mais celle de la demande.
Depuis le début, je dis que la politique d’austérité aggravera le déficit de l’État et que toutes les mesures qui sont prises aggravent les difficultés sociales. Pas besoin d’être un aigle pour voir que c’est bien mon pronostic et mon diagnostic qui se vérifient : l’activité se ralentit, les recettes sont moindres, le déficit se creuse. Je veux dire aux Français qu’on peut faire autrement.

Vous n’attendez donc rien du prochain remaniement ?

Le président de la République n’est pas que le chef d’un parti, il peut s’intéresser à toute la gauche qui l’a porté au pouvoir mais il a fait le choix de la droite de la gauche. Le choix que fait François Hollande est un durcissement à droite de sa politique ; pas un jour ne passe sans le confirmer. On le voit bien avec l’embrigadement de toutes les composantes de la majorité gouvernementale à laquelle il procède avec son pacte de responsabilité. Je suis inquiet car dans le pays la misère se répand, la souffrance sociale est immense et les jeunes générations considèrent que ce système ne leur offre pas d’avenir.

Propos recueillis par Philippe Rioux



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