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Interview au Parisien-Aujourd'hui en France

La règle d’or, l’offre de débat publique avec le PS et le vote des étrangers

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Acceptez-vous le principe, arrêté lors du sommet de Bruxelles, des sanctions automatiques contre les pays européens qui laissent déraper leur budget?
Jean-Luc Mélenchon. Non. On n'en serait pas là si on avait décidé de tuer la spéculation en permettant à la Banque centrale européenne de prêter directement aux Etats, comme c'est le cas aux Etats-Unis ! Mais le gouvernement conservateur allemand a refusé cette solution. Angela Merkel a imposé sa vision : prendre à la gorge tous les pays et les obliger à remettre leurs comptes à l'équilibre dans une logique libérale de compression des dépenses publiques et de protection fiscale des revenus du capital. C'est un coup de massue. Les pays récalcitrants sont mis au pas. Cela produit des comportements ouvertement autoritaires, les sanctions deviennent automatiques, deux pays décident de tout. Telle est désormais l'Europe que je nomme « austéritaire » : opaque, autoritaire, inégalitaire. Elle n'est pas viable.

Le spectre de l'effondrement du triple A ne vous fait pas peur?
Jean-Luc Mélenchon. Si! Si je vois un pilote ivre dans l'avion, je suis très inquiet. Les libéraux allemands aimeraient bien recréer sous appellation euro une zone mark dont ils sortiraient tous les pays du sud de l'Europe. Leur pays vieillit. Ils ne pensent qu'à sauver leur fonds de pension de retraite. Leur industrie dépend des pièces détachées fabriquées à bas prix par les pays voisins. Leur dette est considérable. La pauvreté frappe 20% de la population active. L'Allemagne décline. Vraiment, Sarkozy a tort d'en faire un modèle!

La règle d'or, est-ce un piège tendu à la gauche?
Jean-Luc Mélenchon. Oui. Nos adversaires de droite ont bien vu qu'il y avait une faille. Ils l'exploitent avec méthode. Depuis que les socialistes ont voté le traité de Lisbonne, la droite leur en fait avaler toutes les conséquences. Sans limite. En Grèce et en Italie, les socialistes gouvernent même avec la droite et l'extrême droite pour rester dans ce cadre!

Pour le moment, les socialistes disent non à la règle d'or…
Jean-Luc Mélenchon. Regardez pourquoi! François Hollande refuse la règle d'or proposée par Nicolas Sarkozy parce qu'elle n'est pas assez contraignante. Mais il la votera maintenant parce que c'est à nouveau un traité européen! Il le trouve « flou ». Il refuse d'en voir la brutalité libérale !

Vous avez multiplié les « offres publiques de débat » à François Hollande. Attendez-vous toujours une réponse?
Jean-Luc Mélenchon. Au mois de septembre, il avait déclaré qu'une fois investi il se ferait un devoir d'entrer en contact avec nous. Depuis, apparemment, il a changé d'avis.

Mais le traiter de « capitaine de pédalo » n'est pas la meilleure manière de l'inviter au dialogue…
Jean-Luc Mélenchon. Il n'en avait accepté aucune autre! Et quelle importance donnée à une phrase! Si la France a hurlé de rire, c'est bien parce que j'ai piqué au bon endroit! Et avez-vous vu la réponse qu'il m'a faite? Que je suis un agent du « cabinet noir » de Sarkozy et de l'extrême droite! Quel mépris! Qui demandera à Hollande si avec des mots pareils il nous respecte assez pour qu'on l'écoute? Les dirigeants socialistes ne savent pas que le monde a changé. L'époque où ils pouvaient, par leurs tricheries de congrès, régler les problèmes d'orientation avec moi est terminée. Maintenant, c'est dans les urnes que ça se passe. Leurs magouilles avec les Verts et Bayrou ne convainquent pas les gens. Nous sommes aussi l'alternative à gauche, ne leur en déplaise.

Comment sortez-vous du dilemme d'être peut-être le Jean-Pierre Chevènement de 2012?
Jean-Luc Mélenchon. Je n'accepte pas ce raisonnement. En 2002, en plus de Chevènement, il y avait Olivier Besancenot, Christiane Taubira. Les deux avec l'accord de Lionel Jospin. Le PS fut directement responsable de l'atomisation de la gauche. Il pensait que l'élection était gagnée d'avance, parce que Jacques Chirac était discrédité. C'est exactement le même schéma de campagne que reproduit François Hollande. Aggravé par le mépris pour tout ce qui n'est pas lui à gauche et les caresses et révérences pour François Bayrou. Quelle folie quand il dit : « Je ne suis pas le contre-président, je suis le prochain! » Comme si l'élection était une formalité. Ajoutez son programme d'austérité… Il est seul à croire que Sarkozy et Le Pen sont battus d'avance. Hollande fait comme s'il allait gagner tout seul au premier tour!

Vous êtes né au Maroc. Quel regard portez-vous sur la poussée islamiste dans le nord de l'Afrique? Y a-t-il un islamisme modéré?
Jean-Luc Mélenchon. Non. La religion en politique est toujours mauvaise. Et la preuve est faite que les tyrans ne contenaient pas l'intégrisme : ils le favorisaient. Et l'émiettement de la gauche est criminel. Face aux sociétés arabes, il faut être confiant. Notons cependant que 60% de gens n'ont pas voté pour les partis religieux en Tunisie et 70% de députés au Maroc ne sont pas des députés religieux. Mais la révolution n'est pas toujours victorieuse. En Egypte, nous sommes près du désastre, pris entre salafistes et Frères musulmans.

Que pensez-vous de la loi qui propose de pénaliser les clients des prostituées?
Jean-Luc Mélenchon. Je suis abolitionniste. Et partisan de la pénalisation des clients. A ceux qui ont une autre idée sur la question, ceux qui parlent de « travailleurs du sexe », je dis : soyez cohérent, proposeriez-vous ce métier à votre mère, à votre fille ou à votre fils? Non, bien sûr! Donc, pourquoi ce qui n'est pas bon pour vous le serait pour les autres? La prostitution n'est rien d'autre qu'un trafic des êtres humains. Il doit donc être réprimé radicalement pour être éradiqué.

Que pensez-vous de l'affaire qui secoue la fédération socialiste du Pas-de-Calais?
Jean-Luc Mélenchon. Je ne sais pas du tout de quoi il s'agit et je n'ai pas l'intention de m'y intéresser. Le PS présente de nombreux symptômes de nécrose. On s'en est aperçu dans les Bouches-du-Rhône, on l'a observé dans l'Hérault, est-ce que cela se répand? En tout cas, je n'ai pas envie que l'on passe la campagne électorale à parler des turpitudes du PS, parce que sinon on va y consacrer tout notre temps.

Pensez-vous qu'après l'adoption du texte par le Sénat le vote des étrangers aux municipales est en bonne voie?
Jean-Luc Mélenchon. Oui. Et je vois bien l'intérêt à dramatiser le débat. L'UMP y trouve une occasion de stigmatiser les socialistes et de jouer des peurs xénophobes traditionnelles. Le Front national en fait son miel. Et le PS est bien content que l'on parle de cela plutôt que de retraite et de partage des richesses. Cela dit, la question ne mérite pas de tels hurlements. Tout le monde connaît la limite : les étrangers pourront voter ou être élus conseillers municipaux, mais ils ne pourront être ni adjoints ni maires. La belle affaire!

Propos recueillis par Philippe Martinat et Ava Djamshidi.



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