La guerre en questions ? Article suivant
sept 08 26

 

«La voie étroite de Nicolas Sarkozy pour réformer le capitalisme» minaude le journal «Le monde» On se pince. Sarkozy anti capitaliste! Quelle farce! Et depuis, ses gesticulations tournent en boucle. Mais ce qu’il dit n’a pas de sens. La crise du capitalisme n’est pas une crise morale. Dans cette note je parle de cela du traité de Lisbonne et du congrès socialiste.

La cause de la crise n’est pas dans la voracité des traders mais dans le système qui a non seulement permis mais encouragé leur activité. C’est d’ailleurs pourquoi l’idée de les punir est absurde. Ces gens n’ont pas agit contre la loi mais avec elle. D’ailleurs les lois ont été modifiées sans trêve pour leur convenir et faciliter leur travail. Tous les compartiments de l’activité économique ont été mis au diapason. Tous sans exception et chaque jour davantage. C’est ce qu’on appelle «la réforme» ou «la modernisation» depuis des années et des années. La financiarisation du capitalisme n’est pas un accident du capitalisme mais l’état naturel de son nouvel âge depuis bientôt au moins vingt ans. Déréglementation, dérégulation, flexibilité sont les maitres mots des politiques des programmes de droite et des sociaux libéraux pendant toute cette période. Et cela, Sarkozy ne propose pas de l’arrêter un instant. Ni une semaine, un jour, une seconde. A l’inverse. Il dit que la crise ne doit pas ralentir la réforme mais au contraire l’approfondir. Lui et les autres ont compris qu’il faut donner l’impression que tout va changer pour que tout dure comme avant. Vieille tactique des puissants lorsque leurs turpitudes sont devenues trop visibles ou qu’elles ont créé trop de dégâts. Comme il est triste de voir se réaliser nos pires prédictions. Voyez par exemple les fameuses retraites par capitalisation! Des millions de gens ont d’ors et déjà perdu des années de travail, d’économie et d’efforts. Ils seront pauvres jusqu’à leur dernier souffle. Ou sont les coupables? Tous ceux qui ont fait taire nos voix, brocardé nos porte paroles et déversé des millions en publicité et pot de vin pour obtenir des législations qui permettent l’installation de ces fonds partout dans le monde. Ce sont les hommes politiques de droite et de gauche, les journalistes de tous poils à la Charles Sylvestre qui ont des années durant  été les griots du système. Ils ne seront pas punis par Sarkozy. Ni par personne. Et voila le point qui compte. Combien de temps pour que la prise de conscience de cette impunité gagne du terrain ? Selon moi, après bien d’autres, tout ceci ne fait que commencer. Une nouvelle période s’ouvre, très dangereuse pour la paix et la démocratie si l’on se réfère à ce qu’a montré l’histoire dans des situations comparable. C’est ça aussi la nouveauté: plus le monde change plus il ressemble au passé… Mais il y a un absent de taille: un projet et un programme alternatif. Le communisme est rayé de la carte, le socialisme «démocratique» est domestiqué. Le monde du travail est donc sans voix politique. En France, les commentaires des portes parole du PS sont aussi creux qu’éloquents. Ils ne peuvent naturellement pas dénoncer le système: ils viennent juste d’annoncer partout avec leur déclaration de principe qu’ils y sont ralliés. Donc ils politicaillent: «Sarkozy peut pas dire que tout est de la faute de la crise parce que c’est aussi de sa faute!» Nannanère! Nannanère! Et au passage un peu de sauce social libérale: Michel Sapin reproche à Sarkozy le déficit excessif du budget de l’Etat et la perte de compétitivité des entreprises! Mais le plus «perché», comme on dit à Marseille, c’est encore une fois ce pauvre Rocard. Il déclare dans «le Parisien» de ce 26 septembre que Sarkozy est le représentant d’une droite «réformatrice et intelligente» jusqu’au point où si «des hommes politiques de droite se rendent compte qu’il ya une erreur d’aiguillage du capitalisme cela n’en fait pas des hommes de gauche pour autant mais cela rend des convergences possibles». Avec de tels ennemis, le capitalisme financier n’a pas besoin d’amis.

DE LA SUITE DANS LES IDEES

On aurait tort de croire que la crise financière abat seulement le château de carte du capital fictif. Ou  qu’elle ridiculise seulement les politiciens de village qui ont couru derrière les compliments des puissants et des gavés. Elle fiche aussi par terre ce qui reste de boniments en faveur du lamentable traité de Lisbonne dont Nicolas Sarkozy oublie de parler dans ses tirades de nouveau guévariste. Il sera bon de l’y ramener ainsi que tous les euros béats de droite et de gauche qui s’y sont raccrochés comme à une bouée de sauvetage depuis la noyade du traité constitutionnel dans l’océan du vote populaire. Si ces beaux parleurs lisent au moins une fois dans leur vie le texte auquel ils adhérent ils découvriront le genre d’Europe protectrice qu’ils ont mis en place. Par exemple à l’article 56 du nouveau Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne, qui reprend exactement l’article III-156 de feu la prétendue Constitution européenne. Lisez, lisez, brave gens: «toutes les restrictions aux mouvements de capitaux entre les Etats membres et entre les Etats membres et les pays tiers sont interdites» Pas de barrage contre l’argent fou, les flots de placements toxiques, les brassées de titres pourris. C’est interdit de s’en protéger! La belle Europe que voila! Et comme si ça ne suffisait pas le même article prévoit que «toutes les restrictions aux paiements entre les Etats membres et entre les Etats membres et les pays tiers sont interdites.» Succursales et agents double sont donc autorisés à puiser à pleine main dans les caisses européennes pour nourrir les comptes bancales d’outre atlantique. Mille mercis au grand prévoyant Nicolas Sarkozy, auteur parait-il de ce texte «simplifié». Sera t il sanctionné? Mille bravos aux zozos du PS, des verts et des radicaux de gauche qui ont permis par leur vote complices au congrès du parlement que ce texte soit approuvé. Ceux là ou sont-ils passé? On n’entend pas leur voix ni leur trémolos européiste ni leur tirade contre les «xénophobes nonistes». Seront-ils sanctionnés. Et quand ils vont venir faire leurs tirades anti capitalistes pour se mettre à la mode du jour se souviendront-ils du mal qu’ils ont déjà fait en tant qu’apologiste du traité de Lisbonne? Lequel de mes lecteurs veut bien publier ici de nouveau la liste de ceux qui ont voté oui à la réforme de la Constitution a Versailles pour rendre ce mauvais coup possible! Evidemment ca vaudra la peine de voir qui signe quelle motion au congrès du PS parmi eux. Car ce ne sera pas un bon signe de lucidité politique.

UN FAIT HISTORIQUE

Voila qui m’amène jusqu’à la porte du congrès socialiste. Je rappelle à mes lecteurs intéressés par le détail de ce sujets et ses rebondissements qu’ils peuvent avoir des nouvelles à tout instant sur ce thème en se rendant sur le blog du courant auquel je participe : « Trait d’union » et dont la responsable est Pascale Le Néouannic conseillère régionale d’ile de France. « Trait d’union aujourd’hui, c’est un plancher de huit mille voix, une présence dans quatre vingt cinq départements, cinq membres au bureau national du PS, vingt dans les instances nationales de ce parti, près de cent cinquante secrétaires de sections, trente maires, autant de conseillers généraux,  et ainsi de suite. Mais c’est aussi et de bien des façons une force en suspend. Des centaines de ses membres considèrent que c’est sans doute leur dernier congrès si rien ne change au PS. Si nous n’avions pas fait la motion commune de la gauche du parti je pense que nombreux auraient été ceux qui n’auraient même pas attendu le congrès pour jeter l’éponge. C’est pourquoi l’accord pour la motion commune a pu se faire sans difficulté de ce côté et que les conditions de la cuisine interne qui l’on accompagné ont été si vite réglées. Une fois Hamon et Emmanuelli bien convaincus que rien de cohérent ne pouvait se faire à cette étape avec Martine Aubry, nous étions partisans sans préalable de la motion commune. Ce qui s’est fait. Le dépôt d’une motion commune de toute la gauche du parti est un évènement historique. C’est la première fois depuis trente ans que cette branche du socialisme se présente unie aux suffrages des militants.  En plaçant un homme de 41 ans, ancien premier secrétaire du MJS, à la fois moderne par son âge et traditionnel par son parcours, comme premier signataire et candidat au poste de premier secrétaire nous avons aussi donné un signal de renouvellement qui finit de mettre toutes les chances de notre côté pour proposer aux socialistes une alternative crédible et conquérante. Je crois que l’hétérogénéité des cultures et des histoires des composantes qui forment cette motion est elle aussi un signe de bonne santé et un gage d’ouverture d’esprit. Un ancien rocardien, Benoit Hamon, voisine avec un ancien fondateur de la ligue communiste révolutionnaire, Gérard Filoche, un ancien jospiniste comme Henri Emmanuelli s’unit à un ancien fabiusien comme Paul Quilès. Et ainsi de suite, même si je sais bien que toutes ces histoires sont dorénavant loin derrière chacun des personnages que j’évoque… En tous cas, pour moi qui ai fondé et animé quinze ans «la gauche socialiste» puis «Nouveau Monde» je dois dire que, même si mes illusions à l’égard du PS sont quasi nulles, je vois avec beaucoup d’émotion et d’espoir ce rassemblement se mettre en mouvement. Je l’ai tant espérer en vain dans le passé. Mes amis s’y sont voués avec énergie et leur pétition pour cela avait recueilli en mai dernier mille trois cent signatures.Je pense que la motion commune de la gauche du parti peut inverser la pente droitière sur laquelle dévale le Parti surtout depuis la défaite de 2002. Je n’exagère pas. Les niveaux précédents de votes de gauche au PS permettent d’envisager que la motion Hamon passe en tête. Surtout quand l’ancienne majorité est divisée en trois motions concurrentes. Et plus encore dans le contexte de la crise financière qui valide les thèses constantes de la gauche du parti et ridiculise les professions de foi sociale libérale des poids lourds de l’ancienne majorité. Je sais bien que les mêmes qui hier faisaient assaut de gages droitier peuvent demain se mettre à débiter des discours quasi révolutionnaires avec la même tranquille assurance. «Mettez vous à genoux vous finirez par croire », disait Blaise Pascal. Donc je préfère les entendre pourfendre le capitalisme que lui lécher les bottes. Mais je ne crois pas qu’ils convaincront beaucoup dans leur nouvelle posture. Il me semble que si c’est pour passer enfin à une critique constructive du capitalisme et penser un autre futur, la gauche du parti est plus crédible.

 

 

268 commentaires à “La farce de Sarkozy”

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  1. 1
    PAGES dit:

    MERCI…….

  2. 2
    A.D. dit:

    Bonne analyse de la crise. Cf. la pétition « Stop la finance » coordonée par Frédéric Lordon et Jean-Marie Harribey, avec en tête de proue l’abrogration de l’article déjà présent dans les précédents traités sur la liberté des mouvements de capitaux.

    Amicalement

  3. 3
    Rock&Troll dit:

    Ouh la la !!!

    Y’a d’la matière !

    Monsieur Mélenchon, avec tout les respects que je vous dois …. vous manquez de muscles en matière de compétence économiques et d’informations sur la crise.

    Permettez moi de vous donner l’occasion de mettre à jour vos connaissances à l’aide d’un bréviaire fort simple explicant sobrement et avec des petits dessins la cris des subprimes : http://yfigexnihilo.hautetfort.com/archive/2008/09/24/explications-des-subprimes-pour-les-nuls.html

    Ne me remerciez pas ….. c’est pour votre bien et le mien car il est impossible de discuter avec quelqu’un qui n’est pas suffisamment informé.

    Je lis le reste de votre billet et si je trouve matière à en reparler, je reviens vers vous ….

  4. 4
    Rock&Troll dit:

    citation :
    « Ces gens n’ont pas agit contre la loi mais avec elle. »

    Non non, monsieur, ils ont fait de fausses déclarations, ils ont baisé la loi !

  5. 5
    Rock&Troll dit:

    Citation :
    « Voyez par exemple les fameuses retraites par capitalisation! Des millions de gens ont d’ors et déjà perdu des années de travail, d’économie et d’efforts. Ils seront pauvres jusqu’à leur dernier souffle. »

    Euh !!!! si je puis me permettre …..

    il y a 2 cas de figure :
    (1) les fonds de pension qui ont cru bon prendre des placements à risque contre la loi qui les oblige à la plus grande prudence et leur interdit les placements risqués. Il faut punir les dirigeants de ces caisses de retraites car ils ont violé les règles.

    (2) les fonds de retraite par répartition honnêtes et qui ont pris des placements sécurisés et prudentiels.
    Mais attention !!!! dans ceux là, il y a ceux qui sont honnêtes jusqu’au bout et qui vont rassurer leurs clients en leur annonçant la bonne nouvelle : nous n’avons pas touché aux fonds spéculatifs, vos avoirs sont intacts !
    Et ceux qui vont profiter du bordel ambiant pour se mettre tout ou partie des avoirs dans la poche en les transférants vers des sociétés financières bidons et qui diront à leurs clients …. Monsieur Sarkozy vous a prévenus …. il avait raison, nous sommes victimes de la crise et vous n’avez plus de retraites !

  6. 6
    Rock&Troll dit:

    citation :
    « Donc ils politicaillent: «Sarkozy peut pas dire que tout est de la faute de la crise parce que c’est aussi de sa faute!» Nannanère! Nannanère! »

    C’est un nouveau style littéraire ? :-)

  7. 7
    aquestecop dit:

    Merci, de nous donner tant d’espoir; qui ne sera pas, nous l’espérons une désillusion de plus après le congrès.

  8. 8
    paul dit:

    La solution pour que le PS retrouve le chemin du socialisme serait que la motion Hamon vire en tête ? Y a du boulot, mais c’est peut-être jouable et non pas question d’illusions…
    En tout cas, on a pas l’air cons avec notre nouvelle « Déclaration de Principes » !

  9. 9
    Rock&Troll dit:

    citation :
    « Lisez, lisez, brave gens: «toutes les restrictions aux mouvements de capitaux entre les Etats membres et entre les Etats membres et les pays tiers sont interdites» Pas de barrage contre l’argent fou, les flots de placements toxiques, les brassées de titres pourris.  »

    Je crois que vous en rajoutez (euh ! …. s’il vous plaît !!!)

    En fait, il y a eu dérégulation des systèmes financiers quand l’obligation de réserve en or a été abandonnée.

    Suivi, en France, du démantellement de la Banque de France qui avait mis au point des outils de contrôle des flux fianciers permettant de faire remonter, entre autres, les investissements fictifs et blanchiements d’argent … merci qui ?

    Puis deuxième vague, la libéralisation des marchés financiers et les baisses des taux d’intérêts pour doper les économies en perte de vitesse.

    Mais, si, comme le croyaient les penseurs naïfs de la banque fédérale et du ministère de l’économie bon marché, les financiers avaient respectés à la lettre les règles de bonne conduite (le fameux auto régulation) …. les marchés seraient resté sains et nous n’aurions vécu qu’une crise structurelle redressable car liée à la délocalisation des productions qui sont une connerie abyssale … j’vous raconterai si vous êtes sage ….

    Alors, pour en revenir à votre citation, dans un marché auto régulé, avec des financiers responsables et honnêtes, la « libre circulation des flux financiers » correspond à un besoin vitale des économies, un peu comme le sang dans les artères, les veines et tout l’restant.

    Vous faites, d’un article normal, un étendard boîteux. C’est pas bien, parce que, au lieu de renforcer vos propos et de leur donner de la cohérence, ça les décridibilise ….. mais on est habitués ….. tous les hommes politiques passente leur temps à ce petit jeu stupide.
    Ne croyez vous pas qu’il est PLUS que temps que les politiques deviennent sérieux, s’informent en profondeur et cessent de dire n’importe quoi ?

  10. 10
    Bruno dit:

    Merci de nous autoriser à un peu d’espoir malgré les « illusions quasi nulles à l’égard du PS. Ce Sarkozy est en effet stupéfiant de culot dans l’art de faire croire qu’il veut l’inverse de ce qu’il fait réellement, encore pire que Chirac avec la fracture sociale. Je vous invite à lire l’éditorial de Denis Sieffert (Politis n°1019) : « il n’y a pas de dépassement mécanique du capitalisme, tout simplement parce qu’il ne s’agit pas d’erreurs qu’il faut corriger mais d’intérêts qui ne disparaissent pas avec les crises ». Je fais le lien avec votre constat : « Mais il y a un absent de taille: un projet et un programme alternatif. Le communisme est rayé de la carte, le socialisme «démocratique» est domestiqué. » Comment et où peut se concevoir et se porter avec clarté un tel projet alternatif ? » Voilà la question, en oubliant pas que l’adhésion populaire repose sur l’adhésion à des valeurs mais aussi sur une juste appréciation de leurs intérêts par chacune des classes ou catégories sociales. Le PS s’est trop égaré pour permettre seul cette élaboration. Pas plus que le PCF, le NPA ou les Verts (fussent-ils de gauche). Une démarche collective est nécessaire.

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