L'argument de la semaine

Non à la délocalisation du Thé Eléphant

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00Lundi 20 juin, Jean-Luc Mélenchon a tenu à passer sa première journée de candidat du Front de Gauche à la présidentielle avec les ouvriers de Fralib en lutte à Gémenos prés de Marseille pour défendre l'usine qui fabrique les infusions Eléphant et les thés Lipton pour le groupe Unilever. Voici une présentation des enjeux de cette lutte contre une délocalisation absurde.

Thé Eléphant : une grande marque française prise dans l'empire Unilever

La marque Thé Eléphant, un des fleurons actuels du groupe britannique Unilever, est le résultat de plus d'un siècle de développement industriel et de travail dans la région marseillaise. Grâce à Thé Eléphant et à son autre marque Lipton, Unilever contrôle 65 % du marché mondial du thé.

Créé à Marseille en 1892 de manière d'abord artisanale, Thé Eléphant industrialise rapidement sa production et ouvre en 1927 sa grande usine historique à Marseille, avenue Camille Flammarion dans le 4ème arrondissement. Cette usine emploiera jusqu'à 400 personnes dans les années 1960.
Afin de poursuivre son développement, Thé Eléphant s'ouvre à des investisseurs, avec la prise de contrôle par le groupe Ricard en 1969.
En 1972, Thé Eléphant est racheté par le groupe anglo-saxon Unilever. Celui-ci crée une filiale, Fralib, dédiée à la production de thé qui comptera jusqu'à 3 sites de production en France : Poitiers, le Havre et Gémenos.

Afin de moderniser et développer la production, Unilever transfère en 1989 la production de Marseille (fermeture de la vieille usine) à la zone de Gémenos. Ce transfert s'effectue avec d'importantes aides publiques locales, dans le cadre de la reconversion des chantiers navals de la Ciotat qui étaient implantés à Gémenos. L'usine de Gémenos produira ainsi jusqu'à 2 milliards de sachets de thé par an.

Unilever : l'empire des produits de grande distribution

Unilever est le 3ème groupe mondial de produits de consommation courante. 150 millions de personnes consomment chaque jour des produits Unilever.
La firme possède un immense portefeuille de marques : glaces (carte d'Or, Miko, Magnum, Ben and Jerrys), lessives (skip, omo, CIF etc), hygiène (Dove, Axe, Signal etc), alimentaire (Knorr, Amora, Alsa, Lipton, Thé éléphant) etc

La firme connait une croissance soutenue depuis 10 ans et une rentabilité éclatante :
- 44 milliards d'euros de chiffre d'affaires 2010
- 4,6 milliards d'euros de bénéfices 2010

Unilever, roi du dumping et des licenciements boursiers

Afin d'accroitre sa rentabilité, Unilever est lancé depuis 2000 dans une course à la réduction des coûts, grâce à des plans de délocalisation et d'externalisation.
Unilever est aussi expert en dumping fiscal : il utilise en France le système des "prix de cession" qui permet, via d'habiles facturations entre filiales, de dégonfler artificiellement le bénéfice imposable d'un groupe. Via une structure suisse, Unilever économise ainsi 60 millions d'euros par an en impôts français.

247 000 salariés en 2000 -> 167 000 en 2010
= soit une baisse de 33 % des effectifs en 10 ans

Un premier plan de restructuration 2000-2007 a supprimé 53 000 emplois dont 4 500 en France.
Un second plan lancé en 2007 prévoit la suppression de 20 000 emplois supplémentaires.

Plusieurs sites de production rentables sont touchés en France :
- 2008 : 250 salariés licenciés à l'usine Miko de Saint-Dizier (Haute Marne). Alors que l'usine était bénéficiaire.
- 2008 : fermeture d'une usine Amora à Dijon, 300 salariés licenciés (usine bénéficiaire de 25 millions d'euros en 2007)
- 2010 : annonce par Unilever de la fermeture de Fralib Gémenos et de la délocalisation de la production en Belgique et en Pologne

La liquidation de Fralib à Gémenos

Fralib, la filiale Thé d'Unilever, comptait 650 salariés en 1997 sur 3 sites de production en France à Gémenos, Poitiers et au Havre. En 2010 seul le site de Gémenos subsistait avec 182 salariés. L'usine du Havre a fermé en 1998 (150 emplois supprimés) et une cinquantaine de ses salariés ont alors accepté de venir travailler à Gémenos en abandonnant leur vie au Havre. Pour eux, la fermeture de Gémenos sonne comme un cauchemar à répétition.

La direction d'Unilever a annoncé en septembre 2010 la fermeture de l'usine de Gémenos et la suppression des 182 emplois.

Cette décision de fermeture a été suspendue en février 2011 par la justice pour justification insuffisante et défaut d'information du Comité d'entreprise : le motif économique de la fermeture est en effet douteux puisque l'usine est rentable. Le plan social proposé par Unilever a aussi été annulé par la justice pour insuffisance compte tenu de la taille du groupe et de ses moyens financiers. Les reclassements proposés sont en effet très limités (par exemple seulement 2 postes de techniciens de maintenance proposés pour 46 suppressions).

Faute de nouvelle information plus significative et d'amélioration réelle du plan social, les syndicats ont à nouveau saisi la justice en référé. La décision est attendue le 29 juin.

Le projet de reprise par les salariés en coopérative se heurte à Unilever

L'usine est rentable et dispose de son propre marché en France puisque 70 % de la production est vendue en France (les 30 % restants en Europe).

Les salariés de l'usine de Gémenos ont une forte productivité : leurs salaires ne représentent que 15 centimes d'euros sur une boite de thé vendue autour de 2 euros, soit à peine 7,5 %.
Le PDG mondial d'Unilever a un salaire annuel qui représente la moitié de la masse salariale totale des 182 salariés de Géménos.

Avec le soutien de la région, les salariés, encadrement compris, ont proposé de reprendre l'activité en coopérative. Unilever s'y oppose catégoriquement et refuse de céder la marque Thé Eléphant.

Des propositions pour répondre à la situation :

  • Interdire les licenciements boursiers et empêcher les délocalisations :
    • - interdiction des licenciements dans les entreprises bénéficiaires
    • - droit de véto suspensif des représentants du personnel en cas de fermeture/délocalisation
    • - droit de reprise de l'activité par les salariés en coopérative, avec soutien juridique et financier public
    • - mise sous séquestre des savoirs faires ou outils de travail stratégiques, dont la délocalisation ferait perdre son autonomie de production à la France / l'Europe
  • Taxer les importations pour relocaliser l'activité :
    • - taxation dissuasive en France des importations réalisées par des entreprises délocalisatrices (annuler l'avantage de coût lié à la délocalisation)
    • - taxation européenne des importations en fonction des distances parcourues (taxe kilométrique pour inciter à la relocalisation)
    • - bouclier douanier selon le contenu écologique et social des produits

 



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