Dernière mise à jour : 29/01/2012 à 10h20

Paris Gare de Lyon – 9h00

Jean-Luc arrive seul, une liasse de journaux sous le bras. Peu à peu les membres de son équipe se rassemblent, la conversation s'engage : nous parlons surtout de la prestation de François Hollande qui la veille était convoqué au grand oral de David Pujadas, dans l'émission Des paroles et des actes. "Fade" : c'est l'impression générale laissée. Aujourd'hui, nous embarquons pour le forum Libé consacré au thème de la République, à Grenoble.

Paris Gare de Lyon – Voie B – 9h30

Le panneau digital indique la marche à suivre. Anticyclonique, l'air polaire qui maintient le ciel dégagé décline un froid mordant sur les quais de la gare, redoublant l'impatience des voyageurs. Nous sommes installés dans un carré près du bar : une agitation constante imprègne l'atmosphère. Discret, Jean-Luc épluche la presse, Libé, Les Échos, Le Monde…

Face à lui, François Delapierre, de bonne humeur, prend et ausculte un calendrier. Une réunion de travail s'engage concernant l'agenda du candidat, avec cette équation difficile à résoudre : comment satisfaire aux exigences du public, de la presse et des camarades locaux tout à la fois ? Optimisation du temps, qui file à rebours désormais. Alexis Corbière, prévu avec Jean Glavani et Valérie Rosso-Debord en début d'après-midi pour débattre de la laïcité, vient de temps à autre nous distraire. Sur la table, la belle tribune qu'il a signée dans Libé.

Arrivée à Grenoble – 12h40

Élisa Martin, conseillère régionale pour le Front de Gauche, nous accueille avec un grand sourire. Une centaine de mètres plus loin, nous voici attablés dans un restaurant isérois à discuter du programme de l'après-midi, qui commence par une visite du quartier de Villeneuve, en banlieue. Villeneuve, c'est ce quartier grenoblois qui avait fait parler de lui en juillet 2010 : un braquage qui tourne mal, un habitant du coin abattu par la police, trois jours d'émeutes. Puis le violent discours sécuritaire de Sarkozy, le fameux discours de Grenoble. Aujourd'hui, aucun politique sauf ceux du Front de gauche n'est admis dans la cité par les habitants.

Grenoble – Villeneuve

C'est en tram que nous nous y rendons. De nombreux jeunes gens reconnaissent Jean-Luc, laissent éclater leur enthousiasme : nous frôlons la cohue à chaque instant. Nous descendons devant un local du secours populaire. Les journalistes commencent à s'agglutiner, parfois sans égards pour les habitants en détresse, sillonnant un environnement qu'ils ont bien du mal à observer, à comprendre. Dans un local, des personnes vivant dans la précarité attendent silencieusement. La présence de Jean-Luc anime très légèrement leur visages qui retiennent encore des sourires timides, impressionnés. Une femme éruptive vient prendre un café, jette des mots hostiles vers les autres, insulte leur origine supposée dans une langue incohérente : la misère attise racisme et xénophobie, affaiblit les capacités psychologiques des individus, leurs facultés collectives, politiques. La précarité s'étale une nouvelle fois devant nous, dans sa violente tristesse. Avec humilité, nous apprenons, prenons note de la situation. Jean-Luc a des mots réconfortants pour chacun d'eux. Mais nous savons qu'il faudrait faire bien plus.

Grenoble – Villeneuve – 14h 48

Dehors, les barres colorées de Villeneuve nous surplombent. Nous nous rendons désormais dans une maison de quartier, des jeunes nous suivent amusés, leur comportement témoignent d'une certaine sympathie. Parfois, l'effervescence que provoque chez eux la présence des caméras se change en trubulence : il faut gérer, ce sont des éclats d'enthousiasme. Derrière les apparences parfois brutales du quartier, en regardant bien, on découvre dans cet espace qui semble si particulier aux autres une vitalité sociale et humaine réconfortante. Assis dans un petit amphithéâtre, Jean-Luc écoute avec intérêt le discours qu'a préparé la présidente de la régie de quartier : Marie-France Chomeque, qui lance un appel à l'aide au Front de gauche, dénonçant "les conditions de travail drastiques et insupportables" auxquelles ils doivent faire face, "émanation directe la politique du chiffre mise en place par le gouvernement, qui sans cesse réduit nos moyens et nous réclame plus de rendement". Et de conclure : "Ici, ce sont les gens, d'abord les gens". Après avoir pris la parole pour rendre hommage et encourager ceux qui soignent le lien social au plus près, Jean-Luc embrasse chaleureusement ses hôtes et repart : "Jean-Luc, c'est la mouche du coche. Il réveille les consciences et les maintient en alerte : sans cela, notre métier disparaît. Je le vois comme un contre-pouvoir indispensable", murmure alors Marie-France, avant de retrouver sa petite équipe, qui devise dans un bureau. La régie de quartier est une ancienne école primaire : elle en a gardé les naïves proportions et les couleurs élémentaires.

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Grenoble – Villeneuve – 15h17

La salle communale 150 est pleine à craquer. Les habitants de la cité sont venus en nombre assiter à cette réunion publique. Des affiches écrites à la main, sur lesquelles est annoncée la venue du Front de Gauche, égaient les murs sombres qui forment des galeries labyrinthiques sous les barres d'immeubles. Alors que Jean-Luc prend le micro, la salle commence à crier : "Résistance, Résistance, Résistance", encouragée par Jean-Luc qui, touché, encourage le mouvement. Le collectif Mounier est là, fier : ses membres ont réussi à annuler la suppression d'un lycée. " Je les aime bien, ce sont des têtes dures. Ils ont réussi à maintenir leur lycée ", flattera l'ancien professeur.

"Il était impensable pour moi de venir au Forum Libé sans passer vous voir, les amis", entame Jean-Luc sous une salve d'applaudissements. Il poursuit, ému : "En étant tous là, si nombreux, prêts à écouter, prêts à discuter, vous envoyez un message aux autres : pas à moi, aux autres. Un message de lien. Moi, je suis juste celui qui marche devant. Mais le pouvoir, c'est vous". Des voix d'enfants scintillent dans un coin. Jean-Luc parle alors de l'éducation, de l'importance des filières techniques et professionnelles, de la précarité, du travail et des salaires, toutes ces choses qui permettent de "réaliser ce à quoi nous aspirons tous : être à soi-même son propre maître". Dans les quartiers populaires aussi, on peut parler d'émancipation.

Il remet d'ailleurs les choses en place : " Les soixante mille postes que Monsieur Hollande va aller chercher dans d'autres services publics ne suffisent absolument pas : c'est encore 20 000 de moins que le nombre de postes supprimés par Nicolas Sarkozy pendant son quinquennat ! C'est une erreur terrible !". Il exhorte enfin la salle à se convaincre que la salut des enfants passe par l'école Républicaine, "à ne pas jeter des pierres sur l'éducation nationale", précisant le dessein néolibéral : "ils n'attendent que cela pour pouvoir la supprimer et réorienter les coûts de l'éducation de la collectivité vers l'individu".

Au premier rang, un élégant vieillard note soigneusement les paroles du candidat sur un carnet bien ordonné. Puis il prend la parole, quand vient son tour : " À Villeneuve, il y a de la souffrance. C'est une souffrance solidaire." Sa voix fatiguée dénote avec les idées fermes et les accents poétiques qui soutiennent son discours, face à Jean-Luc, dont le visage ému s'anime à chaque note. Le vieil homme sereinement se rassied, alors que déjà la parole s'éloigne, sillonne une salle impatiente… mais un instant encore Jean-Luc continue de contempler, admiratif, celui qui est venu tranquillement traduire l'existence de ses semblables en quelques mots. Les moments d'élégance véritable appartiennent parfois aux "milieux défavorisés".

Grenoble – Galerie de l'Arlequin

Nous gagnons ensuite la Galerie de l'Arlequin, pour une conférence de presse. Dehors, la frustration de ceux qui n'ont pas eu le temps de prendre la parole distille une amertume qui s'électrise : à l'intérieur, les regrets usuels d'une campagne qui ne laisse pas le temps de faire tout ce qu'on voudrait, tout ce qu'il faudrait. La nuit tombe et les néons éclairent ici et là la masse inintelligible des barres d'immeubles. Jean-Luc répond tranquillement aux journalistes, des jeunes, premières expériences dans la presse quotidienne régionale. Nous filons ensuite vers l'Espace 600, où nous attendent, au milieu de sculptures modernes, des camarades prêts à mener bataille pour les législatives : Renzo Sulli (maire d'Échirolles), Patrice Voir (président du groupe PC à Grenoble) et Nicole Varras. Bons mots, franches accolades, séance photo. Puis nous repartons, entre chien et loup, prendre le tramway pour le MC2 où se tient le forum Libération.

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Grenoble – MC2 – 17h45

Nous arrivons au MC2 et Jean-Luc profite de la réserve de temps qui lui reste avant son débat avec Nicolas Demorand (rédacteur en chef de Libération) et Maurice Szafran (rédacteur en chef de Marianne). Même si ce phénomène commence à se répéter, l'ovation qui attend Jean-Luc à chacune de ses apparitions nous surprend toujours : le public l'ovationne quand il prend place sur la scène, entouré des deux journalistes. Dans la salle, le même mot d'ordre se lève, un mot d'ordre qui nous dépasse : "Résistance ! Résistance ! Résistance !" scande une partie de la salle, comble. De nombreux spectateurs sont restés dans le hall d'entrée pour regarder le débat sur des écrans géants, faute de place. " Apparemment, j'ai des amis ici aussi", constate Jean-Luc en préambule, un sourire radieux sur le visage. Son bagout naturel, son aisance technique, ses dons d'orateurs, sa proximité politique avec l'audience : le candidat du Front de gauche a la partie facile. Devant une salle conquise, il revient sur sa rupture avec le PS, sur la révolution citoyenne qui gagne le monde, le capitalisme qui s'auto-détruit, la qualité de vie qui régresse, l'esprit républicain qui disparaît, le socialisme historique qu'on a failli perdre, le Front National qu'on banalise…

Grenoble – MC2 – 20h30

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La séance se termine, Jean-Luc quitte la scène sous un tonnerre d'applaudissements. Nous nous retrouvons dans un espace à l'écart pour une petite collation. À l'extérieur de la salle, assis sur deux chaises perdues dans le hall, la mine grise, deux journalistes du Petit Journal attendent que ça se passe… D'un seul coup, les voilà qui se lèvent et se précipitent vers nous, perches et caméras tendues : Jean-Luc sors du bâtiment et gagne la voiture qui l'attend sur le trottoir, une cinquantaine de mètres à peine, une fin de journée. Un grand moment d'information sans doute.

Grenoble – 21h00

Nous dînons dans un vaste restaurant, dans un complexe cinématographique. La salle est pleine d'adolescents, un vendredi soir sur la terre. La présence de Jean-Luc provoque une nouvelle fois des sourires admiratifs, que nous obervons de loin avec amusement et malice. Pendant que nous quittons la table, les plus téméraires d'entre eux se lèvent et viennent lui parler, une discussion sérieuse s'engage : Jean-luc ne s'arrête jamais d'échanger.

Grenoble – 23h00

Nous rentrons à l'hôtel, une nouvelle journée de campagne s'achève.

 

Le récit est de Clément Sénéchal, les photographies de Bruno Arbesu


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