19avr 12

Interview publiée dans 20 Minutes

Deux visions de la gauche

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Pensez-vous que votre campagne a influencé les autres candidats?
Jean-Luc Mélenchon. Oui, parce que les autres ont fait une campagne à la papa, sans être conscients de la gravité de la situation sociale. Leur catéchisme libéral est une répétition des mêmes formules fondées sur l’austérité. Ils ont perdu de vue que les gens n’en peuvent plus. Nous avons fait avancer beaucoup de thèmes, comme celui du pouvoir d’achat et de l’immoralité de l’hyper richesse. Quoi qu’il arrive, notre campagne aura été utile, pas seulement à notre drapeau mais au pays.

Quel est votre avenir en cas de victoire de François Hollande?
Jean-Luc Mélenchon. Lui et moi représentons deux visions de la gauche. Il est candidat, je suis candidat. Je m’inclinerai devant la décision des urnes. Une fois élu, il nous dit qu’il fera ce qu’il veut. Très bien. Mais quand la finance va attaquer, sur qui s’appuiera-t-il? Sur l’appareil institutionnel ? Ou sur les dynamiques populaires? Comment les créer s’il ne donne pas à la population les moyens de respirer? Mais si on réussit à battre Sarkozy, sa défaite sera un encouragement pour le mouvement social et il va rebondir. Et dans l’Europe entière. Hollande le sait. Il abuse de la situation car il a conscience qu’en majorité, les gens qui votent Front de gauche voteront à gauche le 6 mai. Si c’est lui le candidat je lui dis: débrouille-toi pour les convaincre.

Vous n’aurez pas d’accord électoral avec le PS?
Jean-Luc Mélenchon. Qu’est-ce que cela change? Lors des législatives, il y aura des candidats du FG au premier tour partout! La bataille pour le leadership à gauche ne fait que commencer. Elle ne se règlera pas par des arrangements de coin de table. Le PS laisse entendre qu’on va s’accorder, dans  les couloirs, mais non. On ne se partage avec personne. C’est la vie qui va trancher. La crise du capitalisme est loin d’être finie, la crise écologique est toujours là. Je suis absolument certain qu’inéluctablement nous serons au pouvoir avant dix ans. Notre objectif, c’est la conquête du pouvoir et la transformation radicale de la société. Nous serons vigilants, tout le temps dans la mobilisation et l’action. On ne va pas attendre la prochaine élection, en se disant «on plie bagage». Pour la population, nous serons une assurance de gauche.

Craignez-vous une forte abstention?
Jean-Luc Mélenchon. C’est le danger. J’accuse les partis dominants de la favoriser, en particulier le président de la République qui empêche d’avoir un débat structuré. Finalement l’abstention arrange tout ce petit monde. En tant que républicain, ça me désole. Je me battrai jusqu’au bout pour dire: «Donnez-moi un coup de main». Voter pour nous, c’est faire d’une pierre deux coups: voter contre la droite et l’extrême droite. Car il y a un enjeu à être devant Marine Le Pen.

Lequel?
Jean-Luc Mélenchon. On desserre l’étau de la vie politique française. C’est parce qu’elle est là que la droite est poussée tous les jours vers l’extrême droite. C’est parce qu’elle est là que le mécanisme du vote «utile» est réarmé du matin au soir par le PS. Y arrivera-t-on? Je ne sais pas. Mais on fera tout pour.

Cette semaine, on lit dans les journaux que vous rencontrez Patrick Buisson ou Henri Guaino, des proches de Nicolas Sarkozy?
Jean-Luc Mélenchon. C’est une manière de créer du scandale là où il n’y en a pas. Vont-ils faire le tour de toutes les personnes avec qui j’ai déjeuné depuis 4 ans? Il s’agit de me diaboliser, de me donner le rôle «d’allié objectif» de l’UMP. Ces manœuvres ont seulement pour but de rabattre des votes vers le PS et Le Pen. Ils sont connivents. Qui fait ça d’après vous? Ca ne tombe pas du ciel.

A vous entendre, le PS préférerait vous voir derrière marine Le Pen?
Jean-Luc Mélenchon. C’est le cas. Le but c’est de me faire perdre, d’un ou deux points. Si je ne suis pas devant Madame Le Pen, ils ont gagné. Le «vote utile», qui est un vote sous contrainte, c’est leur fond de commerce.  Tant que Le Pen est là, ils sont contents.

Le vote utile, c’est une autre façon d’utiliser la peur?
Jean-Luc Mélenchon. Bien sûr! Tout ce système politique est fondé sur la gestion de la peur. Peur du lendemain économique, peur en politique avec Marine Le Pen. C’est la peur tout le temps.

Propos recueillis par Maud Pierron et Matthieu Goar.



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