16mai 12

PARIS – Jean-Luc Mélenchon, venu mercredi au Palais de justice de Paris soutenir des ex-ouvriers de l'usine Samsonite d'Hénin-Beaumont, a dénoncé les "ravages sociaux" du "capitalisme financier", ainsi que Mitt Romney, fondateur du fonds d'investissement ex-actionnaire du bagagiste américain.

Debout près de la porte, silencieux, le chef du Front de gauche a écouté une heure les débats devant la cour d'appel de Paris, lui qui est candidat aux législatives à Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais) face à la présidente du Front national Marine Le Pen (FN).

Mais en dehors du Palais, il ne s'est pas privé d'évoquer "l'irresponsabilité sociale et industrielle du capitalisme financier" qui se moque "de ce qu'il produit". "Tout ce qui compte pour lui, ce sont les actifs, la trésorerie. Le capitalisme industriel se contentait de pomper le capital humain… Le capitalisme financier, c'est comme le parasite du parasite!", a-t-il dit.

En 2005, le bagagiste américain Samsonite avait cédé son usine d'Hénin-Beaumont à des repreneurs. Le site devait se reconvertir dans la fabrication de panneaux solaires mais aucun n'avait été produit. Deux ans plus tard, l'entreprise était liquidée et les 205 salariés sans emploi.

Le tribunal correctionnel de Paris a condamné en 2009 trois repreneurs à de la prison ferme pour avoir sciemment provoqué la faillite de l'entreprise en détournant 2,5 millions d'euros. La cour d'appel les rejuge cette semaine.

Pour M. Mélenchon, "c'est toujours la même histoire: on juge les repreneurs, exécuteurs des basses oeuvres qui ont pris leur part, mais jamais ceux qui sont derrière!"

Il s'en prend à l'Américain Mitt Romney, multimillionnaire en tant que fondateur du fonds Bain Capital, ex-actionnaire de Samsonite: "c'est symbolique que l'actionnaire du fonds venu égorger l'entreprise soit le (probable, Ndlr) candidat républicain à la présidence américaine !", a-t-il accusé.

L'avocat des ex-salariés, Me Fiodor Rilov, bondissant devant les magistrats, a plaidé pour "qu'on ne se contente pas de condamner les exécutants".

"Samsonite avait été acheté 11 millions de dollars. Trois ans plus tard, il a été revendu 1,8 milliard de dollars (…). Entre temps, on avait réussi à sortir du groupe l'usine d'Hénin-Beaumont et ses salariés", a affirmé Me Rilov.

"Si Samsonite ne s'était pas comporté comme un voyou, n'avait pas organisé la ruine de cette entreprise (…), le groupe aurait dû payer des indemnités de licenciement aux salariés et provisionner pour cela 100 millions de dollars aux Etats-Unis", a-t-il soutenu.

Outrés, les avocats de Samsonite ont répliqué que le groupe, "partie civile", était une "victime", "son image de marque ayant été traînée dans la boue".

Fin 2004, "Samsonite cherchait à céder ce site en surcapacité mais n'avait aucune volonté de le fermer", ont-ils assuré. Les repreneurs avaient semblé "convaincants", "avec une grande expérience" et leur projet de reprise "faisable et rentable", a plaidé Me Jean-Jacques Touraille.

Me Vincent Asselineau a cité une expertise selon laquelle "le coût des licenciements n'aurait été que de 5 à 6 millions d'euros si Samsonite avait décidé de fermer le site, ce qui n'était absolument pas le cas".

Me Rilov a assuré qu'un autre épisode judiciaire se jouerait devant la "Federal district court" de Boston (Etats-Unis) pour "demander réparation des fautes commises" par Bain Capital. "Un juge est saisi. Nous avons échangé des conclusions substantielles avec nos adversaires de Bain Capital", a-t-il dit à l'AFP. "On ne va pas fantasmer pendant des heures sur le gros capital américain", a répliqué Me Asselineau.

Ancienne ouvrière de 59 ans, Renée Ponthieu assurait qu'elle irait bien jusqu'à Boston: "C'est notre fierté de mener jusqu'au bout le combat judiciaire". "Pas mal d'anciens salariés ne s'en sortent plus, il y a même une personne SDF", a-t-elle glissé.



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