Le lundi noir qui pleure Et pourtant elle tourne !
oct 08 12


Ce samedi et dimanche, après une visite d’amitié le samedi matin à la réunion de l’appel de Politis, j’ai participé activement au conseil national de PRS (Pour la République sociale), l’association politique que je préside. Les débats introduits par François Delapierre et Pascale Le Néouannic sont les plus denses auxquels j’ai participé depuis très longtemps. La plupart des délégués qui siègent là sont des gens plutôt jeunes (entre vingt et quarante ans) mais ils ont une longue expérience politique. En les écoutant je prenais la mesure de la maturité politique disponible dans ce pays à l’heure où tout tourne mal. Je suppose qu’il y a des tas d’endroits où des hommes et des femmes de leur génération se sentent prêts à affronter les enjeux politiques de notre époque. Cela me donne confiance. Car sinon il y aurait de quoi broyer du noir. Comment tout a-t-il pu parvenir jusqu’au point où nous voici rendus après avoir tant de fois sonné l’alerte? Nous avons été impuissants à stopper la politique libérale. Impuissants à stopper la logique du capitalisme. Et s’il en est ainsi de l’économie, pourquoi est-ce qu’il n’en irait pas de même pour l’éco-système? Qu’est ce qui va empêcher les voyous qui ont mené le monde jusqu’à cette catastrophe économique de nous amener jusqu’à la suivante, la totale, celle qui a commencé à détruire la planète?

Je publie la résolution finale de ce Conseil National. J’ai pensé que cela avait de l’intérêt de montrer comment des gens peuvent se rassembler pour délibérer politiquement et formuler des conclusions. Du moins voulons nous penser notre sort. Dans les semaines qui viennent nous nous sommes donnés pour tâche de faire le travail d’éducation populaire qui est notre raison d’être en faisant des réunions pour fournir des explications à ceux qui en cherchent pour comprendre ce qui se passe. Nous avons prévu une réunion nationale le 29 novembre à Paris sur la réponse politique à la crise. D’ici là, localement, nonobstant la charge de travail qui pèse sur tous ceux qui sont membres du Parti Socialiste et participent à son étrange congrès, nous tiendrons des réunions d’informations en demandant de l’aide à tous ceux qui ont les capacitès d’expertise pour nous aider. A Paris, par exemple, nous avons demandé son aide au président Conseil scientifique d’Attac, Dominique Plihon. Il a accepté de faire un exposé le vendredi 24 octobre prochain. Jour anniversaire de la crise de 1929….
UNE BIFURCATION DE L’HISTOIRE DE L’HUMANITE


La résolution finale du conseil national de PRS les 11 et 12 octobre 2008.

« La crise que nous vivons annonce une bifurcation dans l’histoire de l’humanité. Ce n’est pas seulement une crise financière. C’est la dernière en date -et potentiellement la plus violente- des crises qui secouent le capitalisme depuis son origine. C’est une crise du régime économique mondial actuel fondé sur l’endettement. C’est une crise de l’hégémonie américaine dans un monde marqué par de nouveaux rapports de force. C’est une crise des orientations politiques néolibérales qui ont inspiré les gouvernements de tous pays depuis un quart de siècle. Un cycle de plusieurs décennies est donc en train de se refermer.

La crise va muter

A court terme la suite est malheureusement connue. La crise va poursuivre ses développements. Elle va continuer au plan financier car la quantité de capital fictif qu’il faudrait garantir pour maintenir la valeur des actifs est bien supérieure aux ressources des Etats eux-mêmes. Elle va frapper de plus en plus durement l’économie réelle. Dans une économie dominée par la finance, les canaux de transmission à la sphère réelle sont très nombreux: crise du crédit aux particuliers, crise de l’immobilier, pertes enregistrées par les firmes industrielles qui spéculent en Bourse, affaiblissement des recettes fiscales des collectivités publiques, dégringolade des retraites confiées aux fonds de pensions… Elle va avoir des conséquences toujours plus violentes au plan social: déjà le chômage enregistre en France une progression très importante, les annonces de plans sociaux se multiplient. Au plan international, elle annonce de nouvelles menaces sur la paix: affrontements pour le contrôle des matières premières, lutte effrénée de l’Empire américain pour sauvegarder sur le terrain militaire une hégémonie injustifiée au niveau économique. La crise financière va donc se prolonger comme une crise économique, sociale et politique.

Pour un bouclier social

Les milliards qui ont été engloutis dans de vains pare-feux incapables de contenir la propagation de la crise au sein de la sphère financière seraient mieux utilisés à éviter la propagation du désastre à l’économie réelle et à empêcher la dégradation des conditions de vie des populations. Il est possible de limiter les dégâts pour le plus grand nombre. Il faut bâtir un véritable «bouclier social», en protégeant l’outil productif et les travailleurs eux-mêmes. Pour cela il faut l’arrêt immédiat des réformes néolibérales, un moratoire sur les directives européennes de libéralisation, l’abandon du projet de privatisation de la Poste, l’abandon du bouclier fiscal, l’abrogation des franchises médicales, un moratoire sur les prêts relais, la hausse des salaires et des minima sociaux.

Hélas, ce n’est pas le chemin suivi par le gouvernement. Celui-ci ajoute la crise à la crise en poursuivant ses politiques de réduction de la dépense publique et des protections sociales. Au prétexte d’économie budgétaire, le gouvernement pousse ainsi les feux de la RGPP (Revue générale des politiques publiques), un plan social de 500 000 emplois dans la fonction publique, qui aggraverait le chômage, affaiblirait encore les capacités d’intervention de l’Etat et priverait nos concitoyens des droits fondamentaux garantis par les services publics! La décision scandaleuse de faire supporter par l’assurance-chômage le report du paiement des cotisations des PME démontre la volonté de faire payer la crise par les travailleurs et les chômeurs. C’est continuer à aggraver le partage inégal de la richesse qui est pourtant à la racine de la crise. De même, le dessaisissement des citoyens opéré depuis plusieurs années au nom de la suprématie de la «concurrence libre et non faussée» et la crise démocratique qui en découle risquent d’être aggravés par les appels du pouvoir à l’union nationale et l’accentuation de sa dérive autoritaire. C’est donc une crise globale de la société qui se dessine.

L’URGENCE DU MOMENT

La suite à moyen et long terme est ouverte. Une telle crise globale appelle de nouvelles réponses politiques. Vers où les populations frappées par le désastre vont-elles se tourner? En France, Sarkozy veut prendre appui sur la crise pour justifier l’aggravation du démantèlement de l’Etat et des acquis sociaux. En Autriche, dimanche 27 septembre, l’extrême-droite a battu ses records électoraux. Partout les fauteurs de guerre du choc des civilisations désignent le concurrent comme un ennemi irréductible. Où la gauche incarne-t-elle une alternative crédible, une voie de paix et de progrès? La Grande-Bretagne paie l’addition de la soumission blairiste au capital financier. La social-démocratie européenne relit, hagarde, ses odes à la mondialisation en se demandant ce qui n’a pas marché. Et la présence de Pascal Lamy et Dominique Strauss Kahn à la tête de l’OMC et du FMI souligne dramatiquement l’impuissance de leurs thèses.
C’est dire la responsabilité qui pèse sur la gauche française à l’heure où ses principales organisations préparent leurs Congrès. Sauront-elles expliquer au plus grand nombre les racines de la crise en montrant que c’est le système lui-même qui est en cause? Sauront-elles proposer une stratégie politique permettant d’arrêter cette machine folle en rendant aux citoyens la maîtrise de leur devenir? Sauront-elles opérer les ruptures qui s’imposent, notamment avec une construction européenne qui lie les mains des peuples alors que la crise s’abat sur eux? C’est possible, car la crise invalide l’illusion que la gauche pourrait accompagner la mondialisation libérale. Elle démontre au contraire l’urgence d’une réinvention de la gauche elle-même. Cette tache est l’urgence de l’heure. C’est là que le devoir commande.
Pour sa part, PRS agira pour aider à faire avancer dans la crise les réponses de progrès social et de paix. PRS participera notamment aux actions engagées contre la libéralisation des services publics ou pour la hausse des salaires. PRS décide également de lancer une campagne sur la crise financière afin d’en dévoiler les mécanismes et de présenter les réponses politiques qu’elle appelle. Cette campagne culminera dans un grand rassemblement le samedi 29 novembre prochain à Paris.

29 commentaires à “Une bifurcation de l’Histoire”

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  1. 1
    THOMAS-DARGENT Christophe dit:

    Salut Jean-Luc,

    Souvent je t’envoie des mails sur ton adresse sénatoriale pour t’informer de certaines choses dont je me doute que tu dois être au courant. Je n’ai pas encore eu le plaisir de te lire. C’est pas grave ; ce que je souhaitais te dire c’est que les politique du PS en qui j’ai une confiance absolue sont DOLEZ et toi. Je me demande encore ce que tu fais au PS. Pourtant, j’y ai milité depuis 1986 jusqu’à 2004, au moment où la campagne pour le référendum du 29 mai commençait ; je me suis senti souillé et trahi par des femmes et des hommes qui avaient ma confiance et par la position officielle du parti.

    Jamais nous n’avons eu autant besoin de gens qui s’engagent, pour cela il faut que le peuple retrouve confiance en la gauche et je ne crois pas que c’est en remplissant le zénith de bobos bling bling que le peuple retrouvera confiance, c’est à vous Marc et toi de leur montrer le chemin, quant à moi, à 42 balais, j’ai compris pas mal de choses. Enfin, voilà Jean-Luc ce que je souhaitais te dire.

    Christophe THOMAS-DARGENT de 62, et sympathisant à forces militantes.

  2. 2
    Gauche dit:

    « Le PS doit-il reporter son congrès ?
    Oui, répond le secrétaire national du Parti socialiste Malek Boutih, estimant que les motions écrites avant la crise sont «à côté de la plaque». Une voix pour le moment isolée.  »

    Voilà donc la pitoyable stratégie et visiblement la seule que certains socio- libéraux du PS ont trouvé pour faire capoter le congrès afin que la motion de Gauche – qui elle n’est pas  » à côté de la plaque  » – ne remporte pas le succès qu’elle mérite.
    Divisé par des querelles d’égos honteux et ignobles pendant que leur électorat crève depuis 35 ans sous les assauts répétés des néolibéraux, les fiottes du PS, Malek Boutih en tête, veulent repousser le congrès afin de prendre du recul en pleine débacle financière planétaire. Ah, les couards, les mesquins, les lâches ! Ils ont trop peur que le vent tourne et que les militants socialistes les balaient d’un seul coup sans que l’on ne s’ y attarde plus tant leur compromission avec l’appareil idéologique sarkosyste est patente ! DSK, Pascal Lamy aux ordres de Wall Street et de la City ! ouarf ! ouarf ! Manuel Valls qui rêvait il n’ y a pas si longtemps d’avoir un portefeuille à l’ Elysée tandis que Jack Lang s’est déshonoré en votant les pleins pouvoirs à Sarkozy !
    Jean-Luc Mélenchon, merci de résister ! Que la victoire vous accompagne pour prendre l’appareil du PS et chasser ces carpettes qui insultent l’électorat populaire dès leur apparition ou leur prise de parole.
    Un mot rapide sur l’intervention de Monsieur Hamon à l’émission  » Ripostes  » sur France 5. Elle fut carrément positive mais je regrette qu’il n’ait pas plus moucher cet insupportable Elie Cohen qui ne cessait de brailler sur le plateau !
    Encore lui ! Lui qui nous a vendu sa camelote néolibérale depuis 40 ans avec les guerres d’ Irak et d’Afghanistan ( sans compter toutes les autres ), lui qui fut l’un des pilliers idéologiques en France de cette politique qui ruine les nations et qui nous a concocté cette crise qui va peut-être propulsé le monde dans un nouveau conflit mondial. Lui enfin qui a occupé quasiment les trois quart du temps d’antenne à cette émission où quatre personnalité de droite faisaient face à une seule personnalité de Gauche ! Quelle pluralité !
    Benoît Hamon apprendra sans doute au fil de ses apparitions télévisuelles à mieux en découdre avec ces individus qui en appellent désormais au sauvetage étatique après avoir précarisé les trois quart de la population Française. A défaut de couper le micro à ce M. Cohen et consort il faut les moucher en rappelant aux téléspectateurs que ce sont eux, ces propagandistes tels Jean-Marc Sylvestre et toute une flopée d’autres corrompus de tous ordres, cumulards de salaires astronomiques, qui nous ont amené hier à la misère et peut -être demain à la guerre. Je ne doute pas cependant que M. Hamon y parviendra. Bonne chance à lui et à ses alliés.

  3. 3
    Gauche dit:

    Benoît Hamon dans Sud-Ouest: “Nous devons renverser la table”

    http://benoithamon.fr/

  4. 4
    Gauche dit:

    Grève Générale reconductible le 10 Novembre 2008 :

    Nous ne changerons rien si nous ne nous faisons pas entendre, le même jour, à la même heure avec une même volonté.
    Nos amis Belges l’ont réussi pourquoi pas nous ?

    http://www.snadgi-cgt-02.fr/phppetitions/index.php

    http://www.conseilnationaldelaresistance.fr/

  5. 5
    regis dit:

    Quelques réflexions :

    « le partage inégal de la richesse qui est pourtant à la racine de la crise » Ceci est absolument vrai et consubstantiel au système capitaliste lui-même dont Marx soulignait la tendance au développement illimité de la production sur des bases de distribution antagoniques dues à la recherche effrénée du meilleur profit.

    « un moratoire sur les directives européennes de libéralisation » On a déjà entendu Guaino puis Balladur sur les critères de Maastricht j’ai peur que, comme le propose Strauss-Kahn avec ses « nationalisations provisoires », la bourgeoisie, si la situation l’exige, s’accommode de ces solutions.
    D’ailleurs, le sacro-saint principe de non intervention de l’Etat ou de la BCE n’est-il pas largement piétiné en ce moment ?
    En clair, faut-il assurer un avenir au système ou la pédagogie de la crise doit-elle mener vers de nouvelles relations sociales ?

    « Il faut bâtir un véritable «bouclier social», en protégeant l’outil productif et les travailleurs eux-mêmes »
    Oui pour les travailleurs, attention à ne pas engendrer de confusion sur « l’outil productif » lorsqu’il reste propriété privée… D’ailleurs pourquoi ne pas demander l’interdiction des délocalisations ?

  6. 6
    jennifer dit:

    Tout le monde attend l’ouverture des bourses pour voir si l’injection de liquidités va permettre aux actifs de remonter. Les actifs (qui ont été historiquement surévalués depuis 30 ans) sont voués à encore baisser (même s’il y aura un petit sursaut) sur le court terme jusqu’au bout de leur pente pour s’approcher le plus possible de leur valeur réelle. C’est inéluctable. Et après les gouvernements finiront par faire ce qu’a fait l’Islande: nationaliser tout le système bancaire. Entre temps on aura perdu du temps et gaspillé tout le fric des contribuables donné aux banques pour renflouer les pertes. S’ils ne nationalisent pas, la spirale descendante continuera.

  7. 7
    Bruno dit:

    @JM
    J’espère que Jean-Luc Mélenchon n’oublie pas de vous remercier pour ces multiples et répétitives interventions. Que quelqu’un qui ne trouve dans ce lieu que discours racoleurs, moutons bêlants et autres créatures lobotomisées et adorateurs agenouillés lui consacrent autant de temps mérite en effet ce minimum de gratitude.

  8. 8
    jennifer dit:

    En ce moment, Toni Negri sur France culture me fait comprendre quelque chose qui je commençais de plus en plus à percevoir. J’ai cru que la crise éco amènerait à une augmentation des guerres coloniales. En fait et Toni Negri le confirme ce sera l’inverse: il n’y aura plus de fric pour les financer. Impossible d’avoir un budget centré sur des guerres que les USA n’arrivent pas à gagner, avec un dollar dévalué et leur domination unilatérale sur le monde qui va être très malmenée comme le résultat de cette crise. Cette domination unilatérale ne pourra plus être, même si les USA resteront la plus économie du monde capitaliste.

  9. 9
    jennifer dit:

    Post 6 je voulais écrire sur la chute inéluctable des actifs: « sur le moyen terme » et non le court terme. En fait on n’en sait rien sur quel terme mais le mouvement vers le bas lui est inéluctable.

  10. 10
    Bruno dit:

    Fort heureusement il ne semble plus être question (pour l’instant) du report du congrès du PS. Je ne suis pas d’un optimisme béat quant à l’issue de ce congrès mais actuellement la gauche est complètement inaudible. JLM et Benoît Hamon peuvent bien s’exprimer sur BFMTV ou France 5, les grands médias continuent à inviter Hollande, Royal ou Delanoé. Ce matin c’était Hollande sur France Inter. Pas brillant.

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