Arguments

Ecole : le compte n’y est pas M. Hollande !

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A l’occasion de la rentrée scolaire, François Hollande et son gouvernement ont menti. Ils ont manipulé les chiffres pour faire croire que la promesse de créer 60 000 postes dans l’Education pendant le quinquennat serait tenue alors que seuls 4 000 postes d’enseignants titulaires ont été créés jusqu’ici.

Ce tour de passe-passe confirme le manque d’investissement et d’ambition pour l’école de la part du gouvernement. Cette rentrée se solde par la poursuite de la dégradation des conditions d’enseignement pour les professeurs et d’apprentissage pour les enfants. Les inégalités sont confortées faute de moyens et du fait d’une territorialisation plus grande des politiques d’éducation.

Créations de postes : le compte n’y est pas

Dans sa campagne présidentielle, François Hollande avait promis de créer 60 000 postes dans l’éducation.

Cet objectif était déjà insuffisant : Nicolas Sarkozy en a supprimé 80 000 entre 2007 et 2012 !

Il ne sera même pas atteint !

François Hollande comme la ministre de l’Education Najat Vallaud-Belkacem affirment avoir créés 35 200 postes depuis 2012.
Mais pour arriver à ce chiffre, ils sont obligés d’additionner des choux et des carottes :

  • 24 300 professeurs stagiaires (primaire, collège, lycée)
  • 4 130 professeurs titulaires (primaire, collège, lycée)
  • 3 150 autres personnels de l’Education nationale (pas des enseignants : personnels administratifs…)
  • 3 000 postes dans l’enseignement supérieur
  • 600 postes dans l’enseignement agricole

Comme on le voit, François Hollande n’a créé que 4 000 postes d’enseignants titulaires.

Le gouvernement s’abrite derrière 24 300 postes de stagiaires. Or :

1. Par définition, les stagiaires ne sont pas des titulaires. Ils sont en formation. Leur nombre ne peut donc pas être additionné avec celui des enseignants titulaires. La ministre elle-même l’a reconnu sur FranceInter lundi 31 août parlant même de « jeunes gens en scolarité, en quelque sorte, mais qui ont vocation à enseigner l’année prochaine ».

2. Les stagiaires ne sont qu’à mi-temps devant les élèves. 24 500 postes figurant au budget ne représentent ainsi que 12 150 postes à plein temps devant les élèves.

3. 24 300 stagiaires en 2015 ne donneront pas 24 300 titulaires de plus en 2016 :

  • Certains stagiaires ne seront pas titularisés à la fin de leur stage s’ils ne donnent pas satisfaction.
  • Surtout, l’essentiel des postes de stagiaire servira à remplacer des départs en retraites. Au moins 17 000 enseignants partent à la retraite chaque année. Le chiffre peut même atteindre 20 000.

Il n’y aura donc quasiment pas de créations « nettes » de postes de professeurs l’année prochaine : au mieux 7 000 (24 300 stagiaires – 17 000 départs en retraites).
Additionnés aux 4 000 postes déjà créés, on atteint péniblement 11 000 postes de titulaires créé entre 2012 et 2016, très loin dès 60 000 promis.

Notons enfin que le nombre de postes créés ne dit rien du nombre de postes réellement occupés : un certain nombre de postes créés restent vacants faute de candidats ou de lauréats au concours.

Cette politique n’est pas à la hauteur des exigences. Elle consiste à gérer la pénurie d’enseignants plus qu’à la faire disparaître.

Dans plusieurs académies comme la Seine-Saint-Denis, il manque de très nombreux enseignants devant les classes et les remplacements ne sont pas assurés correctement.

Il y a plus d’élèves par enseignant aujourd’hui qu’en 2005 et le rythme actuel de création de postes ne permettra pas de rétablir la situation. En effet, le nombre d’élève augmente lui aussi chaque année (+54 000 élèves en 2015, + 34 000 élèves attendus en 2016)

Ce manque de postes d’enseignants empêche un politique éducative ambitieuse :

  • Seul un tiers des 3 000 postes envisagés pour favoriser la scolarisation des enfants dès 2 ans a été créé
  • Moins de 2 500 des 7 000 postes destinés au dispositif « plus de maîtres que de classes » ont été créés.

Réforme du collège, rythmes scolaires : moins d’égalité, moins de gratuité

La réforme du collège entre en vigueur cette rentrée dans certains établissements avant d’être généralisée l’an prochain.

Elle menace l’égalité entre collèges et entre élèves.
- 20% des heures de cours seront désormais variables selon les collèges
- L’enseignement disciplinaire sera réduit au profit d’enseignements interdisciplinaires variables d’un établissement à l’autre.

Rythmes scolaires : encore moins de gratuité pour cette deuxième rentrée

Instaurée à la rentrée dernière, la réforme des rythmes scolaires prévoit que les enfants de la maternelle et du primaire terminent leurs journées de classes plus tôt l’après-midi et se voient ensuite proposer des activités périscolaires

  • Certaines communes ne proposent aucune activité périscolaire aux enfants
  • Selon l’Association des maires de France, les activités périscolaires sont payantes dans près d’une commune sur deux !
  • Des communes augmentent fortement les tarifs ou rendent payantes les activités face à la baisse des dotations de l’Etat. En effet, selon l’Association des maires de France, la réforme des rythmes scolaires coûte environ 1 milliards d’euros aux communes. L’Etat ne compense ce coût qu’à hauteur de 400 millions d’euros. Les communes n’ont donc pas d’autres choix que d’augmenter les tarifs, de réduire voire supprimer les activités proposés ou augmenter les injustes impôts locaux.

La baisse des dotations versées par l’Etat aux communes entraine aussi souvent des hausses des tarifs de cantines ou de garderie.

Précarité des profs, pauvreté des élèves

La rémunération des enseignants est gelée avec le gel du point d’indice qui sert de base au calcul du salaire des fonctionnaires pour la 5e année de suite.

Les mensonges d’Alain Juppé

Candidat à la primaire de la droite, Alain Juppé a décidé de parler de l’Education en cette rentrée.
Pour allécher les profs, il promet d’augmenter les professeurs des écoles (ceux du primaire) de 10%. Mais il oublie de dire qu’il supprimera des postes pour pouvoir y parvenir puisqu’il promet aussi de ne pas augmenter le budget actuel de l’Education nationale. Sa logique est de déshabiller Pierre pour habiller Paul : il veut aussi supprimer des postes des collèges et lycées pour les transférer vers le primaire !
Ses propositions montrent surtout qu’il ne connait rien à l’école. Pour « mettre le paquet sur l’école primaire », il propose d’obliger les enseignants à « être plus présents dans l’établissement ». Or, les professeurs des écoles sont déjà 27 heures par semaine devant les élèves sans compter le temps passés à préparer leurs classes ! C’est un record en Europe !

Précarité des enseignants

Selon une étude du ministère de l’Education publiée en mai 2015 sur les chiffres de 2013, on compte :

  • 7,5% d’enseignants précaires dans les collèges et lycées
  • 12% d’enseignants précaires dans les lycées professionnels

Avec des records atteignant :

  • 26% d’enseignants précaires parmi les enseignants de génie civil
  • 32% d’enseignants précaires en Guyane

Il n’est plus rare de voir des établissements scolaires recourir aux petites annonces pour remplacer des professeurs malades ou combler des postes vacants.

Le massacre en silence de l’enseignement professionnel
184 lycées professionnels ont été fermés depuis 2002

Dont 36 lycées professionnels fermés sous la présidence de François Hollande depuis 2012 !

Pauvreté des élèves

Un rapport de l’Inspection générale de l’Education nationale chiffre à 1 million le nombre d’élèves pauvres

Plusieurs témoignages de personnels de l’Education nationale évoquent les enfants faisant des réserves de pain le vendredi pour manger le weekend, ne ramenant pas les vêtements de rechange prêtés, n’étant pas couverts par une mutuelle voire sans assurance scolaire

Sans compter les bourses, les Fonds sociaux pour payer fournitures et aides sociales ont été divisés par 2 entre 2001 et 2013 pour les collégiens et lycéens.

  • Le rapport de l’Inspection générale de l’Education nationale préconise de revenir au niveau de 2001 (73 millions d’euros) : il manque 28 millions d’euros pour revenir au niveau de 2001 !
  • La ministre N. Vallaud Belkacem a seulement promis que le budget « progressera vers le montant de 70 millions, en fonction de l’évolution du contexte budgétaire »

Le gouvernement trouve 41 milliards d’euros pour le MEDEF mais pas 28 millions d’euros pour les élèves pauvres !

Quelques propositions pour l’Education

- Scolarité obligatoire de 3 à 18 ans (contre de 6 à 16 ans aujourd’hui),

- Droit à la scolarisation dès 2 ans

- Pré-recrutement des enseignements pour que ce métier reste accessible à tous les milieux sociaux

- Plan de recrutement dans l’Éducation nationale sous statut de la fonction publique d’État rétablissant, notamment, tous les postes supprimés depuis 2007.

- Elargissement de la gratuité : cantines, garderie, soutien scolaire, activités périscolaires…

- Revalorisation de l’enseignement professionnel avec en particulier une hausse de 50% de son budget.

- Défense de la laïcité : l’argent public doit financer seulement l’école publique et non les écoles privées, refus du prosélytisme religieux et patronal.

 

Pour aller plus loin :

- Retrouver le tract du Parti de Gauche sur la rentrée scolaire

- Commander en ligne le livre L’école du peuple écrit par Franois Cocq et Francis Daspe et paru aux éditions Bruno Leprince.



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