12sept 12

En avant vers le désastre !

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petroplus_01Dans cette note il est question de mes journées, d’une magnifique interview de Joseph Stiglitz, de ma visite à Pétroplus, de la prestation de François Hollande à TF1. Puis d’une nouvelle triste. Et enfin de mon avis sur une chicaya de série B à propos du choix de la date de la manifestation du 30 septembre. Comme c’était trop long déjà j’ai dû renoncer à d’autres choses que j’ai mitonné en suivant les débats du Parlement européen.

Ce billet est illustré par des portraits d'ouvriers de Pétroplus lors de la visite de l'usine le 10 septembre 2012. Photos : S. Burlot.

Ma journée du mardi a commencé dans un éblouissement. J’ai lu l’interview magnifique de Joseph Stiglitz, prix Nobel d’économie, réalisée par Pierre Ivorra et Clotilde Mathieu dans « « L’Humanité » du jour. Quel formidable point d’appui ! Y a-t-il quelque chose dans ce qu’il dit qui ne confirme tout ce que nous avons dit, écrit et argumenté depuis des mois et des mois ? Que ce soit à propos de la crise actuelle, de l’absurdité des politiques d’austérité, de la nature de classe des intérêts qui se confrontent en ce moment, tout va dans notre sens ! « L’Humanité » met en exergue cette appréciation qu’il formule et que nous pouvons signer : « L’austérité est un désastre ». Je crois que je vais me précipiter pour acheter son dernier livre « Le Prix de l’inégalité ». De ce que je lis dans l’interview, je retrouve l’idée fondatrice des travaux de Jacques Généreux dans « La Grande régression » et sa thèse sur la machine à faire « dissociété » qu’est le capitalisme de notre temps. J’y trouve le pari inverse de celui fait par les Sarkozy et les Hollande concernant petroplus_02la baisse du coût du travail et la flexibilité comme solution à la crise. J’y devine le volontarisme concret qui anime le livre de Généreux, « Nous on peut ! », qui vient d’ailleurs d’être édité en livre de poche ! Je reprends deux extraits de cet entretien que je crois spécialement taillé pour nous aider dans nos tâches de conviction dans les jours à venir.

« L'Humanité » : Comment expliquer l'acharnement à imposer des politiques d'austérité un peu partout alors qu'elles sont injustifiables économiquement ».
Joseph Stiglitz : « C'est pour moi un véritable mystère. Nous avons expérimenté de telles politiques d'austérité des dizaines de fois et, à chaque fois, cela a été un échec. En 1929 cela a été le cas avec le président des États-Unis Herbert Hoover qui a transformé l'effondrement de la bourse en une grande dépression. Plus récemment, le FMI a fait pareil dans le Sud-Est asiatique et en Argentine et cela a été un désastre. La plupart des pays européens qui ont engagé politique d'austérité sont maintenant en récession ; l’Espagne, la Grèce sont en dépression. Compte tenu toutes ces expériences, la possibilité pour les politiques d'austérité de réussir parait minime. La plus forte probabilité est que l'économie cesse de croitre, les recettes fiscales cessent d'augmenter, les dépenses sociales et le chômage continuent d’augmenter et que au final, les améliorations budgétaires espérées ne soient pas au rendez-vous ».

« L’Humanité »: Suffit-t-il qu'il y ait un bon état pour sortir de la crise ? »
Joseph Stiglitz: « C'est complexe, car, qu'entendez-vous par un « bon état » ? On peut avoir un État bien intentionné qui ne comprend rien à l'économie ou qui croit que l'austérité ça fonctionne. Mais s'il met en œuvre une politique d'austérité, aussi bien intentionnée soit-il, il est probable que le résultat ne sera pas bon. D'un autre côté, si vous avez un État qui reflète l'intérêt des banquiers, on peut être certain qu'il sera incapablepetroplus_03 de sortir de la crise d'une manière qui serait profitable à la plupart des citoyens. »

Je trouve que mon emploi du temps à une tendance, de nouveau, à se remplir beaucoup trop vite. Les journées se remplissent plus qu'il n'est raisonnable. Ainsi lundi, je commençais le matin par l'émission d'Europe 1, suivi d'un déplacement en Normandie pour aller soutenir les camarades de Pétroplus, retour à Paris, suivi d'un nouveau départ pour rejoindre la session parlementaire à Strasbourg ! Pourtant si je m'agace de voir le retour de cette sorte d'hyperactivité, quand je prends le détail, je ne regrette rien, je me réjouis de tout ce qui a eu lieu.

J’ai donc pris le train gare Saint-Lazare pour aller à Rouen et ensuite sur le site de Pétroplus. L’idée vient de la semaine précédente. Laurence Sauvage, la secrétaire nationale chargée des luttes, m'avait dit, après ma visite chez Sodimédical, qu’il fallait aussi tenir compte du moral des Pétroplus. Elle les sentait atteints. On a donc appelé les camarades. « On peut venir vous voir ? ». Réponse rapide et chaleureuse : oui ! Il y a plusieurs raisons à ce type de déplacement de ma part. La première est humaine. A l’occasion de rencontres comme celles que nous avons eues en pleine campagne électorale, où toute l'attention se concentrait sur le sujet, se créent des liens humains au hasard d'un regard, d'une main sur l'épaule, d'un éclat de rire ou d'un moment d'émotion commune. Il ne faut pas effacer cette réalité. Au-delà de tout ce qui nous motive et des raisons que nous avons d'être là, qui ne sont pas, bien sûr, d'ordre sentimental, il n'empêche qu'après tout, et au bout de tout, c'est le souvenir de cette fraternité qui nous aide le mieux pour la suite du chemin à faire. Revenir après les élections, alors qu'on ne vous demande plus rien, c'est une façon de marquer du respect pour ce qu'ont été ces moments auparavant. D'ailleurs sur place c'est bien comme petroplus_04cela que c'est ressenti. Et c’est une façon de prouver que cette campagne n’était pas pour nous une adition de coups de communication mais une construction politique de masse inscrite dans la durée. En revenant, je montre que notre conception n’est pas celle du cirque médiatique !

La seconde raison est que la lutte de Pétroplus est une lutte d'intérêt général. Plus que jamais la capacité de disposer de moyens de raffinage important en France correspond à une nécessité pour notre indépendance et pour la maîtrise de nos approvisionnements. N'est-ce pas spécialement le cas quand tout l'univers résonne des échos des dangers qui mûrissent au Moyen-Orient ? Je n'en dis pas plus. Mais je crois me faire bien comprendre. Il y avait 23 raffineries en France, il n'y en a plus que neuf. Ce n'est pas du tout une bonne situation que de dépendre à ce point des importations pour les produits finis dans un domaine stratégique. La troisième raison est que l'évolution du dossier nous apprend beaucoup de choses, mieux que de longs discours et que bien des lectures. Je ne vais pas faire un rapport complet sur ce thème. Je note juste quelques images à ce sujet.

Voici la première. La capacité totale de production en France est de 60 millions de tonnes de produits finis. Il vient de s'ouvrir une unité de production en Inde, qui n'est pourtant pas du tout un pays producteur de pétrole, pour une quantité de 67 millions de tonnes. Cette raffinerie n'a pu ouvrir qu'à la condition expresse que pas un litre de ses productions ne soit vendu en Inde. Tout est pour l'exportation. Le grand déménagement du monde montre ici à quel point il est une stratégie pour la profitabilité du capital au détriment de toutes les exigences sociales et écologiques. Pensez aux chemins dangereux que parcourent ces produits indiens. Imaginez les milliers de kilomètres de pipeline, les bateaux pleins à ras bord, dont les cargaisons vont faire le tour de l’Europe en mer et finir dans la Manche au milieu d'une multitude d’autres bateaux pour décharger enfin les produits dans les cuves des… raffineries désaffectées ! Quelle folie ! Autre image : celle des administrateurs chargés de liquider Pétroplus et qui multiplient les embûches pour rendre impossible l'arrivée d'un nouvel acquéreur. A qui le crime va-t-il profiter ? Enfin, ultime spot. En ce moment Pétroplus qui n'a plus ni actionnaire, petroplus_05ni patron a été remis en route par les ouvriers. Ceux-ci ont dû pour y arriver surmonter d'innombrables problèmes techniques. Mais la raffinerie raffine ! Et elle fait en ce moment beaucoup de profit compte tenu de la remontée du prix de l'essence. Quelle drôle d'histoire !

En ce moment tant de situations paraissent étranges. Ainsi ce dimanche soir. Hollande à TF1. Je ne sais pas si tout le monde a compris tout de suite le sens de ce qu’annonçait François Hollande dimanche soir sur TF1. Pour la gauche, c’est un événement politique de plus grande ampleur que le « tournant de la rigueur » de 1983. Un événement bien plus violent. En 1983 on entra dans une nouvelle logique en croyant que ce serait provisoire. Trois dévaluations, un emprunt forcé et un contrôle des changes avaient eu raison du gouvernement de l’union de la gauche. Ici rien de tel. Il n’y a d’ailleurs aucune surprise. François Hollande peut dire sans mentir qu’il avait bel et bien tout annoncé pendant la campagne électorale. Ce sera vrai. Absolument vrai. Et nous étions seuls à décrypter le sens de ce qu’il disait alors. Il avait bel et bien annoncé le plan de retour aux 3% dans le délai qu’il a confirmé à TF1. Mais pendant la campagne nous étions seuls à chiffrer ce que cela voulait dire. Les naïfs et les enfumeurs professionnels s’indignaient en cadence contre nos « accusations » et « procès d’intention ». Et maintenant ? Nos chiffres sont confirmés. Il s’agit bien d’une ponction d’au moins 33 milliards d’euros. Je dis « au moins ». Car si l’objectif veut être tenu, compte tenu de la récession que cela va aggraver, les recettes fiscales vont diminuer. Par conséquent les ponctions devront être augmentées d’autant. Pour chaque dixième de point de croissance perdu (0,1 point), il faut ajouter environ 1 milliard de coupes supplémentaires à la saignée. Donc si la croissance n’est que de 0,5 %, il faudra trouver 7 milliards supplémentaires. La ponction globale sera alors comprise entre 37 et 40 milliards ! Cela petroplus_06représente un retrait équivalent aux dépenses annuelles de la branche famille de la Sécu. C’est-à-dire au total de 38 milliards de prestations familiales que constituent les allocations familiales, les aides au logement et l’allocation adulte handicapé ! Ou encore au total de la richesse annuelle produite par la Bulgarie ou la Tunisie !

Je fais ces comparaisons pour donner un contenu concret à l’importance de ce qui s’annonce. Car pour l’instant l’ampleur de la ponction n’est pas bien comprise. Les chiffres sont trop abstraits pour cela. On peut cependant en donner encore une unité de mesure. Elle sera politique. Il s’agit du double du total des deux plans de rigueur de Fillon en 2011. Le premier, en août, avait couté 11 milliards, le second en novembre 7 milliards. Deux fois pire que la droite. Mais vous avez été prévenus, sans aucune ambiguïté, ici même et dans tous les discours et écrits des responsables du Front de Gauche pendant toute la campagne. Je laisse respirer un grand coup les amis du « vote utile » qui seraient de passage sur cette note. Dites « merci » à la presse éthique et indépendante qui vous a aidé à croire aux bobards que vous aviez envie d’entendre.

La seule nouveauté c’est qu’enfin on connaît la répartition de « l’effort ». La prétendue « justice » de sa répartition est un trompe l’œil de plus. Car les deux tiers sont mis à la charge du peuple. C’est en effet un nouvel enfumage de ne compter à ce titre que les 10 milliards de la part supplémentaire d’impôt « sur les ménages ». Car les 10 milliards de dépenses publiques ajournées, de postes dans la fonction publique supprimés, tout cela c’est autant de services en moins pour ceux qui ont besoin et dépendent d’une façon ou d’une autre de ces services ! Des services en moins, dont parfois on ne peut se passer, et qu’il faudra aller chercher ailleurs, beaucoup plus chers, sur ses deniers. 10 milliards de dépenses d’état supprimées, combien d’emplois petroplus_07indirects détruits ? La baisse des dépenses de l’Etat, ce sont des indemnités chômage de plus, des salaires de moins, du mal vivre supplémentaire. Et le rasoir comporte une deuxième lame.

Car si l’on examine la méthode pour la part prise par l’impôt « sur les ménages » on voit tout de suite cette deuxième lame. Certes on entend beaucoup parler des souffrances des hypers riches. On entend moins les autres, pour l’instant. On doit pourtant prévenir que ça va faire mal. Par exemple le gel du barème de l’impôt sur le revenu. Cela signifie que des personnes payeront plus d’impôt sans que leur revenu n’ait augmenté. François Fillon avait déjà utilisé le procédé dans son plan de novembre dernier. En avril, dans « l’Express », François Hollande critiquait cette mesure comme « ce qu’il y a de plus injuste » et annonçait qu’il ne la « garderait pas ». Pourtant il avait déjà annoncé son objectif de retour aux 3%, à marche forcée. Donc il savait qu’il bloquerait lui aussi le barème de l’impôt ! Mais il ne risquait rien. Personne ne lui posait aucune question d’aucune sorte sur les économies qu’il comptait faire. Et à présent ? Qui lui pose des questions sur ce qu’implique concrètement la généreuse « décote » annoncée sur les deux premières tranches de revenu ? Il s’agit, paraît-il de protéger les « classes moyennes ». Mais la troisième tranche qui, elle, sera gelée, commence à petroplus_0811 897 euros de revenu par an. Soit 991 euros par mois ! Quel genre de classe moyenne trouve-t-on à 991 euros par mois ? A trente euros au-dessus du seuil de pauvreté on est donc « classe moyenne » pour le nouveau gouvernement ? A l’autre bout de la chaîne, c’est aussi étonnant.

La taxe à 75% au-delà de un million de revenus par an est donc provisoire. La réforme visait les revenus excessifs. Elle est devenue « provisoire ». Les revenus excessifs ne seront plus excessifs ensuite ? Et cette réforme provisoire ne concerne pas les revenus du capital, même à titre provisoire. Seuls les salariés qui gagnent un million d’euros par an seront concernés. Etrange catégorie sociale ! Un exemple va permettre de mieux comprendre de quoi il s’agit. Dans le cas de Bernard Arnault, le futur nouveau belge, seul son salaire de 10 millions d’euros par an est concerné. Pas les 200 millions de revenus de capital qu’il touche par ailleurs. Méditez ce que ces sommes veulent dire.

Etonnante demande de Jean-Christophe Cambadélis à ce propos. Il propose que soit constituée une commission d’enquête sur la fraude et l’évasion fiscale. Personne ne l’aura informé que cette commission a déjà été constituée et qu’elle a produit son rapport sous l’autorité du sénateur Eric Bocquet du Front de Gauche. Il estime à 50 milliard le coût de ce type de fraudes et suggère des mesures pour faire face. De mon côté, lors du meeting de Rouen, en mars dernier, j’avais déjà présenté les propositions du Front de Gauche. Il s’agissait par exemple de l’obligation de résider fiscalement en France pour exercer une responsabilité exécutive dans une entreprise française. Même exigence à propos des sportifs professionnels à qui il serait interdit de représenter la France quand ils n'y sont pas domiciliés fiscalement. Je proposais aussi de développer les peines économiques : interdiction d'exercer pour les professions libérales, fermeture de l'accès à la commande publique pour les entreprises. Et bien sûr nous avions mis au point notre proposition de soumettre à l'impôt sur le revenu tous les résidents français à l'étranger. On se souvient que, après que Copé se fut bienpetroplus_09 moqué de moi sur le sujet, Sarkozy avait repris pourtant le même mécanisme. Nous avions pointé que les flux financiers entre la France et les paradis fiscaux pouvaient être coupés par une interdiction très simple à mettre en œuvre.

Enfin je veux encore mentionner que nous voulons durcir les poursuites pénales contre les cabinets et les banques qui organisent l'évasion fiscale. Cela peut se faire en passant de la poursuite pour complicité de « fraude fiscale », aujourd'hui simple délit, aux poursuites pour « blanchiment d'activité illicite » qui est un crime. Je mentionne tout cela pour que l’on se souvienne en permanence que notre campagne fut celle de la radicalité concrète. Nous sommes prêts à faire de nos objectifs une politique de gouvernement. Nous sommes une alternative gouvernementale à gauche.

La tristesse cette semaine, parmi nous, c’est la mort de l’un des nôtres. Il s’agit de Yann Cochin. C’était un salarié d’EDF et un syndicaliste de Solidaires-Energie. Cet homme, je l’ai connu un jour de grève de la faim contre un licenciement abusif à EDF en décembre 2010, le jour même de noël où je suis allé le voir sur le lieu de lutte. C’était un militant politique venu du trotskisme. Il avait quitté le NPA pour prendre sa part avec le groupe qu’il avait fondé, Convergences et Alternative, à la construction du Front de Gauche. Après l’épisode de la grève de la faim, la maladie fut détectée. Je ne le savais pas le jour où on s’est vu pour de bon, pour se parler, de part et d’autre d’une table, la fourchette à la main. Lui c’était un homme contenu. Un visage grave que le sourire transformait en une seconde. J’étais anxieux de cette discussion car Yann était un dirigeant trotskiste de haut niveau de culture politique. Son autorité morale était très respectée, je le savais. C’est lui qui me mit à l’aise. Je pense qu’il agissait de même d’une façon générale avec ses interlocuteurs. Rien de tout cela ne vaudrait que j’en parle puisque je l’ai connu si peu en dehors de ces circonstances certes un peu denses mais si limitées à échelle d’une vie consacrée au combat révolutionnaire.

Mais je veux retenir pour notre profit commun le sens de la responsabilité dont il se sentait investi. C’est cela qui signale une élite humaine. Il aurait pu rester sur son piédestal moral, dans sa routine au NPA. Il avait tout remis en cause de ces sortes de confort pour aller là où sa conscience politique lui montrait un devoir. Pour finir nous avons parlé de notre âge, de notre expérience politique, de nos échecs et de notre goût intact du combat. On conclut sur le devoir que cela nous créait à l’égard de nos tâches et de la génération militante suivante. Je ne m’attendais pas à une discussion sur ce terrain avec lui. C’est lui qui en a eu l’initiative. J’avais oublié à quel point les militants venant de « l’extrême gauche » sont, eux aussi, âpres et exigeants dans tous les domaines qu’ils abordent. Et les questions de la morale de vie et d’engagement n’échappent pas à la règle. Celui-là dégageait une esthétique de vie en parlant des principes qu’il énonçait. Je pense que ce message compte autant que le programme politique que nous portons et autant que tous nos combats petroplus_10particuliers. La lutte est une reconstruction de soi. Ce gars-là était spécialement bien reconstruit. Ça prouve que c’est possible. Vivons et luttons, nous serons meilleurs pour nous même et pour les autres. Et n’attendez pas que les copains n’y soient plus pour voir la personne qui palpite sous la bure du militant.

Voilà une polémique qui m'amuse beaucoup et qui m'attriste en même temps. J'apprends dans « Le Parisien » que certains dirigeants du PC auraient à se plaindre de mes « mauvaises manières ». J'aurais, est-ce possible, voulu imposer une date pour la manifestation de la fin du mois de septembre contre le traité européen. La grande « enquêtrice » qui a révélé cette « affaire » a juste oublié une des règles de l'éthique journalistique. Il s'agit de l'obligation de vérifier les affirmations que les uns font sur les autres. Mais comme m'a dit un de ses collègues: « Celle-là on connait ses méthodes ». Dont acte. En me consultant elle aurait pu apprendre que je ne me suis jamais mêlé de la date de cette manifestation. Pourquoi l’aurais-je fait ? La date s'est en réalité imposée toute seule par un raisonnement simple à comprendre. Nous avions intérêt à avoir lapetroplus_11 date la plus tardive pour tenir compte de l'effort militant qu’il faut déjà fournir, quinze jours avant, pour la tenue de la Fête de l'Humanité qui est pour nous un événement central. D'un autre côté, nous ne devions en aucun cas dépasser la date du 2 octobre car c'est la reprise de la session parlementaire ordinaire au cours de laquelle le traité va être mis en discussion. Ce point particulier souleva l'unique discussion qui aura jamais eu lieu sur le sujet, à supposer que l'on puisse appeler cela une "discussion", car l'échange ne dura pas plus de cinq minutes. Pierre Laurent proposait que l'on retarde d'une semaine, si c'était possible. J'en étais d'accord. Mais cela conduisait au 9 octobre. J'ai donc soulevé le risque que nous manifestions après le vote. Cela aurait mécaniquement affaibli la mobilisation. Et cela aurait changé la nature du rassemblement : nous serions passés d’une manifestation contre l'austérité pour exiger le rejet du traité ou le référendum, à une manifestation de pure dénonciation du gouvernement. De plus, on percutait la journée nationale d'action de la CGT et de la confédération européenne des syndicats ! On comprend donc facilement que ce n'était petroplus_12pas possible. Ce fut le seul moment où fut discutée la date du 30 septembre, laquelle, je le rappelle, s'imposait d'elle-même pour des raisons pratiques. S'il y a eu une hésitation entre le samedi et le dimanche, elle fut, elle aussi, de très courte durée. D'abord parce que le dimanche est considéré par tous comme plus confortable pour organiser une manifestation nationale. Ensuite parce que nous savions que le 29, samedi, a lieu la mobilisation nationale des travailleurs de l'industrie automobile. J'ai d'ailleurs reçu une invitation de Philippe Poutou pour m'y rendre! La vérité est donc que personne en particulier n'a proposé la date du 30 septembre. Quant à moi je ne suis jamais occupé du calendrier et je n'avais aucune raison de le faire. Je me suis contenté d'écouter, d'acquiescer et de reprendre à mon compte. Franchement : où pouvait bien être l'enjeu pour moi? A aucun moment je n'ai constaté, ni senti qu'il y avait un enjeu sur cette question. Ensuite, lors de la réunion de la coordination des organisations qui ont décidé de préparer cette manifestation, la question de la date est réapparue. Aucun d'entre nous et surtout aucun de mes proches ne fit non plus de cette question un enjeu. Ce n'est petroplus_13d'ailleurs pas nous qui avons arrêté finalement la date, mais le collectif, si mes informations sont bonnes. Bref toute cette affaire est un pur pipeau. Mais je ne peux mettre en cause la presse. J'ai bien lu que des dirigeants communistes m'impliquaient dans cette curieuse histoire corne-cul. C’est spécialement stupide de se tirer une balle dans le pied de cette façon le jour même de la conférence de presse pour lancer la manifestation. Quoi que nous disions à présent, le mal est fait. En réalité, je pense être une nouvelle fois le prétexte d'une bataille d’influence qui ne me concerne pas. Certes, j'ai le dos large. J'ai déjà vécu cela après notre score aux élections législatives. Sans crier gare, les mêmes me rendirent responsable de la situation, alors que je n'avais pas du tout dirigé cette campagne et que mon départ sur Hénin-Beaumont était une décision collective et unanime de l’ensemble de la direction politique du Front de Gauche ! Je précise que j'étais parfaitement d'accord moi aussi pour y aller : pour moi, les dirigeants petroplus_15politiques doivent aussi recevoir leur galon du suffrage universel, gagnant ou perdant. J'avais déjà agi de cette manière en abandonnant mon mandat de sénateur obtenu comme tête de liste gauche plurielle avec les socialistes, les communistes, les Verts et les radicaux de gauche. J’ai choisi de présenter ma candidature pour le Parlement européen sous notre propre étiquette de Front de Gauche. Je le faisais de nouveau en partant pour Hénin-Beaumont, en dépit de la difficulté, sans autre état d'âme autre que la fatigue immense que je ressentais. Je crois donc utile de siffler la fin de ce mauvais feuilleton du « choix de la date ». Il faut jouer collectif en toutes circonstances et ne pas battre sa coulpe sur la poitrine des autres. Je crois utile de rappeler au bon sens. Seuls les socialistes et la droite, rivés au traité sur lequel ils auront à rendre des comptes électoraux ont intérêt à des problèmes entre nous. Et la futilité des prétextes ne les arrêtera pas. Ne tombons pas dans le petroplus_14panneau. La manifestation du 30 septembre est placée sous l’autorité d’un collectif large. Suivons ses consignes ! L’enjeu est immense ! Le succès de la manifestation est un test de la combativité de notre peuple face à l'austérité. Car le traité c’est l’austérité, tout le monde doit et va l’apprendre. C’est surtout l’échec programmé de tout projet de mieux vivre. Nous allons être nombreux à battre le pavé, j’en suis certain si chacun consacre son énergie à construire et à rassembler. Quel que soit notre résultat tout sera fait pour le minorer. Ne donnons pas en plus des verges pour nous faire battre. Et j’apprécierais qu’on cesse de faire de ma personne le sujet obsessionnel à l'aune duquel devrait s'apprécier toute chose ou tout plan de carrière.


156 commentaires à “En avant vers le désastre !”
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  1. jeff dit :

    Je viens de voir sur el pais que une journée de grève et de manifestation europeenne dans tous les pays était à létude. Nous comptons sur le FdG et Jean-Luc Mélenchon pour mediatisé et amplifié cette info. Car c'est la seule solution pour battre la finance et Bruxelles.

  2. Stérel dit :

    Je serais à Paris avec quelques autres amis Marseillais! Je pense que les gens vont se mobiliser. On doit faire prendre conscience aux gens qu'ils ne savent pas ce qui va être signé! En 2005 les Français ont voté NON mais tout le monde savait à peu près de quoi il s'agissait. L'enjeu de la manif est, à mon avis, moins d'interpeller le gouvernement que les français eux mêmes. Appelons-les à regarder le TSCG, ils verront qu'il a été fait pour que personne ne le comprenne, et le FdG saura le leur déchiffrer!
    J'espère voir des slogans et des pancartes à l'adresse directe des Français!

  3. Quentin dit :

    Cher Jean-Luc,

    si je sors aujourd'hui de ma réserve de lecteur pour intervenir dans les commentaires, c'est parce qu'il m'est venu une humble idée à la lecture d'un passage de votre billet. Je vous cite :
    Je fais ces comparaisons pour donner un contenu concret à l’importance de ce qui s’annonce. Car pour l’instant l’ampleur de la ponction n’est pas bien comprise. Les chiffres sont trop abstraits pour cela.

    Connaissez-vous les outils du design visuel (qui donne le data journalisme) ? Il s'agit d'une récente manière d'organiser visuellement les données chiffrées abstraites, plus élaborée et plus belle que les diagrammes et autres "camemberts" à la papa. Or, si c'est un plaisir de vous lire ou de vous écouter, c'est aussi un effort et vous n'êtes pas sans savoir qu'une image parlante vaut mieux qu'un long discours. En notre temps de tout-à-l'image et d'accélération non-stop plus qu'en tout autre.
    Il me semble que ces outils, seraient des adjuvants redoutables d'efficacité dans votre entreprise d'éducation populaire et d'éveil des consciences, parce qu'ils rendent justement intelligibles en un coup d'œil des éléments abstraits que le langage peine à rendre plus concrets sans longues circonlocutions analogiques : la réalité non immédiatement "visible" de notre monde et de ses problèmes nous sautant au visage. Et cela en produisant du plaisir scopique par-dessus le marché, ce qui n'est pas le cas de la lecture d'un texte, activité purement cérébrale. [...]
    Aussi, ne pourriez-vous pas, ici-même et de temps à autre, agrémenter votre propos "chiffresque" par une infographie bien foutue qui résumerait tout ? Ce genre d'image-à-lire pédagogique et critique, estampillée FdG, circulerait à n'en pas douter à grande vitesse sur Internet et les réseaux sociaux, et ramèneraient à vos (nos) idées des gens que la pensée verbale, l'investissement sur le terrain et la lecture longue sur écran rebutent.
    Bref, cela aiderait grandement à "faire des petits dans la tête des gens" (pour citer Léo Ferré, que je ne désespère pas de vous voir citer bientôt, ah ah !). Enfin, je suppose que vous êtes entourés de gens compétents qui y ont déjà pensé, et sans doute réinventé-je la roue ?!
    Cela dit, on s'étonne quand même de n'en pas trouver trace ici, alors qu'il s'agit d'un contrepoison prometteur à l'enfumage qui nous...

  4. phil68 dit :

    A propos de désastre... quelqu'un à t'il vu hier soir mardi 18 septembre 2012 l'émission "21 jours à l'usine" réalisée par Alexandra Alévêque (la soeur du célèbre humoriste), en immersion dans le monde ouvrier dans la région de Sochaux ?
    Dans ce film, elle montre notamment une famille ouvrière ayant voté FN au 1er tour et, au vu de leur réaction à la victoire de François Hollande, Sarkozy au second.
    La journaliste leur a demandé les raisons de leur vote FN : D'une part pour "faire peur aux gouvernants", mais aussi pour que les "vrais français" (sic!) aient du travail, et pour que les étrangers aient moins d'aide (l'AME était visée). Bref, une vision du monde dans lequel le partage n'a pas sa place.
    Voila donc un axe à travailler si on veut vaincre l'idéologie du FN : il faut remettre la solidarité au coeur de la vie, en particulier dans la classe ouvrière, autrefois berceau des luttes et des progrès sociaux. Bref, pouvoir opposer un autre idéal de vie souhaitable à celui de la réussite personnelle et du chacun pour soi tant vantée par le système libéral.
    Au passage, cet extrait montrait bien que les ouvriers votant à droite et en particulier au FN - et ils sont nombreux - ont abandonné l'idée même de progrès social et ont intégré les valeurs libérales. Il y a (hélas) encore beaucoup de travail devant nous.

  5. gerarddu70 dit :

    Les socialistes après 4 mois qu'ils sont au pouvoir ont changé de vestes par rapport au discours tenu dans les meetings des campagnes électorales. Oh combien de citoyens se sont laissé prendre au jeu du PS pour le vote utile. Mais oh combien sont ils déjà écœurés des éléphants roses et vont rendre ou déchirer leur carte d’adhérent a ce parti socialiste qui porte tous les noms sauf celui d’être honnête avec le monde du travail ? Oui le pire est a venir si le traité de l'austérité est voté, car je ne doute pas 1 seconde pour qu'il se dégage une majorité au parlement UMP +PS et aussi au Sénat. La révolution se fera par la prise de conscience de l'humain mais hélas nous n'en prenons pas la direction.[...]

  6. lemarigner dit :

    j'ai voté Hollande pour qu'il soit au premier tour ; pour que l'autre parte ; pour une autre équipe ; pour un début de justice ; qui ne suffira pas parce que les possédants s'en vont en Belgique ou en Inde ou se dérobent par les enfers fiscaux ; même avec une réforme fiscale "douce" ; nous en arrivons donc au "qu'ils s'en aillent tous" ; qu'ils laissent par contre de quoi raffiner, de quoi assembler une voiture,de quoi fondre des rails, de quoi coudre un pantalon ; il faut maintenant empêcher le déménagement des machines ; merci de votre humanité ; même avec tous les gens comme moi, ça n'aurait pas suffi, encore trop de gens qui ne sont pas trop mal dans ce système de consommation à crédit et qui n'arrivent pas à imaginer qu'un autre monde est possible ; sur mon territoire, avec les camarades du front de gauche on essaye d'expliquer cet autre monde, on essaye de créer une monnaie complémentaire ; je pourrai pas venir le 30 mais on essaiera de faire un rassemblement par ici, au pied des Pyrénées


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