L'argument de la semaine

Sanofi-Aventis

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L'entreprise SANOFI-AVENTIS est la première entreprise du CAC 40 et ses bénéfices en 2009 était de 8,5 milliards d'euros. Elle a pourtant supprimé 3000 emplois en 2008-2009.
Les employés et les syndicats se battent depuis plusieurs mois contre les projets de restructuration de l'entreprise.
Le 17 août ils ont obtenu une victoire : le tribunal de Nanterre à annulé le plan de restructuration de l'entreprise, soulignant l'"insuffisance" et l'"irrégularité" de la procédure d'information-consultation" initiée le 31 mars 2010.
La première entreprise du CAC 40 était donc hors la loi !

1ère entreprise du CAC 40

Sanofi-Aventis est le 4e laboratoire pharmaceutique au monde et le premier laboratoire pharmaceutique français avec 28.000 salariés.
Il est issu de la fusion, en 2004, du groupe français Sanofi-Synthélabo et du groupe allemand Aventis.
Son chiffre d'affaires était en 2009 de 29 milliards d'euros (soit + 6,3 % par rapport à 2008).
Le prix de l'action du groupe a augmenté de 18,2 % et les dividendes des actionnaires de 9,1% en un an.

Le résultat annuel de Sanofi a été dopé par la vente record de vaccins avec l'épidémie de grippe A. Les commandes de vaccins antigrippaux (H1N1 et grippe saisonnière) se sont élevées à plus de 1 milliard d'euros, soit une hausse de 46 % par rapport à 2008.
Le groupe réalise aussi de beaux profits sur l'activité santé grand public (les médicaments sans ordonnance comme le Doliprane).

Une stratégie au détriment des salariés, de la recherche et de la santé

Depuis des années, les laboratoires de Sanofi n'ont pas produit de véritables innovations thérapeutiques. Or ils doivent faire face à l'arrivée à expiration des brevets de nombre de leurs produits phares, les fameux "blockbusters" (médicaments au chiffre d'affaires supérieur au milliard de dollars), qui tombent alors dans le domaine des génériques, vendus moins chers.

Pour parvenir à afficher les mêmes chiffres d'affaires dans les années à venir, la multinationale française, tout comme la dizaine de groupes qui dominent le marché mondial, s'est attelée à l'invention d'un nouveau « modèle économique ».
Le projet de réorganisation "transforming" vise à réaliser 2 milliards d'euros d'économies d'ici 2013 :

  • investissement dans les génériques (Sanofi a racheté des sociétés de génériques en Tchéquie, au Brésil, au Mexique)
  • pression maximum sur les coûts

Sanofi licencie : 3000 emplois ont été supprimé en 2009-2010, dont 1 300 dans le domaine de la recherche. En 2010, les salaires augmenteront seulement de 1,2 % (contre + 9,1 % pour les dividendes des actionnaires).

  • cession de sites de production
  • externalisation de la recherche : jugée trop coûteuse c'est elle qui est frappée en premier.

Sanofi prévoit de fermer 8 sites de recherche, dont 4 en France et le reste au Royaume-Uni, Espagne, Japon et Etats-Unis. L'entreprise cherche des partenariats avec des structures publiques pour transférer une partie des risques financiers.
 « Il n'y a aucune mesure entre le coût de la recherche externe, qui bénéficie des aides publiques et gouvernementales, et celui de l'interne, où nous prenons tout en charge », selon le responsable de la R&D de Sanofi-Aventis.

Sanofi ne veut pas investir dans la recherche mais dépense sans compter pour multiplier les acquisitions : 8,5 milliards pour les opérations réalisées depuis 2008.
Les objectifs qui devraient primer dans ce secteur (réponse aux attentes thérapeutiques insatisfaites, mise à disposition des traitements à prix accessibles partout dans le monde) sont relégués au second plan au bénéfice de la plus value des actionnaires.

Depuis février 2008 les proches du patron « historique », Jean-François Dehecq ont quitté l'entreprise et ont été remplacés par un nouveau « staff » au profil plus international, sous la direction de Chris Viehbacher (ancien directeur de GSK, laboratoire pharmaceutique américain). On a ainsi vu Jérôme Contamine (venu de Veolia) prendre la place de Jean-Claude Leroy aux finances, Roberto Pucci (ex-Fiat) gérer les ressources humaines à la place de Gilles Lhernould et Laure Thibaud (une fidèle de l'époque GSK) remplacer Michel Labie à la communication.
 « Chris Viehbacher parle la langue de la communauté financière et s'emploie à gommer l'aspect franco-français de l'entreprise. Il plaît aux marchés, surtout lorsqu'il parle de baisse drastique des coûts. Il suffit de suivre le cours de l'action », observe un professionnel de la communication. De fait, en un an, le titre a gagné près de 16 % à la Bourse de Paris, alors qu'il avait perdu 38 % l'année précédente.

Sarkozy encourage cette stratégie de l'industrie pharmaceutique dont Sanofi-Aventis est l'exemple emblématique

Le 26 octobre 2009, le Conseil Stratégique des Industries de Santé (CSIS), réunissant les dirigeants des principaux groupes pharmaceutiques français, était reçu à l'Elysée.

"Les revenus de vos entreprises vont baisser de 20, 30 ou 40%" a déclaré Nicolas Sarkozy, devant les patrons du CSIS. Pour le président, cette "chute historique" est exclusivement due à la "générication" des médicaments.

Plusieurs mesures vont subventionner l'industrie pharmaceutique :

  • création d'un fonds d'investissement dans les biotechnologies de la santé doté d'emblée de 130 millions d'euros et financé pour moitié par l'Etat.
  • la suppression de la taxe professionnelle allègera de 16% les charges des entreprises du secteur
  • le Crédit impôt recherche réformé en 2008 et reconduit pour 2010 permettra aux entreprises de se voir rembourser 30% de leurs dépenses de recherche et développement (R&D)
  • "l'emprunt national pourrait financer certains investissements", notamment la création d'instituts hospitalo-universitaires en partenariat avec le privé.

Cinq de ces établissements seront d'ailleurs labellisés en 2010 (exactement le nombre de firmes représentées au sein du Conseil stratégique surnommé G5 par ses membres : Sanofi-Aventis, Pierre Fabre, Servier, Ipsen et le Laboratoire de fractionnement des biotechnologiques).

En France, la part de la recherche est passée de 2,24% du PIB en 2002 à 2,02% en 2008, selon l'association "Sauvons la recherche". Les pouvoirs publics poursuivent "la simplification de l'organisation de la recherche en Sciences de la Vie et de la Santé et leur effort de soutien public aux projets de recherche partenariale dans le domaine de la santé".

>>  assèchement des financements de la recherche publique française pour mieux la contraindre à accepter des partenariats public-privé.



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