oct 08 23


Donc, comme vous le savez, jeudi 28 août dernier, vers 11h00 Hervé Eon, militant de PRS, se rendait à vélo, à la manifestation contre la politique de Sarkozy, prévue à midi place de la mairie à Laval, à l’occasion de la venue du Président de la République dans cette ville. Il avait apporté un carton (format 21×29,7) sur lequel était inscrit "Casse toi pov’con" … en référence à la désormais célèbre formule prononcée le 23 février 2008 par Nicolas Sarkozy à l’endroit d’un visiteur du salon de l’agriculture qui refusait de lui serrer la main. Hervé est arrêté séance tenante et il est mis en examen pour délit d’offense au chef de l’Etat. Il est convoqué en qualité de prévenu, le jeudi 23 octobre 2008 à 14h00 au tribunal correctionnel de Laval, pour avoir «offensé par parole, écrit, image ou moyen de communication, en l’espèce un écriteau avec les inscriptions "casse toi pov con", le Président de la République française.» Je suis cité comme témoin de moralité par la défense. Je serai donc jeudi au procès.

Mais vendredi 24 octobre je vais à la réunion que propose PRS pour comprendre la crise financière et ses implications. Dominique Plihon, professeur d’économie financière, orateur de la soirée, est président du Conseil scientifique d’ATTAC. Seuls les super malins qui ont tout compris en écoutant Jean-Marc sylvestre peuvent s’en dispenser. En effet il n’existe aucun remède contre leur addiction. Même pas une crise générale du capitalisme. Leur cas est désespéré. Mais à présent je dois parler du cas «Eon et son carton» et de son crime si spécial.

LE CAS «EON ET SON CARTON»


Je pense qu’Hervé Éon est très mal parti. Son crime est immense au vu de la loi, s’il est avéré. Le délit d’offense au Président de la République date de la loi sur la presse de 1881. A l’époque il était puni d’une peine de prison. L’article 26 de la loi de 1881 actuellement en vigueur prévoit que «l’offense au Président de la République est punie d’une amende de 45 000 euros.» Attention: la loi tape large. Les moyens potentiels de l’offense sont conçus par elle de manière très extensive. Lisez cette énumération: «soit par des discours, cris ou menaces proférés dans des lieux ou réunions publics, soit par des écrits, imprimés, dessins, gravures, peintures, emblèmes, images ou tout autre support de l’écrit, de la parole ou de l’image vendus ou distribués, mis en vente ou exposés dans des lieux ou réunions publics, soit par des placards ou des affiches exposés au regard du public, soit par tout moyen de communication au public par voie électronique». Une définition aussi extensive donne au Président de la République ou à des personnes qui font du zèle pour son compte, le moyen de poursuivre très facilement les expressions de désapprobation ou d’humeur à son égard. Car je me demande s’il existe une façon d’offenser qui ne puisse être invoquée! Ici un écriteau, mutin certes, mais adressé en quelque sorte à la cantonnade aura suffi. En effet chacun voudra bien noter que le carton de l’ami Hervé ne dit pas à quel «pov’con» il s’adresse. Le fait d’être un «pov con» ne peut suffire à faire inculper qui que ce soit. La preuve: quand bien même le plus illustre des Français en flétrirai un quidam, ce dernier n’en tire aucun droit de poursuite. Ainsi le pêcheur traité de «pov’con» par le chef de l’état ne peut porter plainte contre lui. Mais il semblerait qu’une situation nouvelle et paradoxale existe dans le cas inverse, dorénavant à propos de cette assertion. En effet, si Eon est condamné il sera établi que, du seul fait que le président a prononcé ces mots, n’importe quelle autre personne qui les utilise vise non pas le pêcheur sus mentionné ou un autre «pov con» de son acabit ou assimilé, mais le chef de l’Etat lui-même. Hum! hum! En bonne logique cela ne s’explique pas … A tel point qu’on peut se demander si l’on est en droit de reproduire une photographie du fameux panneau «casse toi pov’con » du camarade Hervé Eon … puisque celui-ci est considéré par les forces de l’ordre comme constitutif d’un délit. Par exemple si je le fais ici est-ce que quelqu’un va demander au bureau du Sénat de lever mon immunité parlementaire pour pouvoir m’inculper d’offense au chef de l’Etat? Je me pose la question d’un pur point de vue juridique à propos de la nature de la liberté d’expression dans notre pays. En effet pour ma part je suis très républicain et je n’ai aucune intention d’offenser le chef de l’Etat mais seulement de le combattre absolument et en tout sur le plan politique. Donc je vais tester tout cela selon la méthode de la science, c’est-à-dire en faisant une expérience concrète, vérifiable et reproductible. Je place en illustration l’assertion incriminée. C’est une expérience très excitante pour moi et j’en suis sûr pour tous mes lecteurs. En effet nous allons observer en direct la réaction du milieu politique ambiant. Serais-je poursuivi? Je pourrais l’être de deux façons. Premièrement en application de la jurisprudence «Eon et son carton» que l’on peut formuler ainsi: «toute personne déclarant aux alentours du passage du chef de l’Etat «casse toi pov con!» est passible de 45 000 euros d’amende». Ultérieurement la loi pourrait préciser le périmètre dans lequel cette affirmation cesse d’être considérée comme adressée au chef de l’État et qu’elle devient réputée ne s’adresser qu’à un importun ordinaire. Second motif de poursuite, après que j’ai publié cette illustration et fait ce commentaire: on considèrerait que je cherche à inciter les autres à agir de façon offensante pour le chef de l’état alors qu’il s’agit d’un délit. Or cette sorte d’incitation est justement punie par la loi. Pour être honnête je ne crains pas trop cette poursuite. En effet ce sera un jeu d’enfant pour moi de faire valoir qu’il n’existe aucune distance, entre un ordinateur où l’on lirait cet article et le passage du chef de l’Etat, qui me place dans le rayon établi par la jurisprudence «Eon et son carton». Cependant je dois mentionner que mes conseillers juridiques sont moins catégoriques. Plusieurs prétendent que si quelqu’un lit sur son ordinateur portable ma note et son illustration alors qu’il se trouve sur le parcours du chef de l’Etat dans le rayon «Eon et son carton» et brandit son écran d’ordinateur je pourrai être considéré d’une part comme incitateur au délit d’offense et secondement complice de celui-ci en ayant fourni le visuel électronique qui aura permis le délit lui-même. Bigre. Je dois donc y réfléchir. Il me semble conforme à la dignité de ma fonction de ne pas prendre le risque, notamment à la veille d’un procès sur ce sujet où je suis cité à comparaitre comme témoin, cette convocation m’ayant été faite par un huissier se rendant spécialement à ma rencontre au Sénat.

Un vieux délit d’opinion ressuscité


J’ai dû creuser l’histoire de ce genre d’affaire. L’utilisation pénale de ce délit est très révélatrice politiquement. En effet il est un quasi monopole d’usage des présidents de droite de la cinquième République. Alors que les présidents de la IIIème République ne l’ont utilisé que 6 fois en 59 ans, le général De Gaulle y a eu recours près de 500 fois … ce qui en dit long sur le climat qui régnait aux débuts de la Vème République. Encore utilisé par George Pompidou, ce délit fut complètement abandonné par la suite. Ni Valéry Giscard d’Estaing ni François Mitterrand n’y eurent recours et pas davantage Jacques Chirac. Mais, surprise, en 2007, Sarkozy décida de le réactiver. Le nouveau président fut à l’initiative de plusieurs poursuites contre des militants exprimant une opposition à son égard. Une affiche étudiante présentant une caricature de Sarkozy en train de faire un doigt d’honneur tomba ainsi sous les foudres de la justice. Ainsi qu’une mère de famille choquée par les manières brutales de la police de Sarkozy et qui protestait pour cela auprès d’un sous préfet. Le zèle du ministère de l’intérieur pour engager de telles poursuites n’est d’ailleurs pas visiblement sans embarrasser la justice elle-même. Relevons que dans les deux cas précédents, aucune condamnation n’a finalement été prononcée.

Le crime de lèse-majesté


Si la justice est embarrassée avec le «délit d’offense au chef de l’Etat» c’est justement parce qu’il renvoie directement à l’ancien «crime de lèse majesté». Cette incrimination est très ancienne puisqu’elle remonte à l’antiquité romaine. Les empereurs Auguste et Pompée l’utilisèrent notamment pour réprimer des opinions insolentes ou critiques à leur égard. La gravité de ce crime trouvait d’ailleurs son fondement dans une sacralisation de la personne du souverain, placé «en majesté» au dessus des lois. Il est vrai que l’empereur de la Rome antique surplombait une société politique drôlement agitée et très portée au crime ainsi que l’avait expérimenté le premier César lui-même … C’est cette définition qui perdura sous l’ancien régime monarchique. Le crime de lèse majesté était utilisé par les rois et les papes pour réprimer de manière très large tout délit d’opinion. A partir du 12ème siècle et du Pape Innocent III le crime de lèse majesté sert ainsi à qualifier l’hérésie et plus largement toute opinion déviante. Quand il y a un abus de pouvoir contre la liberté de conscience, l’église n’est jamais loin.

On comprend aisément pourquoi, dans ces conditions, les Lumières ont été particulièrement critiques envers le «crime de lèse majesté». Nos pères fondateurs y dénonçaient un instrument contre le libre exercice de la raison et la libre expression des opinions. Montesquieu consacre par exemple de nombreuses pages de «l’Esprit des Lois» à dénoncer l’usage abusif du crime de lèse majesté par les monarques. Il explique par exemple que «c’est assez que le crime de lèse majesté soit vague, pour que le gouvernement dégénère en despotisme» (chapitre 7 du livre 12 de l’Esprit des Lois). Et il démontre dans le chapitre 18 du livre 12 de l’Esprit des lois «combien il est dangereux dans les républiques de trop punir le crime de lèse majesté». Cesare Beccaria, le grand penseur des Lumières en matière de justice, consacre également un chapitre au crime de lèse majesté dans «Des délits et des peines». Il y dénonce également les abus entourant cette incrimination: «la tyrannie et l’ignorance ont donné ce nom de lèse majesté à une foule de délits de nature très différente», ajoutant que «dans cette occasion comme dans mille autres, l’homme est souvent victime d’un mot». Il faudra finalement attendre la révolution de 1830 pour que le lent travail des Lumières aboutisse finalement à l’abrogation pure et simple du «crime de lèse majesté» dans le code pénal. Ca ne durera pas. La troisième République et surtout la cinquième République, monarchique en diable et bouffie du culte du grand homme, ressuscitent la répression de ce délit de confort sous le nom d’«offense au président». Le délit en question est d’ailleurs aussi dans le collimateur de la Cour européenne des droits de l’homme par un arrêt du 25 juin 2002. Celle-ci a donc contraint la France à abroger en 2004 le délit similaire d’«offense à chef d’Etat étranger» qui avait valu à la France d’être condamnée pour violation de la liberté d’expression et d’opinion …

Effacer l’opposition


La volonté sarkozyste de ressusciter ce vieux délit d’opinion n’est pas anecdotique. Elle s’intègre dans une logique d’ensemble de déni de démocratie qu’est le sarkozysme en politique. Cette stratégie est globale chez le président de la République. Elle est très politique. Cela a commencé avec la soi-disant «ouverture» du gouvernement à des personnalités issues de la gauche. Son but n’était pas du tout d’élargir l’assise politique de la droite. Il visait à disloquer la gauche en effaçant ses contours dans la confusion. C’est une manière de refuser le principe même de la contradiction politique qui est le poumon de la démocratie. La même logique est à l’œuvre dans le redécoupage des circonscriptions législatives et le projet de réforme du scrutin régional. Là encore il s’agit de diluer les voix de gauche grâce à un savant saucissonnage des communes et des quartiers. D’autres manipulations électorales sont encore en préparation. Ainsi de la révision du mode de scrutin régional avec lequel la droite espère déstabiliser une partie des majorités de gauche des conseils régionaux. C’est l’idée simple que mieux qu’une adhésion populaire toujours changeante, mieux vaut ôter les points d’appuis de la contestation. Une stratégie suicidaire pour la démocratie. Tant de points allant dans le même sens finissent par dessiner un projet global.

Bataille d’idées


Les pandores qui ont demandé et obtenu la mise en examen d’Hervé Eon réalisent-ils qu’ils ont désigné celui à qui s’adressait le message alors même que cela n’est nullement précisé par le texte…Peu leur importe. Cet acharnement a un but: produire crainte et renoncement chez tous ceux qui sont résistants à la politique présidentielle. En fait Nicolas Sarkozy connaît l’importance de la bataille des idées. Il mène une lutte idéologique méthodique. Il l’a dit à l’ouverture du conseil des ministres au lendemain des municipales, à ceux qui le pressaient d’infléchir sa politique:«Il faut au contraire tout faire pour mettre en œuvre la masse critique des réformes qui permettra de changer les comportements et les mentalités». Changer ce que les gens ont dans la tête. Jusqu’à ce que l’idée même de la critique du système paraisse absurde. Voilà ce qu’il essaie de faire. Ainsi se dessine sous nos yeux la réalité ultime du néo libéralisme: un système global qui pour inclure toute activité dans la sphère marchande doit absorber toute pensée critique dans un espace d’évidences indiscutables. Cette forme généralisée de l’empêchement de penser ou de parler autrement que du même point de vue mérite son nom. Le sarkozysme est un système globalitaire. L’inverse de la démocratie républicaine.


364 commentaires à “Lèse Majesté”

Pages : [8] 7 6 5 4 3 2 1 »

  1. 364
    José Angel dit:

    Maxou,

    le résumé aurait très bien pu être fait par les acteurs du site qui ont voulu mettre des diget à la dispo des visiteurs. Il n'y aurait rien là d'extraordinaire, surtout dans la mesure où les originaux sont également dispos.

    C'était une demande de renseignement et non une mise en cause quelconque

    José Angel

  2. 363
    maxou dit:

    Bonjour José Angel
    J'espère bien évidemment que les résumés des textes ont été fait par les auteurs !
    Mais je l'espère, mais comment je pourrais en être certain ?
    Il faut quand même un minimum de confiance non ?

  3. 362
    Bruno dit:

    @ 4 août
    J'ai entendu qq extraits, il a refait le coup sur les Champs Elysées du dimanche, avec un trottoir ouvert et l'autre fermé. Mitterrand avait dit "si Chirac est élu Président ensuite on pourra voir n'importe qui à l'Elysée" ou qq-chose d'approchant, et bien voilà, nous y sommes; Non seulement Sarkozy est le leader de droite le plus dangereux depuis des lustres mais même le personnage serait franchement risible s'il ne faisait pas autant de dégâts.

  4. 361
    Bruno dit:

    Merci maxou pour le lien (351) ... mais vue la longueur des textes il va me falloir un peu de temps pour digérer tout ça !

  5. 360
    José Angel dit:

    Bonjour Maxou,

    concernant le lien que tu viens de donner (p351), je vois que des résumés des textes sont présentés. Peux-tu me dire, si tu le sais, si ces résumés ont été fait par les auteurs des textes ou bien par une équipe de AlternatifsForge ?

    A bientôt et merci pour le lien,
    José Angel

  6. 359
    maxou dit:

    Bruno, post 349
    Seul 3 textes seront soumis au vote des molitants, je t'envoie un lien qui fonctionne je l'espère et tu jugeras par toi même ?
    http://alternativeforge.net/

  7. 358
    4 Août dit:

    Je viens de voir Sarko en direct sur l'emploi.

    De l'enfumage en règle, qui a dû faire mouche devant les zombies de la télé.

    Donc, la crise est bien une "chance" pour poursuivre les "réformes", il nous propose un parcours professionnel digne de la planification soviétique, avec certainement le salaire qui va avec, car en 1h de blabla sur l'emploi, il n'a jamais parlé de les revoir, ces salaires. Le travail du dimanche permettra aux touristes de ne pas trouver les magasins clos. (Mais non, la France ne deviendra pas un musée !).

    Pfouuu....

  8. 357
    Bruno dit:

    Merci maxou pour le lien.
    Le problème c'est qu'après lecture de l'article je demeure incapable de clairement identifier ce qui sépare les 3 textes. Sans doute que je suis tout cela de trop loin. La seule chose que je crois identifier c'est la position des "unitaires" qui si je comprends bien souhaitent que le PCF s'inscrive plus activement dans un rassemblement de la gauche (mais jusqu'où ? jusqu'à s'y fondre , jusqu'à y participer comme composantes ?)
    Peut-être peux-tu m'éclairer sur ce qui sépare ces 4 textes ?

  9. 356
    maxou dit:

    Bonjour à tous,
    Bruno,suite au post 335,
    H2 et maxou (débat sur le devenir du PC) et lien avec le débat (Jennifer / maxou) sur la mobilisation sociale
    http://www.humanite.fr/Les-communistes-se-determinent

  10. 355
    4 Août dit:

    "Le gouvernement veille (un peu trop) sur les blogueurs.

    Le Service d'Information du gouvernement a lancé un appel d'offres auprès de sociétés privées afin d'assurer la veille du traitement de l'actualité gouvernementale sur les médias en ligne. A la grande inquiétude de certains blogueurs."

    http://www.marianne2.fr/Le-gouvernement-veille-un-peu-trop-sur-les-blogueurs_a92713.html

  11. 354
    Nipontchik dit:

    Sénateur, il y apeu, sur ce blog, vous aviez qualifié le ministre du Travail de Sarko, de qqch comme "pire ennemi des travailleurs".
    Eh bien la série continue, déjà au mois d'avril les syndicats de son ministère avaient appelé à une grève contre le refus de titularisation de 4 inspecteurs élèves du travail (c à d des gens qui avaient passé 1 concours difficile et suivi 1 formation de 18 mois).
    Eh bien rebelote! Cette fois-ci ce sont 2 handicapés à qui on refuse la titularisation dans 1 corps de catégorie A (attachés, encadrement).
    Il y a bien 1 obligation légale d'embaucher 6 % de handicapés (et ce ministère est précisément chargé de la contrôler dans les boîtes privées) mais aucune obligation par catégorie ou niveau de qualification (pour des cas similaires en catégorie B et C les syndicats s'étaient battus et avaient obtenu gain de cause).

    Mais là le même combat n'a pas été mené (et 1 combat qu'on ne mène pas est 1 combat perdu).
    Tout ça est bien triste pour les droits des fonctionnaires et des travailleurs et pour le mouvement ouvrier.

    Parce qu'en face on sait qui ils représentent et on n'est quand même pas enfumés par les discours socialistes de Sarko.

  12. 353
    ça pourra pas être pire dit:

    On pensait que...

    MICHEL COLLON

    A chaque nouveau président US, on se dit : « Il ne peut être pire que le précédent ! »

    On pensait que Kennedy serait un président moderne et sympa. Il a lancé la guerre du Vietnam.

    On pensait que le pasteur Carter serait un président plus honnête que les autres. Il a financé Ben Laden en Afghanistan.

    On pensait que George Bush père serait moins agressif que le cow-boy Reagan. Il a bombardé l'Irak.

    On pense qu'Obama sera...

    27 octobre 2008

    Sur la stratégie de Brzezinzki, le gourou d'Obama, voir notre article:
    "Quelle sera la politique internationale des USA ?"

  13. 352
    commandant P. dit:

    @jennifer

    le front Russe, c'est 65% à 70% des pertes militaires allemandes de la 2ème guerre mondiale

    Stalingrad, c'est la victoire militaire la plus importante qui soit, en terme d'effectifs faits prisonniers (la précédente, c'était la capitulation de Bazaine à Metz, en 1870, avec près 200 000 prisonniers)

  14. 351
    Vers une deuxième crise bancaire en Europe dit:

    Vers une deuxième crise bancaire en Europe de l'Ouest.

    La crise financière qui se répand comme une traînée de poudre dans tout l’ex-bloc soviétique menace de déclencher une deuxième crise bancaire en Europe de l’Ouest, encore plus dangereuse, entraînant l’ensemble du continent dans un véritable marasme économique.

    La solidité des monnaies est testée jusqu’à la rupture à la périphérie de l'Union Monétaire Européenne, durant cette tourmente qui rappelle celle de l’effondrement du serpent monétaire européen en 1992.
    « C’est la plus grande crise monétaire que le monde ait jamais vu », déclare Neil Mellor, analyste à la banque Mellon.
    Les experts craignent que ce chaos ne puisse bientôt déclencher une réaction en chaîne au sein de la zone euro elle-même. Le risque réside en une augmentation brutale de la fuite des capitaux quittant l’Autriche et des pays du « Club Med » qui tablent sur les financements de l’étranger pour couvrir les énormes déficits de leurs balances des comptes courants.
    Les données les plus récentes de la Banque des Règlements Internationaux montrent que les banques d’Europe occidentale ont dans leurs livres la quasi-totalité de l’exposition au risque né du dégonflement de la bulle sur les marchés émergents.
    Elles détiennent les trois-quarts du total (4 700 milliards de dollars) des prêts bancaires octroyés en Europe de l’Est, en Amérique Latine et dans les pays émergents d’Asie lors du dernier boom mondial du crédit. Cette somme dépasse largement les montants de la débâcle des crédits hypothécaires US.
    L’Europe a déjà eu un premier avant-goût de ce que cela pourrait signifier. Les mésaventures de l’Islande lui a coûté 74 milliards de dollars. Les Allemands ont perdu 22 milliards de dollars.
    Stephen Jen, responsable du secteur des devises chez Morgan Stanley, affirme que le crash des marchés émergents est un risque largement sous-estimé. Il menace de devenir « le deuxième épicentre de la crise financière mondiale », qui concernerait cette fois-ci l’Europe et non plus les USA.
    L’exposition des banques autrichiennes sur les marchés émergents est égale à 85 % du PIB - avec une forte concentration en Hongrie, en Ukraine et en Serbie - qui tous, avec la Biélorussie, se pressent à la porte du FMI pour obtenir des prêts pour leur sauvetage.
    Le montant de cette exposition au risque représente 50 % du PIB en Suisse, 25 % en Suède, 24 % au Royaume-Uni, et 23 % en Espagne. Aux États-Unis elle n’est que de 4 %. L’Amérique restera spectatrice durant ce nouvel épisode.
    Les banques espagnoles ont prêté 316 milliards de dollars à l’Amérique latine, près de deux fois le montant accordé par l’ensemble des banques américaines ( 172 milliards) à ce qui était autrefois le pré carré des États-Unis. D’où les doutes croissants qui s’expriment sur la santé du système financier espagnol - déjà en situation de stress en raison de la crise de l’immobilier - au moment où l’Argentine se rapproche d’un nouveau défaut de paiement, et où la devise, les obligations et les actions Brésiliennes sont en chute libre.
    D’une manière générale, les États-Unis et le Japon se sont tenus à l’écart du boom du crédit dans les marchés émergents. Cette fête du crédit a été un jeu européen - souvent en utilisant des fonds en dollars, ce qui ajoute encore à l’aspect terrible du « deleveraging, » ce processus de liquidation mondial, qui propulse le dollar vers des sommets. Nulle part ailleurs ce phénomène n’a été plus extrême que dans l’ex-bloc soviétique.
    La région a emprunté 1 600 milliards de dollars, euros et francs suisses. Quelques propriétaires qui ont pris de gros risques en Hongrie et Lettonie ont souscrit des crédits hypothèques libellés en yens japonais. Ils ont tout simplement subi une hausse de 40% de leur dette depuis juillet. Personne ne les avait mis en garde contre ce qui pouvait se passer lorsque le carry trade [1] avec le Japon connaîtrait une inversion brutale, comme c’est le cas avec ce retournement de cycle.
    Les experts du FMI avaient rédigé un rapport il y a deux ans, intitulé « Asie 1996 et l’Europe de Est 2006 - la réédition du Déjà vu ? », qui avertissait que cette région était le théâtre des plus dangereux excès financiers dans le monde.
    Ce texte, inexplicablement, n’a jamais été publié, bien que des copies non officielles aient circulé. Peu de choses ont été faites pour tenter de refroidir la croissance du crédit, ou pour mettre fin à une dépendance mortelle à des capitaux étrangers. La semaine dernière, les discrets auteurs de ce document ont tenu lors revanche, lorsque l’Europe de l’Est est partie en vrille.
    La Hongrie a stupéfié le marché en augmentant les taux de 3 % pour les porter à 11.5 % en une dernière tentative pour défendre le cours du Florin vis-à-vis de la monnaie européenne.
    Les requins des hedges funds sont attirés par l’odeur du sang et voient se former une liste de devises qui sont leurs victimes potentielles. « L’économie n’est pas assez forte pour supporter le choc, donc on sait que ce n’est pas viable », avertit Simon Derrick, spécialiste des devises à la Banque Mellon.
    La Roumanie a multiplié par 9 son taux au jour le jour pour tenter d’endiguer la fuite des capitaux, rappelant ainsi les mesures désespérées prises par les banques Scandinaves dans les derniers jours de la crise du SME en 1992 - décisions qui avaient transformé en catastrophe la crise bancaire des pays nordiques.
    La Russie est également dans l’oeil du cyclone, en dépit de sa richesse énergétique - ou à cause d’elle. Le coût de l’assurance sur la dette de l’Etat russe, par le biais de contrats de Credit-Defaut Swaps (CDS), a bondi à 12 % la semaine dernière, a un niveau plus élevé que celui qu’avait atteint la dette Islandaise, avant que Reykjavik ne subisse son « Crépuscule des Dieux. »
    Les marchés ne croient plus que la structure du budget et des dépenses de l’État russe soient viables maintenant que le pétrole menace de plonger à moins de 60 dollars le baril. La dette extérieure de l’oligarchie (530 milliards de dollars) dépasse le niveau des réserves en devises du pays. 47 milliards de dollars doivent être remboursé au cours des deux prochains mois.
    Les courtiers suivent la situation avec une attention particulière au moment où la contagion passe de la périphérie au cœur de la zone euro. Ils suivent l’évolution des différentiels de taux entre les bons du trésor à 10 ans de l’Italie et de l’Allemagne, qui fournissent un baromètre du stress auquel est soumis l’union monétaire.
    Cet écart a atteint 93 points de base, soit 0,93 %, la semaine dernière, plus haut niveau observé depuis la création de l’Union Monétaire. Personne ne sait où se situe le point de rupture, mais une valeur supérieure à 100 serait considérée comme une alarme rouge. Le marché a pris bonne note que ce vendredi, les plus grandes banques portugaises, Millenium, BPI, et Banco Espirito Santo se sont préparées à accepter en urgence les garanties de crédit offertes par l’Etat.
    Hans Redeker, responsable du secteur devise à BNP Paribas, écrit qu’il existe un danger imminent que les parités des devises de l’Europe de l’Est soient rompues si les autorités de l’UE ne prennent pas une pleine conscience de la gravité de la menace, ce qui à son tour provoquerait une dangereuse crise pour l’Union Monétaire elle même.
    « Le système est paralysé, et il commence à ressembler à celui du mercredi noir de 1992. J’ai bien peur que cela ait un effet déflationniste sur l’économie de l’Europe occidentale. Il est pratiquement garanti que l’offre de monnaie dans la zone euro soit sur le point d’imploser », estime-t-il.
    Léger réconfort pour les lecteurs britanniques : les banques du Royaume-Uni n’ont pratiquement pas d’exposition sur l’ex-bloc communiste, à l’exception de la Pologne, qui est l’un des Etats les moins vulnérables.
    La menace pour la Grande-Bretagne réside dans les pays émergents d’Asie, où les banques ont accordé 329 milliards de dollars de prêts, presque autant que les Américains et les Japonais réunis. Que vous le sachiez ou pas, votre fonds de pension coule en même temps que les obligations des entreprises vietnamiennes et les prêts octroyés à des magnats indiens de l’acier. Personne ne vous l’avait dit ?

    Ambrose Evans-Pritchars, The Telegraph, 26 octobre 2008.

    Notes :

    [1] carry trade : pratique consistant à emprunter à l’international dans une devise où les taux d’intérêts sont bas, en vue de placement dans les régions à haut rendement. En cas de variation brutale et défavorable des cours des devises, l’emprunteur est ruiné.

    http://contreinfo.info/article.php3?id_article=2284

Pages : [8] 7 6 5 4 3 2 1 »

Blog basé sur Wordpress © 2009/2010 INFO Service
Générateur de miniatures