26sept 12

Interview publiée dans l'Humanité le 26 septembre 2012

« Nous vivons la fin de l’ancien régime libéral »

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Le processus vers la ratification est  déjà bien entamé. La manifestation de dimanche n’est-elle pas un baroud d’honneur ?

La question se pose pour les personnes qui ne croient pas à la démocratie et pensent que nous avons élu un monarque qui a reçu carte blanche pour cinq ans. Il y a quinze jours, qui aurait dit que le conseil fédéral d’Europe-Écologie- les Verts allait voter « non » au traité européen à une aussi large majorité ? Personne ne peut nier que ce vote a été facilité par l’ampleur de la préparation de la manifestation. On nous disait qu’aucun socialiste ne sortirait du rang, or plus de vingt d’entre eux devraient voter contre le traité. On ne doit jamais renoncer à l’espérance démocratique. En quoi la réussite de la manifestation est « un signal politique d’importance majeur », comme vous l’aviez affirmé à  la Fête de l’Humanité ?

Sa réussite montrera aux décideurs en Europe que la France n’est pas soumise, que les logiques libérales rencontrent dans notre pays une résistance à la fois sociale et politique de façon permanente. Ce message concerne aussi bien le nouveau gouvernement que la droite et le Medef. Par ailleurs, le débat européen dessine une alternative de gauche face à la politique que met en place le gouverne aujourd’hui. Et c’est la raison pour laquelle je ne veux pas que nous soyons classés dans l’opposition mais, au contraire, dans les ayants droit. On voit s’ébaucher un bloc entre le Front de gauche, EELV et une partie des socialistes. Ce bloc pourrait constituer le cœur d’une majorité de gauche alternative en France.

Est-ce à dire que la manifestation, pour vous, est une confrontation à l’égard du président de la République ?

Non dans la mesure où son poste n’est pas en jeu, ni celui du premier ministre, à cette étape. Le cœur de la manifestation est un bras de fer avec ceux qui sont les tenants et les bénéficiaires du pacte budgétaire, à savoir le Medef et la droite. Il ne faut jamais perdre de vue  que ce sont eux qui ont écrit ce traité et  c’est un homme de droite qui l’a signé. Le  reproche que je fais au président de la République et au chef du gouvernement est de se comporter comme des exécuteurs testamentaires de Nicolas Sarkozy.

Les lois votées  ne passent pas dans l’opinion, comment expliquez-vous ce paradoxe ?

Les sociaux libéraux sont en panne d’imagination politique, incapables d’imaginer une autre règle du jeu que celle qui a cours. Cette politique échoue depuis vingt ans mais  cela rend la droite et les socio-libéraux dogmatiques. C’est pourquoi  j’ai parlé de politique austéritaire (1).  Ceux qui l’appliquent estiment qu’ils font le bien des gens malgré eux et leur imposent de force cette politique. Les possédants ont organisé un système qui repose sur la stabilité de la monnaie et le paiement de la rente. Tout est sacrifié à cet impératif. Le paradoxe est celui de toute fin de l’ancien régime. Nous sommes en train de vivre la fin de l’ancien régime néolibéral. Les dirigeants sont aveuglés, incapables de penser un autre futur. Le pire de la crise, ce n’est pas les malheurs qu’elle va répandre, ce serait de ne pas être capable d’inventer un autre monde pour sortir de cette crise. Or, j’estime que le Front de gauche est porteur  d’un projet alternatif global, et c’est la chance de la France ! Nous ne sommes pas là pour mettre des rustines sur des pneus crevés.

Que répondez-vous au gouvernement qui affirme qu’il n’y a pas lieu d’organiser un référendum puisque, à ses yeux, il n’y a pas d’atteinte aux conditions essentielles d’exercice de la souveraineté ?

Je le renvoie au discours que Jean-Marc Ayrault avait prononcé à l’Assemblée nationale en faveur d’un référendum sur le traité de Lisbonne au même moment où le congrès de Versailles votait les modifications constitutionnelles rendant ce traité conforme à la Constitution française. Ce n’est donc pas l’anti-constitutionnalité qui  justifiait le référendum.  Je n’ai qu’à lui dire « vas lire, Jean-Marc, ton propre discours pour comprendre pourquoi il faut une consultation du peuple ».  On demande aux Français de s’engager à revenir à l’équilibre  pour réaliser cette année au minimum 30 milliards d’Euros de retrait d’argent public de l’économie. La société entière va en subir les conséquences. Ne faut-il pas que le peuple dise s’il consent ou pas à de tels sacrifices ? L’idée européenne est en train de mourir sous les coups de force successifs que les pouvoirs nationaux lui infligent. L’Europe mérite que l’on donne son avis sur sa construction.

Marine Le Pen appelle, elle aussi, au référendum. Ne craignez-vous pas l’amalgame ?

Ceux qui font l’amalgame ne sont pas de bonne foi ! N’importe qui est capable de se rendre compte de la différence entre le « non » nationaliste et xénophobe  de Mm le Pen et le « non » internationaliste et de l’Europe sociale que défend le Front de gauche. Mais quelle est la différence entre le oui des socio libéraux et celui de l’UMP ? Il n’y en a pas : ils votent le même texte !
                                                                                                            
En quoi la manifestation de dimanche participe-t-elle, comme vous le dîtes, de la « vocation du Front de gauche de faire naître un front du peuple » et quel lien a-t-elle avec votre concept de révolution citoyenne?

Nous ne nous contentons pas de faire de la politique en commentant les événements. Au contraire, nous appelons à une intervention populaire de masse, car nous préparons les conditions de notre propre exercice du pouvoir. Nous nous imaginons que si nous devions gouverner la France demain, ce serait avec l’implication populaire. Ainsi, à toutes les étapes des grands moments politiques du pays, nous appelons le peuple à se mêler de ses propres affaires. Le  Front de gauche est un déclencheur, il n’est pas un parti-guide. Nous sommes un mouvement qui a pour vocation de s’effacer derrière l’action populaire. Nous éclairons le chemin, nous ne le monopolisons pas. L’ébullition populaire que nous constatons en faveur de la manifestation participe de ce que j’appelle la marche vers la révolution citoyenne. Ce processus est commencé depuis 2005, avec la première insurrection civique. Si le président de la République et le premier ministre n’assouplissent pas leur dispositif, s’ils pensent pouvoir contenir de force la respiration populaire, leur système devenu trop rigide aura des craquements qu’ils ne soupçonnent pas.



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