On peut dire que je m’y traine. Aller à Bruxelles un onze novembre pour écouter les sornettes convenues sur la chute du mur de Berlin, entendre les blablas sur les attributions des marionnettes du traité de Lisbonne que sont le futur président, le haut délégué machin international et autres tartuferies de l’Europe néolibérale, tout cela m’écœure. D’autant plus et justement parce que c’est le onze novembre. Les apatrides atlantistes qui gouvernent les institutions européennes convoquent pour la deuxième fois le parlement un jour de fête nationale française. Et alors même que ces célébrations ont un sens européen extrême et même fondateur.Ce fut le cas déjà le 14 juillet, fête la révolution française de 1789 qui selon le poète allemand Goethe «ouvrit l’ère moderne». Qui peut ne pas se sentir concernés comme européen par la célébration du quatorze juillet français ? A part le Vatican et les monarchistes ? De même pour le 11 novembre. Cette date célèbre le cessez le feu et la fin de la plus grande tuerie de l’histoire humaine. Et la fin victorieuse d’un conflit contre le pangermanisme qui a valu trois guerres au continent. Les mickey de l’eurodisneyland ne doivent pas le savoir et penser que la première guerre mondiale a été un malentendu à la fin d’une réunion d’eurocrates pour fixer la taille de la cage des poules en Europe. Trois guerres contre le pangermanisme, trois guerres provoquées par les compétitions libre et non faussées entre capitalisme nationaux, des millions de morts, des millions de blessés, des milliards de destruction, la Shoa, tant de meurtres industrialisés dont la matrice est dans la guerre de 1914, c’est le sens de tout cela qui est contenu, d’une façon ou d’une autre, dans la célébration du cessez le feu du onze novembre !
Deux lieux, deux célébrations, deux significations. Nous avons fait l’Europe pour dire : plus jamais la guerre, vive la paix ! Eux la font pour dire : plus jamais le socialisme, vive le marché ! Entre le monument aux morts de ma commune en Essonne auquel je n’ai jamais manqué sauf les fois où mes fonctions m’appelaient à l’Arc de Triomphe, et le Parlement européen où la chute du mur est un prétexte de plus pour la célébration de l’idéologie du marché et de sa prétendue liberté, mon cœur et mon esprit sont parmi les nôtres, ceux qui après qu’on leur ai tué Jaurès, ont fait leur devoir de pauvres diables mourant par millions « au champ d’horreur » comme l’a chanté Jacques Brel et à qui nous devons un devoir de fidélité. Et parmi ces devoirs il est bon de se souvenir d’une part que la révolution de 1917, fut une réponse populaire pour tourner la page du système qui provoquait ces boucheries et d’autre part que si les soviétiques étaient a Berlin, c’est par ce qu’ils ont d’abord deux dizaine de millions de morts pour chasser de chez eux et du pouvoir les nazis allemands, lettons et autres qui les avaient envahi et martyrisé de sorte que notre liberté en est l’héritière avant de l’être, dans le temps, de la chute du mur.
164 commentaires à “11 Novembre: deux lieux, deux célébrations, deux significations”
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11 novembre 2009 à 16h01
Bonsoir Jean-Luc,
J’ajoute que concernant les commémorations du 11 novembre, l’ordre donnée par sa majesté de transformer celles-ci en « célébration de l’amitié et de la réconciliation franco-allemande » apparaît comme une tartufferie de plus (j’aime bien ce mot !).
Pour reprendre les paroles de l’excellent historien Marc Ferro : c’est comme s’il avait fallu attendre notre temps pour ce réconcilier avec les Allemands. Utiliser la date de la fin de la Première Guerre mondiale pour cela est aussi aberrant que d’utiliser la commémoration du 18 juin (1815, bataille de Waterloo, pas 1940 !) pour célébrer l’amitié et la réconciliation franco-britannique.
J’ajoute qu’au moment où, voulant manifestement poser aux côtés des couples de Gaulle-Adenauer à Reims en 63, Mitterrand-Kohl à Verdun en 84, sa majesté veut faire un grand geste avec madame Merkel devant l’Arc de Triomphe dans une vision européenne de l’évènement, le même lance le pays dans un débat sur une question identitaire strictement nationale à l’odeur frelatée.
De l’art de ne pas avoir de vision claire…
Amitiés
Franck
11 novembre 2009 à 16h09
« Qui peut ne pas se sentir concernés comme européen par la célébration du quatorze juillet français ? A part le Vatican et les monarchistes ? »
Ben justement : « Les apatrides atlantistes qui gouvernent les institutions européennes »
On se rappelera que la constitution européenne, rejetée en 2005 par les urnes et revenue par la fenêtre d’un Congès à Versailles (tout un symbole – monarchiste) voulait inscrire dans le marbre que l’Europe était chrétienne ET libérale.
11 novembre 2009 à 16h11
http://himmelweg.blog.lemonde.fr/files/2007/04/tranchee_14-18.1176636140.JPG
11 novembre 2009 à 16h16
J’ai apprécié une fois de plus ce style bref et réaliste que vous savez bien manier.
Et maintenant, J-L M, il nous faut démonter l’atlantisme, qui est un carcan, un joug qui asservit cette partie de l’Europe qui se prétend unie.
Première étape : faire triompher la Gauche dans un nombre suffisant de pays de
cette europette de plus en plus grotesque, pour mener la suite à bien.
Deuxième étape : abolir l’OTAN.
Troisième étape : rapprochement avec la Russie pour réaliser une grande Union Européenne et Sociale.
11 novembre 2009 à 16h24
A Liège, nous ne célébrons plus la fête nationale , le 21 juillet, qui pour les Wallons est devenu un jour chômé comme le dimanche.
Mais le 14 juillet est commémoré par un grand feu d’artifice organisé par la Ville.
Et toutes les joyeusetés qui s’ensuivent nous font souvenir de la signification
républicaine de cette date.
11 novembre 2009 à 16h29
@ Pierre L
La chanson de Craonne :
http://fr.wikipedia.org/wiki/La_Chanson_de_Craonne
11 novembre 2009 à 16h34
1917 « réponse populaire », je m’interroge quand même, la révolution bolchévik n’a rien de « populaire », elle est le fait d’un petit groupe d’hommes
11 novembre 2009 à 16h40
Je peux lire très bien les textes de JLM (très bien); par contre, les commentaires sont quasi-illisibles (écritures superposées) depuis la nouvelle version; suis-je le seul?
11 novembre 2009 à 16h41
Le mois de novembre se prête particulièrement à ce genre de commémoration, si l’on veut s’en imprégner, rien de plus facile avec ce temps maussade, humide, le ciel si bas, la boue qui se colle à vos chaussures, le sourire de Sarkozy, le front qui tergiverse. Des millions de personnes sont mortes sans savoir réellement pourquoi; par respect pour les massacrés de l’absurde et pour les générations futures, il faut bâtir ensemble, tous ensemble, l’Europe sociale, l’Europe des peuples.
11 novembre 2009 à 16h42
J’ai été surpris par la fermeture des commentaires du billet précédent… Dommage pour mon (long) commentaire qui s’est donc perdu dans les méandres de l’internet. Je le résumerai juste en disant que j’y affirmais mon accord avec les derniers commentaires : il faut positiver et faire que le rapport de force soit indiscutablement en notre faveur. Seuls, aucune composante de l’autre gauche ne peut espérer faire un score au-delà de 10% (soyons fous). Unis, on peut espérer dépasser cette barre et peser suffisamment pour devenir des acteurs du changement.