L'argument de la semaine

L’Irlande soumise à la recette grecque

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A

lors que le plan d'austérité appliqué en Grèce a aggravé la situation du pays, l'Irlande a annoncé un plan d'austérité en tous points similaire, pour obtenir une "aide" de 85 milliards d'euros de l'UE et du FMI. C'est une nouvelle démonstration de l'aveuglement des institutions européennes et du FMI à imposer des politiques qui échouent.
Cette austérité ne peut qu'aggraver l'asphyxie de l'économie irlandaise : baisse du PIB de 7,6 % en 2009 et chômage à 14 %.

Un plan pour sauver les banques

C'est un paradoxe : l'Irlande n'a pas de difficulté de financement à court terme (puisqu'elle n'a pas de problème de liquidité jusqu'en juin 2011) mais un plan d'aide a dû être annoncé en sa faveur pour calmer la spéculation sur les marchés liée au naufrage de son système bancaire.
Plutôt que de mettre en faillite une partie des banques et de faire payer la facture par leurs actionnaires, la faillite a été reportée sur l'Etat qui a endossé d'énormes efforts de renflouement bancaire : 50 milliards de recapitalisation et la récupération et garantie de 80 milliards de créances immobilières pourries qui plombaient les comptes des banques.
Les difficultés budgétaires de l'Irlande proviennent de la banqueroute de son secteur bancaire, dont le sauvetage a conduit à l'envolée du déficit public jusqu'à 32 % du PIB en 2010.
En plus des sommes déjà allouées aux banques, entre 20 et 40 milliards du plan d'aide européen de 85 milliards seront directement destinés à renflouer les banques.
Ces renflouements vont conduire à une nationalisation de la quasi-totalité des banques irlandaises.

Mais, comme pour la Grèce, l'UE et le FMI ont exclu pour l'instant toute restructuration de la dette irlandaise et donc toute mise à contribution des investisseurs privés (et donc des banques). Un défaut de paiement partiel et organisé aurait été beaucoup plus efficace et aurait permis de faire payer les marchés plutôt que la population qui est la principale victime du plan d'austérité.

Un plan qui frappe le peuple et pas les entreprises

Ce plan intervient après plusieurs autres plans d'économies déjà appliqués depuis 2008, ce qui suffit à démontrer l'inefficacité de telles mesures de rigueur pour relancer l'économie : de 2008 à 2010 le gouvernement a déjà supprimé 10 milliards d'euros de dépenses publiques, soit 8 % du PIB et supprimé 120 000 emplois publics sur 320 000.

Le Plan annoncé représente 15 milliards d'euros d'économies sur le dos de la population :

- hausse de la TVA de 21 à 23 % (même recette que la Grèce) mais refus de toute hausse de l'impôt sur les sociétés qui reste à 12,5 %
- baisse de 12 % du salaire minimum (passage de 8,65 euros de l'heure à 7,65 euros)
- réduction de l'indemnisation des chômeurs (considérée comme une "trappe à inactivité")
- baisse des dépenses sociales et de santé
- baisse de 10 % des salaires des fonctionnaires et de 6 à 12 % des retraites des fonctionnaires
- poursuite des suppressions d'emplois publics (25 000 sur2011-2013)
- hausse des droits d'inscription dans les universités

De la crise économique à la crise politique

Le plan d'austérité est soumis à la discussion du Parlement irlandais depuis mardi 7 décembre, alors que les conservateurs au pouvoir ne disposent que d'une faible majorité reposant sur 2 voix de députés indépendants. Le FMI et l'UE ont conditionné le versement de l'aide au vote définitif du budget qui ne devrait pas avoir lieu avant janvier 2011.
Le premier ministre irlandais a aussi envisagé une dissolution et des élections anticipées pour le début de l'année 2011. Les partis d'opposition ont d'ores et déjà indiqué qu'ils n'appliqueraient pas le plan d'austérité s'ils exerçaient le pouvoir. Signe de l'état d'insurrection civique dans lequel est plongé le pays, le parti au pouvoir n'obtient aujourd'hui que 13 % des intentions de vote contre 42 % des voix obtenues en 2007. Le Sinn Fein, seul parti de gauche à s'être opposé au Traité de Lisbonne, récolte 16 % des intentions de vote, contre 7 % des voix obtenues en 2007.
Déjà lors d'une élection législative partielle le 25 novembre dans le Nord-Ouest du pays (comté de Donegal), l'autre gauche représentée par le Sinn Fein l'a emporté en prenant à la droite ce siège de député.
 



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