23oct 12

Interview publiée dans l'Est Républicain le 21 octobre 2012

« L’exemple de l’Amérique du Sud »

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« J'AI CONNU l'Amérique du Sud au fond du trou. J'ai vu les arbres pousser dans la gare de Montevideo, quand 37 % de la population uruguayenne et 40 % des Argentins vivaient sous le seuil de pauvreté. Aujourd'hui la pauvreté a été divisée par 2,5 en Argentine et par trois en Uruguay. Et les dirigeants des deux pays me demandent : « Mais pourquoi faites-vous en Europe ce qui avait tellement raté chez nous, voici dix ans ? Est-ce que vous vous rendez compte que vous allez, comme nous l'avons vécu, au-devant d'une décade perdue ? »

Jean-Luc Mélenchon, candidat du Front de gauche à la dernière présidentielle en France revient de Buenos Aires et de Montevideo, où il a rencontré la présidente argentine Cristina Kirchner et le président uruguayen José Mujica. Il ne tarit pas d'éloges sur la politique de gauche menée dans ces deux pays, où la grande dépression des années 2000 est en passe de devenir un -très- mauvais souvenir. « Ils ont connu la mise sous tutelle par le FMI, le chômage de masse », relève Jean-Luc Mélenchon. « Et comment s'en sortent-ils ? L'Argentine a annulé une partie de sa dette, l'Uruguay a étalé la sienne sur trente ans. Le salaire minimum a été augmenté, les régimes de retraite par capitalisation ont été supprimés au bénéfice de régimes solidaires, les pensions ont été revalorisées. Exactement le contraire de ce que nous faisons en Europe, où nous nous rangeons au Diktat des marchés. Inévitablement ça finira mal ! »

« Hollande atlantiste et austéritaire »

Et de s'étonner : « Nos dirigeants ne parlent que de mondialisation, mais s'intéressent si peu à ce qui se passe au-delà de nos frontières. Ils sont d'un européocentrisme nombriliste. Quel crime contre l'esprit ! »

Jean-Luc Mélenchon n'est pas tendre avec François Hollande. « J'ai appelé à voter pour lui parce qu'il fallait mettre fin à la politique de Sarkozy. Mais je n'ai jamais eu aucune illusion. Hollande reste fidèle à lui-même : il est atlantiste et austéritaire. Il a pleinement accepté les règles du jeu fixées par le G20, le FMI et Bruxelles. »

Faut-il donc désespérer de la gauche française ? « Tout le problème réside dans la façon dont va se dénouer le double langage du Parti socialiste », répond Jean-Luc Mélenchon. « Pour ma part, je reviens d'Amérique du Sud à la fois plus alarmé et plus optimiste qu'il y a une dizaine de jours. Plus alarmé parce que si nous continuons à croire que la seule variable d'ajustement est le salaire, nous irons dans le mur. Plus optimiste parce que j'ai vu que des pays étranglés peuvent s'en sortir. En Argentine, ce sont les classes moyennes qui ont fait basculer les choses. En Europe, elles vont, à leur tour, se trouver en première ligne. »

par Patrick FLUCKIGER

Cette interview a été reprise par les douze titres du groupe  EBRA : L'Est Républicain, Les Dernières Nouvelles d'Alsace, L'Alsace, Le Journal de la Haute-Marne, La Liberté de l'Est, Le Journal de Saône-et-Loire, La Presse de Gray, La Presse de Vesoul, Le Dauphiné libéré, Le Progrès, La Tribune,  L'Indépendant du Louhannais et du Jura



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