Wikileaks et Julian Assange : pour la liberté d’informer

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Vendredi 24 août dernier, Julian Assange – cofondateur et porte-parole du site internet Wikileaks – est intervenu en direct par téléphone depuis l’ambassade d’Équateur à Londres pendant le discours de Jean-Luc Mélenchon en clôture du Remue-Méninges du Parti de Gauche. Julian Assange est ainsi revenu sur son combat et sur la situation actuelle de Wikileaks. Loin des fantasmes médiatiques dont il fait l'objet, nous rappelons ici les principales étapes de son combat.

Wikileaks, un lanceur d’alerte

Créé en 2006, Wikileaks est un site internet que l’on peut considérer comme un « lanceur d’alerte ». Wikileaks s’est en effet donné pour mission de publier divers documents qui jusqu’à présent étaient restés confidentiels. L’objectif de telles publications est annoncé dans la déclaration d’intention du site Wikileaks : « les principes généraux sur lesquels notre travail s'appuie sont la protection de la liberté d'expression et de la diffusion par les médias, l'amélioration de notre histoire commune et le droit de chaque personne de créer l'histoire. Nous dérivons ces principes de la Déclaration universelle des droits de l'homme. En particulier, l'article 19 inspire le travail de nos journalistes et autres volontaires »

Un site pirate ?

Julian Assange, le fondateur de Wikileaks et l’un de ses principaux porte-paroles est souvent décrit comme un « pirate informatique ». Il serait plus juste de le qualifier de « hacker ». Bien souvent, on cherche à assimiler le « hacker » à un « pirate informatique ». En réalité, le « hacker » est celui qui « bidouille » afin de maitriser le fonctionnement d’un système informatique. Le « hacker » est souvent capable de détourner un système informatique de sa fonction première mais c’est surtout un moyen de rendre l’informatique plus libre, de ne pas se laisser dominer par les grandes entreprises qui cherchent à verrouiller les systèmes informatiques où qui accumulent des informations sur les utilisateurs à leur insu.

Les actions de Wikileaks s’inscrivent dans le combat pour un monde informatique libre et contre une certaines formes de censures que les grands groupes cherchent à imposer. Le combat de Julian Assange et de Wikileaks découle directement du constat qu’il existe aujourd’hui une très grande asymétrie d’information entre les gouvernements et les peuples. Avec les moyens techniques d’aujourd’hui, les États cherchent de plus en plus à verrouiller une grande partie de l’information dont ils disposent.

En défendant Wikileaks, il s’agit de lutter pour la mise en place d’une nouvelle ère informationnelle et citoyenne permise notamment par les outils informatiques libres, à l’opposé des systèmes d’information contrôlés par les gouvernements et les grands groupes.

Les révélations permises par Wikileaks

  • En octobre 2010, Wikileaks a mis à disposition des journalises plus de 400 000 notes de l’armée américaine sur la situation réelle en Irak. On y découvre alors les horreurs de la guerre menée en Irak et notamment le fait que les États-Unis minimisent dans leur communication officielle le nombre de victimes civiles.
  • Wikileaks a également révélé le « manuel des opérations courantes au Camp Delta » de Guantanamo et a ainsi confirmé les méthodes de tortures qui y sont employées. 
  • Mais la grande affaire révélée par Wikileaks est celle que l’on a appelé le « cablegate », c'est-à-dire la diffusion de télégrammes de la diplomatie américaine. 250 000 câbles diplomatiques ont ainsi été publiés en association avec des journaux comme The Guardian, The New-York Time, Der Spiegel ou encore Le Monde. On y découvre les coulisses de la diplomatie américaine et comment les États-Unis d’Amérique s’acharnent à préserver leur statut de puissance dominante et impériale.

Le blocage des comptes

Malheureusement, lorsque l’on ose dévoiler au grand jour les pratiques de la diplomatie américaine, les répercussions peuvent être lourdes de conséquence.

Ceux qui veulent faire taire Julian Assange ont réussi à faire en sorte que les comptes bancaires permettant de financer le site Wikileaks soient bloqués. Ainsi, Paypal, Visa et Mastercard ont tout simplement bloqués les dons effectués à Wikileaks. Jugeant les activités de Wikileaks trop dérangeantes, ces entreprises ont décidées d’elles-mêmes la suspension des comptes. Cela signifie qu’aujourd’hui, des banquiers tentent de prendre la place des juges et s’octroient le droit de considérer certaines actions comme illégales sans même attendre une condamnation de la justice.

Julian Assange et la justice suédoise

Quelques jours après qu’ait commencé la diffusion des télégrammes diplomatiques, Julian Assange était arrêté à Londres suite à un mandat d’arrêt international émis par les autorités suédoises. Contrairement à ce qui a pu être annoncé dans certains médias, il faut rappeler Julian Assange n’a pas été inculpé pour viol par la justice suédoise mais que cette dernière souhaite entendre son témoignage après deux plaintes déposées. Le site Mediapart a mené une enquête très fouillée qui montre que ces plaintes ne concernent nullement un viol mais un refus d'emploi de préservatif dans des relations consentantes.

Julian Assange n’a d'ailleurs jamais refusé d’être entendu par la justice suédoise. Mais de part ses activités au sein de Wikileaks, il souhaite obtenir certaines garanties de la part du gouvernement suédois et notamment l’assurance qu’il ne sera pas extradé vers les États-Unis.

En effet, la loi étasunienne prévoit que tout dévoilement d’informations secrètes qualifié de crimes d’espionnage est passible de la peine de mort ou d’emprisonnement à vie. Les menaces pesant sur Julian Assange sont loin d’être hypothétiques puisqu’un Grand jury a d’ores-et-déjà été convoqué afin de travailler sur l’ouverture d’un procès. Les craintes d’un procès expéditif sont renforcées par le fait qu’un tel procès aurait lieu devant une juridiction militaire d’exception.

La situation actuelle de Julian Assange

En juin 2012, face aux risques encourus Julian Assange a trouvé refuge dans l’ambassade d’Équateur et y a déposé une demande d’asile politique. Sa demande a été acceptée au mois d’août. Mais les anciennes pratiques ont la vie dure et certains pays comme le Royaume-Uni continuent à vouloir se placer au-dessus du droit international devant ceux qu’ils considèrent comme des « petits pays ». Ainsi, la veille de l’acceptation de la demande d’asile politique par l’Équateur, le Royaume-Uni avait officiellement menacé d’entrer par la force dans l’Ambassade de l’Équateur violant ainsi le principe de la Convention de Genève de 1961.

Depuis, l’ambassade d’Équateur et Julian Assange sont littéralement assiégés. Scotland Yard a déclaré à la presse dépenser 65 000 € par jour et mobiliser 50 personnes pour surveiller l’ambassade de l’Équateur. Le pays qui a laissé partir Augusto Pinochet refuse aujourd’hui de laisser partir Julian Assange en Équateur, pays qui a eu le courage de lui accorder l’asile politique.

Aujourd’hui, les défenseurs de la liberté d’expression, de la presse et de la justice doivent soutenir le combat de Julian Assange et de Wikileaks. Il faut exiger :

  • la fin du blocage des comptes bancaires de Wikileaks
  • le respect du droit d’asile accordé par l’Équateur à Julian Assange
  • la garantie que la Suède refusera toute extradition vers les États-Unis afin que Julian Assange puisse être entendu par la justice suédoise


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