Argument

Renégocier la dette grecque, c’est nécessaire et c’est possible !

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Les créanciers de la Grèce (FMI, Banque centrale européenne, Etats membre de la zone euro dont l’Allemagne et la France) refusent pour l’instant toute renégociation de la dette grecque, en dépit du « NON » massif du peuple grec au référendum du 5 juillet.

Pourtant, cette dette est insoutenable. Elle ne peut pas être remboursée, comme c’est déjà le cas depuis que le 30 juin, la Grèce n’a pas remboursé 1,5 milliards d’euros au Fonds Monétaire International.

La dette grecque doit être renégociée, restructurée et pour une partie annulée. C’est nécessaire. Le Parlement grec a mis en place une Commission d’audit de la dette. Les premiers éléments de son rapport sont très clairs : une partie de la dette grecque est « illégale, illégitime, odieuse ».

La proposition dogmatique, absurde et inefficace des créanciers

De ce point de vue, les exigences des créanciers sont :

- Purement politiques : ils veulent transformer la Grèce en un cobaye politique pour étouffer le gouvernement Tsipras et le peuple grec
- Absurdes économiquement : la poursuite de l’austérité va aggraver la crise empêchant toute reprise de l’activité en Grèce. La troïka n’a rien appris de l’échec total de leurs recettes économiques depuis 5 ans en Grèce : la richesse du pays a été réduite de 25% et la dette pèse plus lourd aujourd’hui qu’avant !
- Dogmatiques et stupides sur la question de la dette : en refusant de renégocier la dette grecque, les créanciers empêchent un règlement durable de la situation financière de la Grèce. Et en cherchant la rupture, les créanciers prennent la responsabilité de pousser la Grèce à un défaut total sur sa dette alors qu’une renégociation permettrait une solution équilibrée, efficace, durable et limitant les conséquences financières pour les créanciers eux-mêmes !

Le seul but des créanciers est de se sauver eux-mêmes : la quasi-totalité des sommes promises par les créanciers dans leur dernière proposition serviront à … rembourser les créanciers eux-mêmes !

- Le FMI serait remboursé fin juin et jusqu’en novembre (4,1 milliards en tout)
- La BCE serait remboursée des 6,7 milliards d’euros dus en juillet-aout

-> C’est une fuite en avant qui ne règle aucun problème au lieu de chercher une solution viable par une restructuration négociée de la dette !

Annuler la dette, c’est possible

Les solutions techniques existent et peuvent se cumuler :

- Annuler une partie de la valeur de la dette pour rendre la dette soutenable (un créancier raisonnable préfère être remboursé de la moitié de la dette que tout perdre)
- Décréter un moratoire pour repousser les remboursements à plus tard, le temps de reconstruire l’économie grecque
- Allonger la maturité (= la durée d’emprunt) pour étaler l’effort de remboursement dans le temps, par exemple sur 50 ou 100 ans
- Réduire les taux d’intérêts
- Indexer le remboursement sur la croissance comme le propose le gouvernement depuis le début

Est-ce que les Français vont payer pour les Grecs ?

L’argument revient en boucle dans la bouche des libéraux. C’est un mensonge.

1/ L’argent prêté à la Grèce jusqu’ici n’est pas allé dans les poches des Grecs. Il a servi à payer les créanciers de la Grèce en commençant par les banques privées françaises et allemandes en 2010-2011 puis le FMI et la Banque centrale européenne.
2/ Si la France est aujourd’hui exposée à la dette grecque, c’est parce que Nicolas Sarkozy et sa ministre de l’époque Christine Lagarde ont accepté que des fonds publics servent à racheter la dette grecque détenue par les banques privées ! Si quelqu’un doit payer aujourd’hui, ces banques doivent payer
3/ La renégociation de la dette grecque est le seul moyen d’éviter un défaut total de la Grèce
4/ En cas de défaut, on entend dire que chaque Français devrait 1000 voire 2000 euros, c’est faux
! L’argent prêté à la Grèce a déjà été emprunté, si la Grèce ne rembourse pas, la France devra seulement payer le service de cette dette comme l’explique très bien le journal économique La tribune dans cet article
5/ Une solution consisterait à faire racheter toute la dette grecque par la Banque centrale européenne à taux nul et à imposer à la BCE d’accepter un étalement dans le temps du remboursement. La dette grecque ne représente que 3% de la richesse de toute la zone euro : cette somme est tout à fait « digérable » par la BCE et l’économie européenne

Annuler la dette publique : même l’Allemagne l’a fait !

Aujourd’hui, le gouvernement allemand est intransigeant et arrogant face au gouvernement grec. Il est l’un de ceux qui refuse même la simple évocation d’une restructuration de la dette grecque. Pourtant, dans l’histoire l’Allemagne a fait défaut plusieurs fois sur sa dette.

C’était notamment le cas en 1953 :
Le 27 Février 1953,
la Conférence de Londres aboutit à l’annulation de près des deux tiers de la dette allemande (62,6%) par ses créanciers étrangers !
La dette d’avant-guerre est réduite de 22,6 milliards à 7,5 milliards de Marks
La dette d’après guerre est réduite de 16,2 milliards à 7 milliards de Marks
L’accord est signé entre la RFA et 22 pays créanciers. Parmi les 22 créanciers, on trouve les Etats-Unis, la Grande Bretagne, la France, mais aussi la Grèce !

-> La Grèce a accepté d’annuler une partie de la dette allemande ! Aujourd’hui, ce ne serait que justice que l’Allemagne accepte d’annuler une partie de la dette grecque.

Que l’Allemagne paye ses dettes de guerre !

Lors de la Deuxième guerre mondiale, les forces d’occupation nazies ont imposé le règlement par la Grèce du coût d’occupation.
Compte tenu de l’inflation depuis 1945, cela correspond a 160 milliards d’euros.
Le gouvernement allemand est le plus mal placé pour exiger que la Grèce paye une dette illégitime. Ou alors, il doit aussi payer les dettes de guerre à la Grèce ?

Et en France ?

Ce que propose L’humain d’abord, le programme du Front de Gauche et de son candidat commun Jean-Luc Mélenchon

« Nous agirons pour le réaménagement négocié des dettes publiques, l’échelonnement des remboursements, la baisse des taux d’intérêts les concernant et leur annulation partielle. Nous exigerons des moratoires et des audits sous contrôle citoyen. »



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