22mar 12

Prononcé le 22 mars 2012

Discours à Bobigny

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Mes amis, à cette heure, je suis ici à ma place. Car si la compassion, et le respect dû aux morts, est acquis dans tout le peuple français, et parmi vous tous, ce qui n'est pas acquis c'est de réparer les blessures qui résultent de la situation de ces derniers jours dans l'esprit collectif.

Si le chef de l'État, chef des armées, est à sa place, devant les dépouilles des militaires assassinés, notre rôle à nous, les élus que je vois devant moi, à côté de moi, les militants politiques que sont nombre d'entre vous, les militants syndicalistes que je reconnais dans cette foule, notre devoir maintenant, après avoir été unis comme les doigts de la main autour de ceux qui souffrent pour dénoncer l'abjection du criminel dégénéré qui a frappé nos enfants, c'est notre devoir maintenant d'être unis comme les doigts de la main pour dire que le même abruti ne trouvera aucune faille parmi nous, quels que soient les prétextes et les alibis de ces actes criminels. Aucun de ces mots, ou de ces arguments ne sera jamais entendu. Mon devoir, comme candidat dans cette élection, et comme votre porte-parole au nom du Front de Gauche, est d'affirmer à cet instant l'unité profonde, constante, absolue, de nous tous en tant qu'êtres humains pour ne pas lâcher un mètre de terrain quoi que nous croyions dans le secret de nos consciences, quelle que soit notre foi, qu'il n'y a pas de place dans ce pays pour mener des guerres de religions, qu'il n'y a pas de place dans ce pays pour le choc des civilisations !

Pas davantage que nous n'avons cru un instant que l'illuminé violent, meurtrier, mis de ses propres actes à l'écart de la communauté humaine, qui a assassiné 90 personnes, vous vous en souvenez, cet été, au motif qu'il balbutiait je ne sais quoi à propos du christianisme, nous n'avons cru un seul instant que quelque chrétien que ce soit ait à voir avec cette tuerie. Aujourd'hui nous disons dans les mêmes termes que nous ne croyons pas qu'un seul musulman ait quoi que ce soit à voir avec un dégénéré pareil !

Je suis à ma place, parmi vous, voyant vos visages si bigarrés, vos cœurs si différents, connaissant le fait que vous ne jurez pas tous les mêmes dieux, exactement comme l'étaient les nôtres sur la colline de Valmy qui ne parlaient d'ailleurs même pas tous la même langue, mais étaient unis par la même passion. Lorsqu'ils disaient "Vive la Nation" ils pensaient "Vive la fraternité humaine, à bas les puissants, à bas les privilégiés qui nous distinguent et nous séparent" !

La passion républicaine doit sortir plus grande, plus forte, et nous devons mépriser tous ceux qui dans cette circonstance viendraient réintroduire entre nous des polémiques qui n'ont pas lieu d'être. Nous devons être tranquilles, sereins, forts, le cœur fier de tout ce que nous sommes, parce qu'à cet instant tout ce à quoi nous croyons est vérifié par notre unité, notre rassemblement.

Mes amis, d'abord, nous allons avoir une pensée, qu'on n'attend peut-être pas, je ne sais pourquoi, de nous, de félicitation pour la Police nationale qui a réussi à cerner et à isoler le criminel. Un salut chaleureux à ceux des policiers qui ont été blessés dans cette opération. Et après cela, sans jamais lâcher le fil de nos arguments, nous nous souviendrons que la sûreté est un bien public et que par conséquent c'est nous qui avons raison de dire qu'il est important qu'il y ait un État en France et pas seulement un marché. Parce que sinon le criminel courrait toujours !

Et que toutes les tâches de sûreté doivent être assumées par les forces préposées à cet office, c'est à dire par une police républicaine disciplinée, non seulement dans son action, mais dans sa manière d'apercevoir la façon d'agir. C'est la police républicaine qui peut faire ce travail et non pas les officines privées que nous voyons pulluler de tous côtés.

A partir de là, et en toute logique, je suis à ma place ici aujourd'hui pour rappeler la nécessité des services publics, qui sont le patrimoine de ceux qui n'en ont aucun autre.

Les riches, les puissants, oublient que le monde existe autour d'eux. Ils croient que puisque, eux, peuvent se payer l'école, peuvent se payer de la sûreté, peuvent tout se payer, ils finissent par croire qu'ils peuvent tout acheter. Mais pas nos consciences, et pas nos cœurs !

Et ils finissent par oublier qu'on ne peut pas être heureux dans un océan de malheur. Et que le service public est ce qui nous permet, à chacun d'entre nous, de savoir que nos enfants seront correctement éduqués, comme nous le souhaitons, après toutes les générations qui ont fait tant de sacrifices pour que les enfants soient éduqués ; et comment nous marchons, les uns sur les épaules des autres, par le travail acquis de tous ceux qui se sont sacrifiés. Et à vous en particulier je pense à cet instant, vous, les enfants des courageux qui ont quitté le bled, ceux qui sont partis et qui, prenant tous les risques, se sont donné tant de mal pour que les enfants soient bien élevés, bien éduqués. Qu'ils aient bon cœur, qu'ils sachent lire, écrire, et qu'ils marchent en tête de la société parmi les poètes, les ingénieurs… tous ces paris, nous sommes en train de les réussir dans notre vie.

Voilà pourquoi en Seine-Saint-Denis on est si sensible à la question des services publics. Voilà pourquoi en Seine-Saint-Denis on est si républicain.

Tout simplement parce qu'on sait que c'est une question en quelque sorte de vie ou de mort. C'est la République ou la mort ! C'est la République ou rien du tout – l'abandon, la déchéance, chacun étant livré aux appétits de ceux qui veulent faire de toute chose une marchandise et un commerce. Voilà pourquoi le cœur de ceux qui sont ici est si ardemment républicain.

La République est la patrie des pauvres, la République est la patrie des ouvriers, la République est la patrie de tous ceux qui veulent donner davantage qu'ils ne reçoivent aux autres parce qu'ils ont grand cœur, la patrie de tous ceux qui ne veulent pas accumuler mais qui veulent partager. Voilà qui nous sommes ! Des partageux !

Souvenez vous en chacun, et si vous avez amené, je ne sais comment compte tenu de l'heure, vos jeunes enfants, ou bien quand vous rentrerez dans vos foyers, pensez à la faveur de toutes ces circonstances, tirez un message d'amour et de rassemblement. Enseignons à nos enfants pourquoi tous les êtres humains sont semblables, pourquoi nous avons le devoir de nous entraider et d'être solidaires, pourquoi quand on donne la main à celui qui souffre on ne l'assiste pas, on s'aide soi même en se grandissant ; pourquoi il n'y a pas d'assistés dans ce pays, sinon les très riches et les très puissants, qui se protègent de tous les autres au moyen de règlements, de lois, qui les protègent et accablent le grand nombre ; mais que pour le reste il n'y a que des êtres unis par leur solidarité. Expliquons à nos enfants pourquoi nous n'avons pas d'autre patrie que la République, pourquoi l'identité de la France c'est la République, pourquoi l'identité de chacun d'entre nous est cette certitude que nous mettons dans nos esprits : Liberté, Égalité, Fraternité, jusqu'au bout, jusqu'au socialisme !

Quand les circonstances sont difficiles, c'est là qu'il faut faire preuve de tempérament et de caractère, c'est là qu'il faut chercher dans ce qui est confus, ce qui semble respirer la haine, le fil humain conducteur qui permet de ressortir plus fort de l'épreuve. 

Nous tous, nous dirons à nos enfants, que nous éduquons avec amour dans le respect des autres, nous leur dirons : ce pays est à nous, quelle que soit la couleur de notre peau et quelle que soit notre conviction personnelle, et quelle que soit l'origine de nos parents !

Ce pays est à nous, du moment que nous en respectons les lois et que nous en partageons les amours !

Il faut, mes chers compatriotes, et vous tous mes chers concitoyens, que de tout cela, de ce malheur immense qui a commencé par des meurtres, sorte un bien : la France plus grande ! Plus fraternelle ! Plus solidaire ! Plus laïque ! Plus républicaine !

Merci.



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