01déc 11

Interview dans "Sud-Ouest"

Pour une politique de gauche offensive

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A observer ce qui se passe et ce qui se dit depuis plusieurs  semaines, on peut avoir le sentiment qu'à gauche, la machine à perdre ait été enclenchée. C'est votre avis ?
Jean-Luc Mélenchon. La méthode imposée par les dirigeants socialiste crée une spirale dépressive pour toute la gauche. Et si, de notre côté, nous sommes en  progrès, cela ne suffit pas à me satisfaire. Cette méthode est  désastreuse.

A savoir ?
Jean-Luc Mélenchon. Au lieu d'accepter une discussion publique au sein de la gauche mettant en lumière convergences et divergences, de provoquer un débat informé, le PS a préféré un accord de coin de table avec Europe-Ecologie-Les-Verts, accord détricoté chaque jour par les polémiques et obligeant le candidat lui-même à déclarer qu'il ne se sent pas engagé par ce texte. Hollande a donc plongé toute la gauche dans la confusion. On ne sait plus ce qui est vrai ou faux ! Cela nous étouffe tous. Ensuite, il y a des propositions qui font peur. François Hollande fait annoncer par Michel Sapin, l'homme de son programme, son intention de réaliser 50 milliards d'euros d'économies supplémentaires dans le budget de l'Etat ! Cela veut  dire que les plans de rigueur de Fillon sont avalisés et que demain, nous aurons une nouvelle contraction de la dépense publique. Nous allons tout droit à une récession aggravée.

Donc, vous ramez à contre-courant du PS ?
Jean-Luc Mélenchon. Nous travaillons à rallier tous ceux qui espèrent une politique de gauche offensive. Nous voulons faire la démonstration, une fois encore, que le progrès social produit du progrès économique.

Ne craignez-vous pas, néanmoins, que vos critiques et vos flèches balancées vers le candidat du PS aient pour effet d'offrir au pays cinq ans de Sarkozysme de plus ?
Jean-Luc Mélenchon. Je ne le crois pas du tout. Ma critique vise toujours la droite. Existe ensuite le débat à gauche. Je ne mélange pas les deux. L'adversaire,  c'est à la fois Nicolas Sarkozy et le Front national. Mais nous sommes en concurrence à gauche sur des questions de fond et nous n'avons pas le droit de le cacher ! François Hollande veut passer en force. Pourtant, il s'agit de questions décisives pour notre pays. Hollande fait le choix de l'austérité de gauche, il dit vouloir « donner un sens à la rigueur ». Le Front de Gauche  fait le choix de la relance de l'activité et de la planification écologique. Ces deux politiques ont des conséquences complètement  différentes. Je propose l'alliance et le rassemblement de tout notre peuple autour de l'objectif du partage des richesses, il recherche l'union avec les conservateurs du Centre. Pourtant nous avons prévenu dès la première heure : le Centre n'est pas compatible avec la gauche ! Les Français n'admettront pas cette combine politicienne.

Dans notre région, le PS donne parfois l'image d'un parti donnant des bâtons pour se faire  battre. Exemple à La Rochelle où Ségolène Royal est imposée pour les  législatives… en vue de décrocher le perchoir. Qu'en pensez-vous ?
Jean-Luc Mélenchon. C'est consternant. Hollande fait pire en se proclamant « prochain président ». Comme si l'élection n'était qu'une formalité avant un partage des places entre amis. C'est d'ailleurs pourquoi, si ma campagne,  celle du Front de Gauche,  s'adresse à tous les Français, elle s'adresse en particulier aux électeurs socialistes. C'est eux que j'appelle à l'aide, c'est à eux que  je dis, « il y a une alternative, ne vous laissez pas prendre en otage  dans des alliances et des méthodes que vous refusez. En aidant le Front de Gauche, vous aideriez toute la gauche ».

Vous évoquiez à l'instant le Centre. François Bayrou serait-il aussi infréquentable que vous le laissez entendre ?
Jean-Luc Mélenchon. Sa personne n'est évidemment pas en cause. Mais c'est le mépriser de  faire comme s'il n'avait ni programme ni idées. Il les imposera comme prix de son alliance. C'est mon devoir de dire que ce programme n'est pas compatible avec celui d'un gouvernement de gauche. La hausse de la TVA comme la contraction encore plus forte de la dépense publique ne peuvent être un projet de gauche ! Par exemple, François Bayrou  refuse notre proposition de taxer les revenus du capital comme ceux du  travail ou d'établir le salaire maximum de un à vingt dans les  entreprises.

Quel regard portez-vous sur l'ensemble de l'oeuvre de Nicolas Sarkozy depuis cinq ans ?
Jean-Luc Mélenchon. Sa politique économique est un contre-sens absolu. Il a pensé qu'en  favorisant de toutes les manières possibles l'accumulation des bénéfices et des revenus du capital, il dynamiserait la machine économique. C'est l'inverse qui s'est produit. Les prédations financières ont asséché tous les circuits de l'économie réelle. De plus il a appauvri  volontairement l'Etat. Face au déficit et à l'endettement croissants,  sous les coups des agences de notation et de la finance sa réponse  consiste à ponctionner toujours plus le peuple au lieu d'augmenter les recettes du côté des revenus du capital. Nous allons tout droit vers une terrible récession. D'autant qu'il accepte que madame Merkel impose  cette politique d'austérité à toute l'Europe. C'est la seule réponse qu'ils font à l'agression des marchés financiers ! Tel est le bilan de ce fameux Traité de Lisbonne qu'il a imposé en dépit du vote « Non » au  traité constitutionnel de 2005. Il va falloir beaucoup de volonté et de  caractère pour sortir de cette impasse. Le Front de Gauche a pour lui le mérite de la cohérence entre ses propositions pour la France et celles pour l'Europe.

Dans le programme du Front de Gauche  baptisé « L'humain d'abord », revient sans cesse la notion de service  public. Vous proposez un grand service public de l'eau, un pôle 100%  public de l'énergie regroupant EDF, GDF, Areva,  Total renationalisé. Bref, une foule de mesures que le public entend  souvent avec intérêt et bienveillance ; mais dans la seconde suivante,  beaucoup estiment qu'elles relèvent de l'utopie, qu'elles sont  impossibles à mettre en place. Comment comptez-vous vous y prendre pour  démontrer le contraire, assoir votre crédibilité ?
Jean-Luc Mélenchon. Je comprends cette réaction de prudence. On fait peur aux populations avec le spectacle des déroutes grecque et espagnole ! On veut faire croire que tout ce malheur est tombé du ciel alors que c'est le résultat  de politiques délibérées. Il y a encore un autre frein : la vieille musique qui dit aux salariés que tout progrès social est impossible.  Moi, j'affirme que si l'on ne veut pas finir comme en Grèce il faut  relancer l'activité ! Donnons-nous un horizon de progrès collectif pour toute la société avec la planification écologique. Ce n'est plus une question d'étiquette politique, c'est une affaire de salut public : il n'y a que deux politiques économiques possibles. Soit l'austérité, soit la relance sociale et écologique. Pour nous, le progrès social est le  moteur du progrès économique. C'est en partageant les richesses qu'on donne de la respiration à l'économie. Lorsque les gens vont mieux, sont mieux soignés, sont mieux éduqués, sont mieux nourris, toute la machine  économique se remet à tourner et va de l'avant.

Jean-Luc Mélenchon. Je comprends que dans l'ambiance morose et apeurée dans laquelle nous  vivons, les gens doutent d'eux-mêmes. Nous, nous sommes une force  optimiste. J'appelle les gens à se faire confiance à eux-mêmes.

Propos recueillis par Patrick Guilloton



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