30juin 12

Interview publiée dans "20 Minutes - Lille"

Retour sur la campagne dans la 11e circonscription du Pas-de-Calais

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Comptez-vous vous implanter réellement à Hénin-Beaumont, dans le Pas-de-Calais?
Jean-Luc Mélenchon. Nous n’avons pas encore fait l’analyse complète de la situation. Ce sont les militants qui doivent me dire, à la rentrée, de quelle manière je peux être utile. Il faut construire une présence physique à Hénin-Beaumont. C’est moins la question de ma présence personnelle qu’un travail d’animation politique sur le terrain. Nous cherchons à acquérir un local de permanence. Il existe déjà une forte culture communiste locale très ancrée.  Notre Parti de gauche est complémentaire. Pour l’instant, nous comptons entre 30 et 40 adhérents sur la circonscription. C’est très peu. Et il faut maintenant organiser une école de formation sur place.

Pensez-vous déjà à la prochaine échéance, l’élection municipale?
Jean-Luc Mélenchon. La situation est extrêmement compromise pour les élections municipales. Je ne le cache pas et je n’ai pas envie qu’on me fasse venir, à la fin, comme pompier de service. Je ne veux pas être responsable de tout et bénéficiaire de rien.  Ces législatives sont présentées comme une victoire de madame Le Pen, alors qu’elle ne progresse pas en nombre de voix et qu’elle a perdu une fois de plus. Pour autant balayons devant notre porte: où sont passés les électeurs de gauche manquants? Les socialistes les ont fait fuir.

Votre défaite a éclipsé votre bon score des législatives. N’avez-vous pas été grisé par les sondages?
Jean-Luc Mélenchon. Seuls les commentateurs ont été grisés. Moi, je ne crois pas aux sondages. Ceux-là ont eu un effet néfaste sur ma campagne.  Je savais que j’étais challenger. A la présidentielle, j’avais fait moins de 15% quand le candidat socialiste était à 24%. Or, à peine arrivé, un sondage me met en tête. Puis, un suivant dit le contraire et met le socialiste largement en tête au second tour devant Marine Le Pen.  Tous se sont trompés, mais ils ont accentué le vote «utile» chez les électeurs.

Comment vous percevez cette campagne, avec un peu de recul?
Jean-Luc Mélenchon. C’est la première fois que je vois une campagne aussi violente et sournoise, avec ces lettres anonymes ou ces faux tracts de la part du FN. Mais j’ai tout aussi été surpris par l’agressivité du PS à mon encontre. Je pensais qu’il y aurait une union sacrée contre le FN. Je ne m’attendais pas à ce que les socialistes  concentrent leurs coups sur moi; qu’ils fassent défiler, avant le premier tour, Martine Aubry qui n’était jamais venue à Hénin depuis la crise qu’a connue cette ville, ou encore Jean-Marc Ayrault qui y venait pour la première fois de sa vie. Pourquoi tous ces gens ne sont-ils pas revenus entre les deux tours?

Quelle expérience retirez-vous de cette campagne?
Jean-Luc Mélenchon. Je suis un homme méthodique. Notre campagne a été très organisée.  Nous avons testé  beaucoup de méthodes : cafés citoyens, marche militante, etc. Il nous faut tout activer pour reconstruire une base militante détruite par le Parti socialiste. J’ai vu aussi les forces et les faiblesses de madame Le Pen. Sa première force, c’est monsieur Briois. Sans lui, elle n’est rien à Hénin-Beaumont.  La seconde, c’est la désertion du PS qui n’a même plus de section à Hénin-Beaumont. Sa faiblesse, c’est qu’elle n’a pas tant de militants que ça. Ceux qui tractaient n’étaient souvent pas d’Hénin-Beaumont. PS et FN dévastent tout autour d’eux. Les uns par le clientélisme les autres par le dénigrement systématique. Ils démoralisent tout le monde. Nous devons être une force positive.

Vous gardez beaucoup d’amertume de cette défaite…
Jean-Luc Mélenchon. Ce dont je suis le plus chagrin, c’est qu’on ait voulu disqualifier ma méthode de combat. C’est une grave erreur. Je persiste à dire que ma méthode de campagne était la bonne: j’ai gagné 1.000 voix quand le socialiste en a perdu 8.000.  Tous mes discours portaient sur le programme social. Je n’ai jamais été dans l’affrontement personnel avec Marine le Pen.

Qui sont les militants du Parti de gauche, aujourd’hui, sur le terrain?
Jean-Luc Mélenchon. Les adhésions les plus nombreuses viennent  des syndicats et de la jeunesse. Le Parti de gauche doit se donner les moyens de faire progresser la représentation des ouvriers et des employés dans les prochaines élections. C’est un vrai défi qui va mettre toute la classe politique mal à l’aise. Cette nouvelle génération de gauche, ce sont ces enfants des classes moyennes précarisés, qui sont dans une situation salariale ouvrière, même s’ils ne se l’avouent pas.

Vous comptez prendre des vacances?
Jean-Luc Mélenchon. La semaine prochaine, je vais à Caracas pour le forum de Sao Paulo qui est le rassemblement de l’Autre gauche. Mais, là-bas, ce n’est pas l’Autre gauche comme en Europe, ce forum réunit aussi des chefs d’Etat. Après, soit je rentre, soit je prends des vacances sur place…



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