A 21 heures passées. J'augmente cette publication d'un chapitre, saisi à chaud, juste après le résultat de l'éléction municipale partielle d'Aix.
Il est possible qu'il y ait encore quelques lecteurs pour ce blog. Je leur livre l'avant dernière note de la saison. En effet je sais qu'il faut entrer en congé comme on entre dans l'eau: doucement et avec des transitions. Je coupe donc les ponts avec méthode, point après point. FRONT BLANC
Cette fois ci c’était le deuxième tour de l’élection municiale à Aix en Provence. C’est peu dire que du point de vue de quelqu’un de gauche, la confusion s’est accrue de plusieurs crans entre les deux tours. Car cette fois ci la liste PS Modem, augmentée au deuxième tour des Verts et Occitans, a reçu le soutien de la liste de droite dissidente. Ce renfort a été officiellement consacré par une conférence de presse commune entre quelqu’un qui se présentait comme « membre fondateur de l’UMP » et la tête de liste socialiste ! Sur place, mes amis de la liste unitaire « Aix à gauche », éliminés au premier tour avec 4,21 % des voix, ne se sont pas engagés au-delà d’une condamnation de la liste de droite sortante. On leur a reproché de ne pas appeler à voter ouvertement pour la liste conduite par le socialiste. Je demande comment ils auraient pu le faire ! Au nom de quoi auraient-ils pu se prononcer pour une liste PS-Modem soutenue par une dissidence de droite ? "Pour battre la droite", nous a-t-on rugi aux oreilles ! De quelle droite parle-t-on ? Qui est de droite et qui ne l’est pas dans cette histoire confuse ? Il y a une bonne droite et une mauvaise ? Pourquoi aurait-il fallu faire une exception nationale à notre refus de ce type d’alliance, ici, pour une partielle dans un quartier bourgeois de la côte ? Pour l’entendre ensuite cent fois citée comme juriprudence partout ailleurs en soutien à d’autres combines aussi calamaniteuses ? Pas question ! La prudente réserve de nos amis ici a été un honnête réflexe de précaution politique. Et un acte politique responsable si l’on tient compte du fait que l’évènement local de leur ralliement aurait été destructeur nationalement pour le rassemblement que nous construisons avec des précautions de chauffeur dans un camion chargé de nitroglycérine ! Bonne prudence ! D’autant que depuis le début de cette élection il y a manœuvre dans la manœuvre. De fait les socialistes locaux s’apprêtaient à faire de nouveau, comme aux précédente municipales, une liste de gauche "sans exclusive". Une réunion avait eu lieu pour cela autour de la tête de liste socialiste. Le rendez vous avait été pris pour que, une fois le vote de la section socialiste acquis, la répartition des sièges commence. C’est alors que le patron des socialistes des Bouches du Rhone entre en scène. C’est Jean Noël Guérini, le président du Conseil Général. On apprend dans « Le monde » qu’il considère ses camarades comme des gamins et que c‘est lui qui va faire siffler la fin de la récréation en les obligeant "à respecter le Parti et ma modeste personne". Tel quel. C’est donc lui qui annonce : puisque la ville compte plus de vingt mille habitant, selon les statuts du PS, la décision est de niveau national. On suppose que le bureau national du PS a donné son accord à l’alliance avec le Modem. Peut-être même la semaine où Martine Aubry nous écrivait pour nous proposer de fonder une "maison commune" de la gauche. C’est ça l’humour chez les importants ! En tous cas, à partir de là, toutes les décisions se sont prises au seul endroit qui contient un cerveau "au niveau national"…. dans le bureau du Président du Conseil Général des Bouches du Rhone. Dès lors plus question d’union des gauches sans exclusive. C’est l’alliance au Centre. Et quel centre! Le leader local s'était déjà présenté en 2001 sous le slogan "que la droite se lève!". Peu importe aux stratèges locaux du PS. Ici , en 2008, la liste d’union de la gauche avec les socialistes avait fait 29% et le MODEM a fait 20 %. L’addition semblait prometteuse. Donc, les alliés d’hier, PG, Communistes et ainsi de suite, ont été congédiés de fait puisque tous avaient annoncé la couleur d’entrée de jeu : pas d’alliance avec la droite quel que soit l’emballage ! Une liste a donc été montée à gauche PC-NPA-PG, avec une bonne tête de liste associative communiste. Le score de cette liste appelle reflexion, c’est certain. Aucune circonstance atténuante ne peut nous écarter du devoir de constater que nous n’avons pas convaincu d’être une alternative, même si cette expression dans une ville comme Aix contient une singularité presque humoristique que tout le monde comprend bien. Sans doute les électeurs de gauche aussi l’ont-ils compris car ils ne nous ont pas investi de la mission qu’un bon score aurait signifié . C’est ce point qu’il va falloir étudier et dont il va falloir tirer des leçons notamment en vue des régionales. Pour autant pas question de suivre le commentaire catastrophiste du choniqueur de "Marianne 2" lorsqu'il parle de "l'effondrement du Front de gauche" pour parler de notre recul de deux points alors que nous conservons le même nombre de voix qu'aux élections européennes. Précisons d'ailleurs que jamais le nom de "Front de Gauche " n'eu le droit d'être cité sur le matériel de campagne en raison de l'opposition absolue du NPA! Si notre tassement est un "effondrement", comment faudrait-il commenter le résultat des Verts qui perdent dix points et la moitié de leur pourcentage? Justement "Marianne 2 n'en souffle mot"… Reste, au final que je n’ai aucun regrets concernant le choix de nos amis localement. Le total PS/Modem est tombé à 33 % au lieu des 49 % attendus. Et au deuxième tour, si nous avions cédés aux pressions, notre appel aurait valu soutien à la méthode de l’assemblage hétéroclite de tout et n’importe qui. En fait la stratégie du Président du Conseil Général, Jean Noel Guérini, n’est pas seulement celle de l’alliance au centre. Il s’agit aussi d’enfermer de nouveau, tout le champ politique de gauche dans les machoires du piège du vote dit "utile" en contraignant chacun à cautionner sa stratégie d’alliance. Car si on vote au deuxième tour pour une liste avec le Modem et la droite, pourquoi ne pas avoir fait cause commune dès le premier tour ? Ce plan a été appliqué avec une énergie sans faille. A Aix nous avons eu droit à toutes les pressions que ce dispositif demande. Avant le premier tour, sur la base d’un sondage incroyablement flatteur pour nous, ce furent des mises en garde socialistes contre le fait que si notre liste, « Aix à Gauche » parvenait à dix pour cent des suffrages nous nous maintiendrions contre « la liste de gauche ». Puis entre les deux tours ce fut une véritable campagne de harcèlements pour que nous fassions un appel à soutien. Pour tous il était clair que si nous le faisions cela aurait été de notre part, purement et simplement, un reniement. Il aurait été d’autant plus spectaculaire qu e la liste de droite dissidente a elle-même rejoint l’attelage mené par les socialistes. Jean-Noel Guerini, le président socialiste du Conseil général est homme intelligent, un stratège bon calculateur. Son but n’est pas réduit à l’élection aixoise. Il veut faire la démonstration d’une méthode globale : valider un système d’alliance majoritaire, domestiquer l’autre gauche ou l’éjecter du tableau soit qu’elle se renie soit qu’elle disparaisse du film. Rien de tout cela ne peut conduire à autre chose qu’à des désastres pour le présent et pour le futur. Au présent parce que ces combines sans principes ne rassemblent pas de majorité. Ainsi en a-t-il été avec l’échec du deuxième tour dimanche soir..Pour le futur car chacun vit dorénavant avec les contusions que l’opération pour nous tordre le bras a laissé, localement et nationalement !
AU MARTYR INCONNU
A tout hasard, je poursuis mon petit reportage d’entrée en fonction au parlement européen. Le matin du seize juillet a été la séance de mise en place des commissions. Auparavant une plénière s’est tenue. Le président est entré dans l’hémicycle au milieu de l’habituel tumulte des allées et venues et du brouhaha des discussions des députés. Personne ne s’est levé à l’annonce de son entrée comme on le fait chez nous et aucune activité ne s'est interrompue dans cette agora. Moi je me suis levé par habitude et je suis resté debout, mais je bavardais activement avec mon voisin Jacky Hénin. Je n’ai pas mis de cravate aujourd'hui. Ici ce n’est pas obligatoire. Jacky non plus mais ça ne lui fait ni froid tandisque moi ça me rend nerveux. Ici, Hénin, c’est celui qui m’aide en tout et pour tout, avec un esprit de camaraderie sans façon, qui est un vrai bonheur dans ce lieu auquel je ne connais rien. Je sais seulement que le parlementaire qui ne réagit pas vite au début sur toutes les questions d’intendance est ensuite longuement bizuté par tous les malins qui connaissent les raccourcis dans les circuits d’une assemblée. Je ne sors pas de l’œuf à ce sujet. Donc je me préoccupe de bureau, d’étage, de taxis et d’hébergement car mon assistante commence dans le métier et elle n’a pas encore l’inflexible âpreté des vieilles troupes aguerries qui m’entourent à Paris. Je suis fauché en peine discussion sur les mutuelles complémentaires. Car soudain tout le monde est debout et je vois bien qu’on observe une minute de silence. Mes voisins s’interrogent pour savoir à quel propos. Je ne peux les aider et je me contente de me taire comme tout le monde, debout dans une pause de respect. Je saurais ensuite qu’il s’agit de cette militante des droits de l’homme en Tchétchénie. J’aurais du m’en douter. Ca ne pouvait pas être pour les jeunes gens assassinés par les militaires honduriens. Les bons martyrs ici sont les martyrs utiles à la propagande atlantiste. Notez que je ne dis rien contre cette malheureuse femme puisque je ne sais rien d’elle. Mes voisins non plus. Personne n’a pu m’en dire un mot. Ce que j’en sais depuis, je l’ai lu dans le journal où je l’ai recherché car j’étais curieux de savoir et aussi un peu confus.
ENTREGENS
J’ai beaucoup croisé mes camarades du PS français. Plusieurs d’entre eux m’ont parlé amicalement et la conversation a eu ce tour si plaisant et humoristique qui est souvent possible avec des socialistes quand ils font une pause dans les méchancetés qu’ils disent sans trêve les uns à propos des autres. D’aucuns sont passés au large et ils ont bien fait car je sais de quels noirs bureaucrates il s’agit. J’ai lu dans le journal de référence que je tétanisais les uns et les autres en raison de la surveillance morale que j’exercerai sur eux. Si c’est vrai ça me réjouis. Ma surveillance ne peut pas leur faire de mal. Et ça peut même les encourager à être plus intransigeant avec le paquet de social capitulards qui infeste le groupe dont il sont membres. Car la vérité c’est bien que le sort du PS ne m’est pas du tout indifférent. Et celui de beaucoup de socialistes en particulier également. Si je sers de surmoi à quelques uns d’entre eux, tant mieux. Hier ca me faisait pitié pour beaucoup d’entre eux de les voir cloués au sol avec ce vote pour ce président polonais de droite alors que je connais leurs convictions personnelles. Si profondes que soit mes divergences avec le PS social démocratisé, je n’oublie aucun des hommes et des femmes qui composent ce parti à tous les niveaux et dont je sais qu’ils restent du bon côté même si leur pleutrerie les empêche de l’assumer. Et je dois dire que j’ai été très heureux d’apprendre la condamnation radicale que les deux députés emmanuelistes ont prononcé non seulement contre le choix du PSE de soutenir le polonais de droite mais aussi de l’abstention de leurs autres collègues socialistes français qui se sont contenté en effet de sz défiler. Au moins ces deux là ont courageusement assumé publiquement de voter pour notre candidate, Britt Svenson. En fait je sais bien que plusieurs autres en ont fait autant. Ils m’en ont parlé. Mais ils n’ont rien dit publiquement. Je ne les dénoncerai donc pas à Martine panpancucul ! Quoiqu’il en soit le bilan est consternant pour les socialistes français. Leur groupe a changé de nom contre leur avis. Il a été décidé sans eux de soutenir un président de droite. Une partie d’entre eux a suivi la consigne, l’autre s’est abstenu et la dernière part a voté avec la GUE ! J’ai beau ne plus être de la maison, ça me tord les boyaux de les voir dans cet état ! Mais tout n’est pas triste ici. Le plus drôle de cette matinée fut de saluer de nouveau madame Rachida Dati. Je la trouve fascinante pour l’énergie qu’elle dégage et qui la fait repérer plusieurs mètres avant qu’on la croise. Hier, une discussion courtoise avec elle au milieu du couloir de l’hémicycle, dans le bazar général m’a fait rater le premier vote pour le vice présidents. Tel quel. Ca ne m’a pas privé de grand-chose car je n’avais pas l’intention de participer a un vote qui prive mon groupe, la GUE, de toute représentation. N’empêche que dans la conversation j’en ai surtout pris pour mon grade car madame Dati a la dent dure contre la gauche. Selon elle le fait que la gauche ne fasse rien de bon alors qu’elle a « un boulevard » (sic) devant elle prouve son épuisement « intellectuel ». Je résume, bien sur. Mais reconnaissons que ce n’est pas facile à balayer d’un revers de main. Bon. Ce matin du 16 juillet, après la brève séance de plénière, la minute de silence recueilli au martyr inconnu et le vote par acclamation à propos du nombre de membre des commissions, il a bien fallu aller travailler sérieusement.
ON S’ORGANISE
Le rendez vous suivant était fixé au diable des sous pente. C’est là qu’avait lieu la réunion de la composante GUE avant la réunion de la commission des affaires étrangères. Les camarades ont confirmé ma candidature comme vice président de la commission des affaires étrangères. Et on a élu Willy Meyer comme coordinateur de notre composante. Willy est un communiste espagnol tranquille et aimable. Habitué à chasser seul faute de pouvoir trouver comparses, Willy est cependant très avenant et promet de jouer très collectif, ce qui peut aussi être pris comme une menace vu les agendas personnels de tout un chacun ici… Autant dire qu’il va devoir pratiquer contraint et forcé une large autonomie. C’est aussi le plus ancien dans le grade le plus élevé de notre composante ce qui lui donne une expérience dont aucun de nous ne dispose. Willy, donc, est espagnol. Pour moi c’est un enchantement. Car mes premières discussion en anglais avec les autres ont été calamiteuses, non seulement de mon fait mais aussi de celui de mes interlocuteurs qui sont tout aussi empotés que moi dans cette langue. Ce que nous parlons est un baragouin caricatural qui ne permet pas d’aller au delà du niveau d’information que doit échanger une bande de primates à propos de la localisation d’une friandise. Parler en espagnol est au contraire un plaisir dont j’abuse presque depuis quelques jours. Je parle espagnol comme langue ordinaire le plus clair du temps avec mon assistante européenne, Céline Ménesses. Et hier matin j’ai commencé la journée de boulot dans cette langue avec Ollanta Humala, le président du Parti National du Pérou. C’est le moment de parler de lui. Je reviendrai au parlement européen ensuite.
OLLANTA HUMALA
Evidemment Olanta Humala m’attendait à une porte de la gare en descendant du train de Paris et moi j’étais à l’autre porte. En allongeant le pas pour le rejoindre, je l’ai repéré de loin. Il se tient droit comme une équerre, costume sombre, cravate rouge. Ses yeux noirs lancent un de ces regards puissant que je connais si bien sur le visage d’un amérindien. Ollanta est un militaire de carrière. Il a fait de la prison pour avoir participé à un soulèvement contre le président hyper corrompu Fujimori. Amnistié à la chute de ce dernier, il a été conseiller militaire du Pérou à Paris. Il nous connait. Bien, je crois. J’ai aimé parler avec lui pendant cette demie heure qui précédait notre trajet jusqu’au parlement européen. Ses raisonnements sont clairement énoncés, sa parole est directe, comme son regard qui ne me quitte pas des yeux pendant qu’il m’explique ce qu’il a prévu de me dire pour présenter sa démarche. Je vois qu’il est préoccupé de se définir. Il sait que la gauche européenne est perplexe à son sujet. J’ai écouté avec une intensité exactement parallèle. Je pense honnêtement que c’est lui qui crée cette ambiance par son implication dans le propos, le timbre de sa voix et cette façon intense de regarder. À la précédente élection Humala est arrivé quatre cent mille voix derrière le candidat commun des socialistes et de la droite qui s’était unis au deuxième tour pour lui faire échec. Précisons qu’un million et demi de bulletins de vote avaient été annulés. Le vainqueur de cette élection à l’arraché est un voyou de haut vol, Alan Garcia, chef de l’APRA, le parti socialiste du coin. Il a déjà été président de son pays. Sa mandature s’est achevée par sa fuite sur les toits de Lima. Les gens qu’il avait ruinés le pourchassait pour le pendre. Aujourd’hui donc Ollanta Humala est la seule opposition digne et crédible au régime pourri qui gouverne le Pérou. Corrompu jusqu’à la moelle, bradeur de son pays au nom des vertus du libre marché machin chose bla bla , Alan Garcia a fait tuer une centaine d’indiens récemment. La moitié de conflits de son pays sont des conflits socio-écologiques qui opposent des paysans aux multinationales à qui Alan Garcia brade les ressources du pays. Dans ce contexte, on ne peut pas se contenter de discourir sur ce que l’on préfèrerait que soit Ollanta Humala. Il est surtout temps de comprendre ce qu’il est vraiment et de commencer par là pour savoir comment travailler avec lui.
PFFFF ! ENCORE L’AMERIQUE LATINE ? PFFFF !
Mais pourquoi tant parler d’Amérique latine ? N’y-a-t-il rien d’autre au monde, me reprochent même certains de mes proches ? Bien sur, il y a beaucoup d’autres choses à observer utilement dans le monde ! Bien des pays connaissent en ce moment des évolutions décisives pour l’avenir de l’humanité. Nombre me passionnent d’ailleurs beaucoup et je les suis avec constance. Mais l’Amérique latine est le continent politique miroir de l’Europe du sud. Si cette idée intéresse mon lecteur, il se reportera à un article que j’ai écrit à ce sujet dans la revue « Pour La République Sociale », présent dans les archives de ce blog, traduit en espagnol et intitulé « Leçons d’Amérique latine ». Je veux souligner ici que le processus des révolutions démocratiques qui s’y déroulent est l’unique processus de ruptures avec la mondialisation libérale qui soit en cours à notre époque. Le dire ce n’est rien idéaliser. Et ce n’est pas s’illusionner non plus avec je ne sais quel modèle. Mais je recommande de ne pas se laisser intimider par ceux qui sont prompt à montrer du doigt notre prétendu suivisme et toute idéalisation de gauche en général. On sait trop ce qui les fascine, eux de leur côté et quelle absence d’esprit critique est le leur sitôt qu’il s’agit de l’ordre établi.
LA VAGUE DURE
Actuellement la vague démocratique aux Amériques n’a pas reflué. Je pense même que l’élection d’Obama, dont je connais parfaitement la limite réelle, participe de ce moment général. Pour autant il est certain que le processus n’est pas univoque, d’une pièce, sans nuances internes. Et par-dessus tout, les conditions politiques nationales spécifiques sont déterminantes. Il est aussi absurde de parler d’Amérique latine en général que cela le serait de parler de la même façon de l’Europe même si l’hispanité et l’indigénité fournissent des trames communes aux Amériques bien plus puissantes que celle qui réunit des danois et des italiens en Europe, nonobstant leur commune présence dans l’hémicycle où je me trouve aussi. Ollanta Humala est mal signalé par de nombreux camarades qui ont du mal à le situer politiquement par rapport à l’idée qu’ils se font de la gauche. Humala est indigéniste et nationaliste. Ce nationalisme laisse perplexe de nombreux observateurs de gauche. De plus dans le contexte de l’histoire péruvienne, le nationalisme révolutionnaire a connu des précédents très discutables. Lui-même, Ollanta Humala, s’empresse de dire que ce nationalisme n’a rien à voir avec celui d’Europe qu’il dénonce comme belliciste et meurtrier en se référant à la seconde guerre mondiale et à la Shoa. Il dit que la contradiction principale de notre époque est entre la mondialisation, assimilable à un pur procèss de privatisation globale du monde, et l’affirmation de l’existence de l’Etat qui se confond avec la Nation. Selon lui, son nationalisme est intégrateur des communautés et des catégories qui compose l’ensemble péruvien et il est le seul vecteur possible de cette intégration. Pour ma part je crois que je comprends ce qu’il veut dire et j’ai tendance à lui faire non seulement crédit de sa bonne foi mais à y reconnaitre des éléments de ma propre manière de voir les problèmes, moyennant les différences fondamentales qui séparent ici, en France et en Europe, l’idée de Nation et celle de République avec laquelle se confond mon engagement philosophique et politique. Je n’exprime ici qu’un point de vue strictement personnel, je m’empresse de le rappeler, car nombre de mes proches sont beaucoup moins allant s’agissant d’Ollanta Humala. Ils me conseillent d’observer une distance constante, ni trop courte ni trop longue, par précaution.
ACTIONS ET PRECAUTIONS
Mais moi je ne sais pas comment faire de la politique avec des précautions de cette sorte. Je souhaite que Ollanta Humala batte Alan Garcia et les autres bandits à la prochaine présidentielle et, si je peux l’aider, je le ferai. La politique c’est aussi, pour finir, de l’action. Et l’action est toujours manichéenne, en noir et blanc, coincée entre ce qui est fait et ce qui n’est pas fait. Cette propriété rustique de l’action est précisément la raison pour laquelle nous devons prendre garde de ne pas raisonner en noir et blanc mais de bien examiner toute la palette des couleurs et des possibles. L’ouverture de la pensée, le temps de la réflexion approfondie et argumentée sont une exigence d’autant plus impérieuse qu’ensuite il faut agir. Car l’acte qu’on posera ensuite, lui, sera marqué au sceau du binaire et assez nécessairement irréversible. J’ai remarqué que les gens qui se piquent de subtilité dans l’action sont en général peu exigeant dans leur réflexion préalable. Pour eux, souvent tout se vaut. Ils idéalisent leurs atermoiements comme une forme de sagesse alors qu’ils expriment souvent une impuissance de la pensée à conclure et un embarras puéril à assumer les conflits. Si bien qu’ils m’ont souvent paru surtout préoccupés de ménager leurs arrières au détriment de ceux qui les suivent en croyant aller dans une direction tandis que l’inverse était aussi prévu par les malins et les dandies de la politique.
LE FRONT ROUGE
Ollanta Humala a été reçu par une délégation du groupe GUE. Une réunion étrange car elle avait lieu dans une salle à laquelle on accédait par un couloir encombré d’échafaudages montés bien bas mais garnis de bandes d’auto collant rouge et blanc en dépit desquels toute personne de plus d’un mètre soixante dix se heurte quand même le front. On reconnaissait donc ensuite une bonne partie de notre délégation a son front rouge. Le lendemain, quand je suis allé à la réunion solennelle de la Commission des affaires étrangères, j’ai repéré une série de gens qui avaient une barre rouge sur le front. Je me suis dit que la salle de réunion d’hier a servi depuis à d’autres et pour la première fois depuis que je suis ici je me suis dit que je devenais familier des lieux au point de savoir pourquoi des gens se frottent le front. Cette commission des affaires étrangères est censée être la plus prestigieuse de notre assemblée. Je suis prêt à le croire puisque j’en suis membre ! On élit aux postes de commande « par acclamation », selon l’expression consacrée. C'est-à-dire qu’on ne vote pas. Les noms des impétrants sont annoncés et présentés par un membre du groupe politique concerné. Personne n’a été mis en cause. Sauf le premier vice président. Plusieurs groupes ont dit qu’ils déploraient de voir élu un « euro sceptique ». Je suppose que cela doit vouloir dire un gros nationaliste en béton armé comme il y en a plus d’un ici à côté desquels je fais figure d’euro-pétaradant ! Comme ces commentaires acerbes ont un peu chauffé les oreilles d’un groupe de quatre députés assis en haut à droite du président ceux là ont fait savoir que tout le monde devait être représenté et que ca commençait à bien faire avec les gens qui voudraient normaliser les points de vue. J’ignore absolument qui sont ces gens. Ma voisine ne savait rien non plus à leur sujet. Et comme je n’ai pas eu le temps de repérer qui parlait contre le premier vice président tout ceci reste totalement opaque pour moi. Mais je me promets d’aller aux nouvelles dès que possible auprès d’un connaisseur. En tous cas personne n’a fait de remarque sur mon nom. Pas davantage sur celui de Dominique Baudis qui a été élu juste avant moi au poste de vice président. Dans ces conditions, le grand sud ouest français a deux vice-présidents dans la Commission des affaires étrangères du Parlement européen. Ce qui est très bon pour notre prestige ! Ce qui est moins bon pour le prestige de tout le monde, dans ce cénacle, c’est qu’il n’y a pas une seule femme au bureau de cette commission ! C’est ce qu’à fait remarquer une femme députée aux applaudissements hypocrites de toute la salle, juste avant de s’entendre dire que son groupe n’avait qu’à en proposer une. Ainsi va un monde dont on pourrait écrire chaque répartie sous toutes les latitudes.
RETOUR A LA CASE DEPART
En rentrant chez moi, la clef que j’avais laissé dans la boite aux lettres ne s’y trouvait plus et la porte de la boite aux lettres non plus. Dans l’appartement la télé est partie en vacances sans moi ainsi que deux téléphones portables désactivés. Et une boite de pilules aux armes du Sénat ainsi que les trois gélules de ginseng qu’elle contenait. Comme il me restait une journée avant de partir en vacances le remplacement de la serrure quatre points de ma porte et les formalités de police ne m’ont pas tout manger mon temps. Puis enfin, ce sera sans doute la pause, à moins d’un évènement qui serait en train de mijoter en ce moment. Sitôt au calme, je vais faire défiler, au gré des siestes, le film de cette saison de grand galop. Mais je suis à cette heure le cheval fourbu de cette chevauchée. Quand je suis monté dans le train TGV qui m’a conduit jusqu'à ma villégiature il y avait déjà une grosse demie heure retard. Renseignement pris «c’est tout le temps comme ça » d’après une personne en uniforme postée sur le quai dont j’ignore la fonction en dehors de celle de faire des commentaires désabusés. Dans le train une annonce faites avec un splendide accent nous a prévenu « notre treïn ora vïntesette minuteu de reutârd et cïnquanteu quatreu segondeu ! ». Tout le monde a ri dans le wagon et j’ai cru que c’était à cause de l’accent. Puis j’ai pensé que c’était à cause de la précision sur les secondes. Mais finalement j’ai appris que c’était à cause de l’arnaque et du foutage de gueule de la SNCF. Car à partir d’une demie heure de retard la compagnie doit commencer les remboursements. Personne ne prend au sérieux de tels arnaqueurs et ça fait rire tout le monde de voir leur application dans l’art de faire semblant que les gens vont les croire en raison de leurs précisions bidons. J’ai le moral dans les chaussettes de voir mon pays se diluer de cette façon sous la houlette des marioles pédants et jargonnant des « services clientèles », « hot-line » et autres attrape-gogos sans visage de la bureaucratie kafkaïenne du privé et de leurs singes savant qui attendent leur tour dans les dernières entreprises nationales qui jusque là fonctionnaient très bien.
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293 commentaires à “Front blanc et front rouge”
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19 juillet 2009 à 21h29
Je viens de lire le rajout sur le vote blanc à Aix. Je ne comprends notre si faible score à Aix, car là les 3 organisations de gauche vraie étaient unies. Quelqu’un peut-il m’expliquer la réalité sur Aix qui explique cela?
19 juillet 2009 à 22h08
Il me semble que les électeurs, entre une vraie droite qui s’assume et une fausse gauche qui voudrait être de droite, ont choisi de voter vraiment à droite. Ils préfèrent l’authentique à la copie.
Le PS a beau essayé de se raccrocher à n’importe quel parti de droite, leur chute semble être inéluctable. Ils ne comprennent pas que c’est leur tournant à droite qui donne le tournis aux électeurs et les éloignent de lui.
J’imagine que si au 2 ème tour il y avait eu vraiment eu que la gauche, cela aurait tirer leur discours vers la gauche et l’aurait bien différencié de la droite.
19 juillet 2009 à 22h36
J’avais commencé à écouter telesur mais ça a coupé. Ils disaient que Zelaya a accepté la proposition en 7 points faite par Oscar Arias, président du Honduras. Je ne sais pas tous les 7 points mais ils comprennent: le retour de Zelaya avec la garantie des pouvoirs judiciaires pour exercer son mandat, des élections (législatives?) de novembre anticipées (fin octobre), les élections présidentielles en 2010.
Mais la junte a refusé et proposé 7 autres points alterntatifs: ils ne veulent pas de constituante entre autres…
Donc voilà où en sont les négociations.
19 juillet 2009 à 22h36
Oscar Arias c’est le président costa ricain, of course!
19 juillet 2009 à 22h41
Les manifs au Honduras ont continué- 21ème jour-
A telesur il n’y a plus de son mais on voit une image soustitrée d’une immense assemblée où est en train de se discuter les suites à donner à la résistance. Quelles nouvelles actions!
19 juillet 2009 à 23h14
La pandémie de grippe porcine, qui se propage à une vitesse sans précédent selon l’OMS, pourrait saper les chances d’une reprise de l’économie planétaire cet automne et la plonger dans une phase de déflation, a prévenu vendredi 17 juillet le cabinet britannique Oxford Economics.
Ce cabinet, lié à la célèbre université anglaise d’Oxford, dit avoir extrapolé les conséquences économiques potentielles de la grippe porcine à partir des précédentes épidémies grippales et de celle de pneumonie atypique (ou SRAS) qui avait éclaté en Asie en 2003.
Il en conclut, dans une étude publiée vendredi, que si l’impact économique et social de la grippe porcine est pour l’instant « très réduit », « si les taux d’infections se mettaient à grimper, il faudrait s’attendre à des coûts importants ».
Les économies asiatiques avaient su se remettre rapidement après la crise du SRAS, mais « cette fois-ci, un rebond aussi rapide semble peu probable », avance le cabinet, en expliquant que la grippe porcine risque de bloquer chez eux des millions d’employés, et de faire chuter la consommation et les dépenses touristiques dans les pays touchés.
« La perte au niveau du Produit Intérieur Brut pour six mois de pandémie pourrait atteindre environ 5 % au Royaume-Uni », en cas d’infection de 30 % de la population, et d’un taux de décès de 0,4 %, des hypothèses conformes au pire des scénarios établis par les autorités sanitaires britanniques.
Et il se pourrait même que « la grippe porcine entraîne le Royaume-Uni et le reste du monde dans la déflation », c’est-à-dire une crise économique profonde marquée par une baisse générale et prolongée de la valeur des biens et des actifs, et qu’elle retarde de deux ans le redressement de l’activité économique, prévient le cabinet.
http://www.lalibre.be/economie/actualite/article/516971/la-grippe-a-pourrait-couter-cher-a-l-economie-mondiale.html
19 juillet 2009 à 23h40
Ahlala, Aix. Allez savoir pourquoi, après avoir voté pour Aix à Gauche au premier tour,je suis allé voter pour la liste Socialo-écolo-centriste…
Sans doute pour avoir bonne conscience. Mais leur défaite ne m’a fait ni chaud ni froid. Vous souvenez vous de la formule de ce stalinien, connu en son temps, Jacques Duclos « blanc bonnet et bonnet blanc? C’est à peu près ce que je pensais du choix qui nous était proposé aujourd’hui. Il y a bien eu quelques débats de second tour, oh oui. On y a vu chacun des deux adversaires tenter (avec succès, pour mon cas) de convaincre que l’autre était une calamité ambulante. Allez voter après cela…
En définitive, la seule raison m’ayant fait voter autre chose que Blanc, c’est la venue dans la ville de M. Jean François COPE, de M. Renaud MUSELIER, de M. Gérard LONGUET, de M. Bernard DEFLESSELES, de M. Xavier BERTRAND, et de M. Christian KERT (que je méprise particulièrement, parce que c’est mon député et qu’il s’est fait réélire pour la cinquième fois avec 61 % sans faire la moindre campagne, et en se contentant de déclarer « Sarkozy a tout dit, je suis sarkozyste, votez pour moi ».)
Mon aversion pour ces individus m’a donc empêché de ne pas prendre parti, bien que sans conviction. C’est la raison pour laquelle le résultat me laisse pour ainsi dire indifférent.
Mais la très courte victoire de Mme Joissains (50.22%, 187 voix d’avance sur 43000 exprimés) a toutefois l’avantage de contrer le discours de Guérini qui avait lancé contre la gauche de gauche cette opération « Condor » visant à nous éliminer définitivement.
Sinon, Je tiens à dire que je suis avec attention l’évolution de ce Blog, et que j’espère des une campagne et des résultats aux régionales un peu plus enthousiasmants que ceux d’Aix en Provence…
20 juillet 2009 à 0h00
ils payent les sondages et ca passe.. encore et toujours..ca n en finit jamais..et encore toujours avec l argent public..c epuisant..c est quand jean luc que tu met un grand coup de pied au cul dans cette mafia sarkozyste?
20 juillet 2009 à 0h54
Et voila! C’est la faute à la grippe!
Quelle malchance! Alors que la reprise était au coin de la rue, que les jeunes pousses bourgeonnaient de partout et que la prospérité pour tous pointait son nez… Patatras! On va encore se prendre une crise économique sur le nez! Quelle misère…
A cause de cette saleté de grippe, il va nous falloir faire des sacrifices. Que pouvons nous envisager? Ah oui tiens… Peut être continuer à bosser à la maison en dépit de l’arrêt maladie! Pas con ce Lefebvre!
Allez, haut les cœurs! Tous ensemble, tous ensemble! Contre le virus.
Los médicos, unidos, nunca seran vencidos!
20 juillet 2009 à 1h31
@ Hold-up…et tous ceux que ça interesse
A l’occasion de ce FRONT BLANC PS/Modem, suite de mes échanges avec Jean Peyrelevade, avant congés (moi aussi):
@ l’intention de Jean Peyrelevade
Je reprends la main que vous me tendez:
-”Rassurez-vous, cher Hadrien(s), je n’invente pas une solution toute faite. J’ai bien une fonction-objectif que, à votre différence, je vais expliciter pour vous…
Je vous propose donc de maximiser, sous contrainte de ressources naturelles afin de respecter l’environnement, la somme actualisée des consommations agrégées des seuls ménages, jusqu’à l’infini. On peut difficilement être plus favorable aux “individus qui composent la société”.
C’est bien ce que je pensais:
Votre objectif, c’est la consommation maximale possible…sous contrainte des ressources naturelles, évidemment. C’est l’objectif du trader londonien, tempéré par le politiquement correct (pour rassurer Corinne Lepage). Votre variable utilité se confond avec la quantité consommée de …n’importe quoi!
Mais quand comprendrez-vous que le bien-être en ce bas monde dépend moins des quantités consommées, que de la manière d’en profiter et de les partager:
Aujourd’hui, les jeunes ménages s’épuisent à courrir aprés l’argent en travaillant à deux, négligeant l’éducation et l’équilibre de leurs enfants (sous-cultures, mal bouffe) quand ce n’est pas leur propre existence (divorces, éloignement des ascendants).
Pour l’ONU, l’OMS et l’Unesco, l’éducation, la nourriture et la santé sont les premiers biens de l’humanité, mais cela ne se mesure pas en consommation: allons-nous inciter nos juniors à redoubler pour consommer le plus de classes possibles, nos estomacs à ingurgiter le plus de caviar possible, nos seniors à tomber malade pour consommer le plus de services possibles à l’hopital?
Vous voyez bien que la fonction d’utilité… a son utilité!
Si l’on veut bien interroger les représentants de la stochocratie comme je l’évoquais, on aura peut-être alors la réponse à ce veut l’Homme, et une vraie politique économique…à hauteur d’homme!
Vous poursuivez par ce que je traduit en langage micro-économique des ménages:
“Si on s’investit trop, nos économies croîent très vite mais on ne consomme jamais assez pour en tirer tout le bénéfice. Si on s’investit peu, on a un taux instantané de consommation par rapport à notre revenu qui est très élevé (c’est une lapalissade) mais, avec un taux de croissance faible de nos économies, le niveau absolu de consommation atteint après quelques années est beaucoup plus bas que si l’on s’investissait davantage.”
Vous avez bien raison d’en appeler à Lapalisse, parce que ça… mon arrière grand-mère le savait déjà! Et pas besoin de l’équation de bilan entrées-sorties pour s’en apercevoir!
Or, je vous rapelle ma remarque à ce sujet:
“A la veille de la crise, dont les comptes 2009 ne sont pas encore faits, la France était la moins endettée des quatre grands pays de l’UE (Allemagne juste devant elle, GB ensuite, et Italie loin devant au delà de 100%). Ajouter à celà qu’elle était le pays le plus “épargnant” avec un taux dépassant 15% !”
Et ne nous parlez pas de nos avantages sociaux, de nos services publics, etc. C’est inclus dedans! Nous sommes donc le contraire des “cigales” que vous fustigez!
Qu’aprés la crise financière, tout nos acquis puissent être remis en cause, de par l’endettement et le chômage subitement accrus, c’est malheureusement à craindre!
Mais qui aura dilapidé ainsi le travail humain (on parle de dizaines de milliers de milliards de dollards partis en fumée, par dilapidation d’actifs financiers dans le monde)? Ce sont les banques et leurs départements d’affaires, au premier rang desquels leurs responsables, les grands patrons!
Je pense donc qu’il est inconcient ou cynique de votre part de crier, comme vous le faites encore ici: sus aux ménages, ce sont eux les fautives cigales!
Aprés la dernière guerre, à la Libération, le Général De Gaulle et ses alliés communistes ont nationalisé tout le secteur bancaire, ce qui fut d’autant plus justifié qu’il avait collaboré avec l’ennemi. Il en fut également ainsi de grands industriels comme M. Renault. La période qui s’en suivit fut qualifiée de “trente glorieuses” (1945-1974), avec une croissance supérieure à celle des Etats-Unis, sur la base des acquis du Front Populaire et de la Libération réunis.
Mieux: aprés le retour du pouvoir gaulliste jusqu’à la fin de la période sus-dite, la France connut la même croissance, avec une politique de grands travaux dans le secteur nationalisé au détriment de la Bourse, De Gaulle s’interdisant de gouverner “à la corbeille”.
L’arrivée au pouvoir de Giscard d’Estaing (UDF, ancêtre du Modem)en 1974, et l’entrée du Royaume Uni dans l’Europe qui l’avait précédée de peu, sonnèrent le glas des “trente glorieuses”. Et qu’on ne nous dise pas que la faute en incombe au premier choc pétrolier, car les Etats Unis continuérent à connaître la même croissance, la notre passant simplement en dessous, pour s’affaiblir encore davantage à chaque élargissement européen, contrairement aux prédictions libérales d’un grand marché profitable à tous!
Aujourd’hui, les lobbies présents auprés de l’OMC, sous la houlette du trés libéral et trés catholique Pascal Lamy, nous enfoncent encore un peu plus: l’élargissement de l’Europe libérale ne leur suffit plus pour la “concurrence libre et…trés faussée” des pays à bas salaires et sans protection sociale. La Chine est le nouvel Eldorado, qui permettra longtemps, vu la masse paysane d’un milliard en réserve, de faire peser une pression autrement plus efficace sur ces “salauds de ménages” qui font de la résistance en France!
Il est grand temps de “se libérer des libéraux” dont l’idéologie est non seulement sans fondements réels, ce qui a toujours été le cas, mais entraine nos pays vers une catastrophe sociologique bien plus sûre et plus rapide que les deux ou trois degrés de réchauffement, d’ici la fin du siècle, qu’on nous décrit comme catastrophe écologique!
CONCLUSIONS…provisoires
Il est temps, aprés tous nos points de désaccord, que je rende justice sur l’essentiel à Jean Peyrelevade:
Sa dernière proposition:
“maximiser, sous contrainte de ressources naturelles afin de respecter l’environnement, la somme actualisée des consommations agrégées des seuls ménages, jusqu’à l’infini” (sous réserve d’une pondération temporelle qui efface l’effet de la durée infinie T)
a le mérite de poser le problème de la manière “sociale” qui m’agrée:
C’est l’optimisation d’un unique critère collectif de type Paretien, formulation qui est bien de type coopératif (plus exactement “coopération conflictuelle”, comme on dit en économie)
Mes sévères remarques ont porté sur l’incomplétude de l’objectif consommation qui doit être remplacé par l’objectif économique bien connu qu’est l’utilité, dont je détaille ici l’importance des implications:
L’utilité est une fonction scalaire qui peut avoir pour arguments les consommations en particulier, mais aussi tout ce qui n’est pas réductible à une consommation.
Ainsi, le temps libre, qui fut un argument pour la Gauche, a bel et bien une utilité ou “valeur” qui n’apparait pas dans la consommation bien qu’elle conditionne le bonheur présent et l’avenir (loisirs, éducation familiale, etc.). De même, la culture ne saurait se réduire au nombre de livres achetés ou d’oeuvres d’art possédées (bibliothèques et musées sont là pour y pourvoir de manière collective). Etc.
On rejoint bien là ce que j’évoquais au début de ces échanges: l’optimisation d’un “épanouissement collectif”, ou BNB (bonheur national brut) déjà évoqué par d’autres.
Ce remplacement de l’ expression “consommations agrégées” par l’expression “utilités agrégées” a une conséquence importante en démocratie, ou tous les individus (ou ménages) sont égaux en droit:
Si l’utilité, peut s’édicter de manière trés différente selon chacun, l’étendue de ses valeurs doit avoir une limite (pour éviter l’ambiguité de l’infini) identique pour tous (pour l’égalité en droit). Sans cela, un Antoine Zacharias, qui conclut son année de départ de la société Vinci par 274 millions d’Euros, pourrait peser 20 000 fois ce que pèse le salarié au smic dans le critère d’optimisation. C’est bien ce à quoi aboutit l’idéologie libérale de l’enrichissement global maximum (”La richesse des nations”).
Or, la satisfaction pour Antoine Zacharias, qui en avait vu d’autres, d’empôcher 274 millions à son départ, n’est guère humainement supérieure à celle du smicard dont on doublerait (ou triplerait, etc.) le salaire, elle-même sans doute inférieure à celle du chômeur longue durée qui trouverait enfin un emploi salvateur pour lui et sa famille.
D’où, comme je le notais, l’utilité…des fonctions d’utilité, au lieu de la consommation qui nous ramènerait au PIB.
Avec cette définition raisonnée, on commence à comprendre pourquoi le classement mondial des nations en fonction du “bien vivre”, (à cet égard, la France figure au tout premier rang, selon les sondages éffectués), ne correspond en rien à celui du PIB par tête, ni de la richesse cumulée.
Cette démarche a un mérite, concernant l’aspect dynamique temporel:
Dans toute perception animale ou humaine (et la sensation de bien-être ou de bonheur en est une), les biologistes ont remarqué que l’effet rendu par la variation de la cause est de type logarithmique. Ainsi a-t-on inventé l’unité logarithmique qu’est le deciBell. Bien connu en perception acoustique, on la retrouve en probabilité pour définir la vraisemblance (ce qui n’est pas sans lien avec notre propos).
Pour Don Juan, comme pour tout être humain, le bénéfice d’une Nième conquête ne saurait se comparer que logarithmiquement au souvenir de la première (aux variations aléatoires prés de l’échantillon en cause).
Il en va de même, sans doute, avec “le progrés” et les conquêtes technologiques qu’il implique. La progression semble accélérée, mais le logarithme sus-dit de leur perception nous ramène probablement à de plus justes proportions quant à leurs bénéfices.
On peut donc présumer que leur accumulation intervient également de manière logarithmique dans la fonction d’utilité qu’en perçoivent les humains.
Si, donc, comme le conçoit Jean Peyrelevade, l’effort et la jouissance doivent être mis en balance dans une perspective temporelle, leur valeur actualisée doit en tenir compte, d’autant qu’un second effet s’y rajoute:
Outre l’effet logarithmique sur les amplitudes, les systèmes biologiques sont rarement réversibles et présentent une hystérésis: le chemin parcouru dans un sens n’est jamais le même qu’en sens inverse. En clair, la décroissance n’a pas des conséquences symétriques de celles de la croissance.
Ainsi, l’évolution d’une population en auto-subsistance, comme ce fut le cas pour la Chine rurale, vers de nouvelles conditions de vie convoitées, a pu s’effectuer par la force des choses. A l’inverse, un retour forcé de nos populations en sens inverse, aussi court soit-il, aurait des effets catastrophiques, et produirait des familles SDF, plus massivement encore que ce n’est le cas actuellement aux USA, suite à l’insolvabilité des “subprime”.
Cette irreversibilité a une conséquence sur l’aspect, non plus temporel tel qu’évoqué par Jean Peyrelevade, mais spatial:
L’agent socio-économique connaît une évolution dans le temps, mais se trouve également distribué à la surface de la terre, dans des conditions sensiblement différentes. Contrairement aux molécules d’un gaz qui ont une énergie réversible, la température, les agents socio-économiques doivent être traités en fonction des attendus sus-dits.
C’est dire si sont irréfléchis les actes dénoncés dans mon précédent message, de ceux qui ont imposé l’idéologie de la globalisation à marche forcée, à l’ Europe tout d’abord, mais surtout au Monde.
A la lumière de ces réflexions, sans doute Jean Peyrelevade pourra-t-il comprendre pourquoi j’attendais tout autre chose de son dernier livre (Sarkozy: l’erreur historique), ainsi que de son ambition actuelle sur la blogosphère (La refondation…).