Je sais bien que l’essentiel, à cette heure, c’est l’extension de la crise financière. Peut-être est-ce le tournant de notre temps. Qu’est-ce qui va arrêter ça ? Pas le stupide aveuglement des libéraux de tous poils qui continuent à ânonner leur archaïque catéchisme de recettes dépassées. Et sûrement pas non plus nos gouvernants de droite qui prétendent retenir comme leçon du vote de dimanche qu’il leur serait demandé d’en faire davantage encore côté dérèglementation. Les fous ! Mais nous avons plutôt le nez sur l’évènement électoral qui nous semble plus proche politiquement. C’est bien naturel de consacrer du temps à le comprendre. Je n’ai pas l’intention d’ajouter à la masse des commentaires disponibles à propos des élections municipales et cantonales. Mais je veux insister sur l’idée que l’analyse des résultats est un enjeu. Savoir ce qui se passe. Sinon ce sera le royaume des bavardages. Je note que le repère des élections cantonales est toujours aussi peu évoqué. Pourtant il est absolument clair. Peut-être est ce pour cela, non ? Gauche : 51% droite : 44 %. Un point c’est tout. Et je veux revenir sur le Modem, cette baudruche de confort pour animer la conversation des soirées éléctorales. Au premier tour on avait déjà vu l’absence d’effet positif des cas d’alliance du PS avec le Modem. L’échec de cette stratégie est encore plus manifeste au second.
Le Modem est inutile là où la gauche est sortante
Là où la gauche était sortante, comme à Grenoble ou Montpellier, l’alliance du PS avec le Modem n’a produit aucune dynamique. Allié au Modem, le PS fait même moins bien dans ces deux villes qu’en 2001. Démonstration supplémentaire: à cette époque au second tour l’alliance s’était faite avec les Verts et une partie de la gauche radicale ! A Grenoble, la liste PS régresse de 51 % en 2001 à 48 % en 2008 et à Montpellier de 56,3 % à 51,88 %. Dans ces deux villes « laboratoires » de l’alliance socialiste avec le Modem, la colère d’un grand nombre d’électeurs de gauche a renforcé nettement le vote pour les listes de gauche alternativeslorsqu’elles se maintenaient au second tour. A Montpellier le tandem Verts-LCR dépasse ainsi les 18 %. A Grenoble, les Verts alliés aux alternatifs et à la gauche citoyenne s’envolent à 22,5 %. A Lille, autre ville de gauche sortante, le seul effet réel de l’alliance surprise du PS avec le Modem entre les deux tours semble être d’avoir poussé un nombre croissant d’électeurs dans l’abstention. Elle atteint son record historique dans cette ville ancrée à gauche.
Le Modem n’apporte rien à la gauche face à la droite
A Marseille, Perpignan, Melun ou Briançon, l’alliance du PS avec le Modem entre les deux tours n’a donné aucune dynamique à la gauche contre la droite sortante. Ainsi à Marseille, en dépit d’une énorme énergie de campagne socialiste, la gauche ne perce que dans le 1er secteur, là où le vote LCR était fort. Ce vote a fourni l’appoint décisif pour la victoire. Mais, à l’inverse, la gauche échoue dans le 3ème secteur de Marseille où la réserve de voix du Modem était pourtant potentiellement bien plus forte.
Autre constat. Les listes PS-Modem obtiennent souvent au second tour des scores plus faibles que l’addition de leurs scores du premier tour. Exemple. A Melun. La liste PS-Modem termine à 48 %. L’addition des scores de premier tour donnait 52 % ! A Briançon le total PS-Modem se tasse de 49 % à 48 % entre les deux tours. L’alliance du PS avec le Modem ne crée donc aucune dynamique pour la gauche. Le brouillage politique qui en résulte peut même parfois plomber complètement le PS. On l’a déjà signalé au 1er tour à Ales où l’alliance du PS avec le Modem a reporté les électeurs de gauche vers le PCF. Tant mieux. Le même phénomène s’est produit au second tour à Brignolles dans le Var où le PCF parvient à l’emporter face à l’UMP sortante en captant tout l’électorat socialiste désemparé par le tandem PS-Modem qui s’écroule à 10 %.
Certes, on trouve de très rares exceptions à ce naufrage général des alliances PS-Modem. Mais il faut alors les regarder de près. C’est le cas à Asnières et Brive la Gaillarde. Mais dans ces deux cas, le PS l’a emporté en fusionnant non seulement avec le Modem mais aussi avec des dissidents de droite, ex-RPR et UMP. Ces cas sont tellement isolés, fantaisistes et peu exemplaires qu’ils n’ont aucune signification généralisable.
Là où le Modem gagne, c’est contre la gauche
Le Modem ne conserve ou gagne des villes que contre la gauche. Alliés à la droite, ses listes prennent Mont de Marsan et Saint Brieuc au PS. De même il conserve Arras, Biarritz, Epinay sur Seine et Talence en alliance avec la droite et contre la gauche.
Là où la gauche gagne, c’est contre le Modem ou sans lui
Déjà au 1er tour, la quasi-totalité des villes prises par la gauche à la droite l’avaient été sans le Modem et souvent contre lui : Alençon, Rodez, Laval, Rouen et ainsi de suite. Même phénomène au second tour. A Toulouse, Périgueux, Colombes, Vandoeuvre les Nancy, Niort ou Noisy le Sec, la gauche l’emporte contre des listes de droite fusionnées avec le Modem ou soutenues par lui. A Saint Etienne et à Pau, la gauche l’emporte face au Modem et à l’UMP qui s’étaient maintenus séparément en triangulaire.La gauche gagne aussi sans le Modem à Amiens, Strasbourg, Caen, Evreux où le parti de Bayrou n’avait donné aucune consigne de vote.
EN CONCLUSION
Bien sur, l’analyse d’un aspect du résultat ne contient pas l’étude de toutes ses significations. Mais les faits réels à ce sujet doivent être pris au sérieux. Nous avons trop été gavés de commentaires absurdes sur le « réalisme électoral » qui exigerait cette alliance. Puis sur le mythe du Modem « arbitre » du deuxième tour. Pour la gauche, le deuxième tour s’est joué sur la qualité des alliances et des reports de voix à gauche. Pour le reste, dans tous les cas de figure, le Modem apparait donc dans ces élections municipales sous sa vraie réalité politique : un parti de droite avec lequel la gauche n’a rien à gagner.
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18 mars 2008 à 20h57
Mea culpa.
Mon post a une connotation ironique, pour rire un peu du marché. Certains, certainement un peu faibles d’esprit, et qui ne voient pas plus loin que le 1er degré, n’ont pas pu en savourer la subtilité.
Désolé.
18 mars 2008 à 21h06
Pour les accros de la crise financière
http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=37306
18 mars 2008 à 21h13
Tout va bien Nicolas a tiré les leçons du scrutin !!! Il attend que les caméras ne le filment plus pour mettre ses ray ban!!! Et ce sont des journalistes qui nous donnent cette fine analyse politique des conséquences de la défaite de la droite!!
Mais tout ceci ne saurait démobiliser l’ex socialiste, nouvellement de « l’autre gauche » que je suis devenue!!! Seulement une sensation d’être dans un optimisme parfois déprimant!!!!
18 mars 2008 à 21h32
Visiblement, la chute des marchés entraine une schizo chez certains pourris comme toi qui en vivent sur le dos des autres. Tant mieux.
L’enflure.
18 mars 2008 à 21h46
A lire de toute urgence :
http://www.lemonde.fr/economie/article/2008/03/18/les-banques-de-la-city-commencent-a-reduire-les-effectifs_1024369_3234.html#ens_id=951246
18 mars 2008 à 22h18
Je ne me suis jamais réellement impliqué en politique.
Ce blog est le premier de type politique sur lequel je laisse des commentaires, depuis une quinzaine de jours en gros. J’y suis venu à cause de la personnalité de JLM, que je trouve intéressant.
J’ai essayé pas mal de choses, la sympathie, la provocation, l’agressivité, l’argumentation, la raison, l’analyse, les citations, etc.
J’ai essayé également avec un bonheur très relatif mais néammoins quelques avancées de communiquer mon désir et quelques axes possibles pour réinventer des mécanismes pouvant s’appliquer à la politique notamment.
Je continue ce travail par ailleurs, avec quelques libres penseurs humanistes mais réalistes, bien plus cultivés que moi, et voyageant sans fardeaux idéologiques, eux.
Car je crois que nous avons à présent un problème sérieux en ce qui concerne l’organisation de nos sociétés, la santé des Démocraties occidentales, et bien entendu les règles sociaux économiques à l’oeuvre dans l’ombre.
Ce blof fut très instructif, à la fois sur les différents types de publics qu’on peut rencontrer ici, sur la perméabilité intellectuelle aux idées, sur les types d’interactions qui se créent, sur l’expression de l’appartenance aux groupes politiques aussi…
Merci à tous, fossiles compris (plaisanterie amicale).
18 mars 2008 à 22h19
Cher Monsieur le Sénateur,
Je travaille dans un institut de sondage et nous menons actuellement une étude d’opinion sur les questions de la réforme à venir des retraites. Sur les solutions proposées, voici celles que nous mentionons : 1 – augmenter progressivement les annuités de cotisation pour tous à 43 ans 2 – reculer progressivement jusque 2030 l’âge de la retraite jusqu’à 63 ans 3- augmenter de 20% les cotisations 4- diminuer progressivement les pensions jusque 10%. Les personnes interrogées sont appelées à classer ces solutions dans l’ordre de préférence, après une introduction sur l’urgence et la gravité de la question des retraites. Et c’est là que l’on voit à quel point ces sondages paraissent orientés. Car aucune autre solution n’est proposée. Les Français interrogés classent donc ces quatre solutions et les résultats de l’enquête ne pourront que révéler que l’une d’elle optient l’aval de la majorité des Français. Conclusion : peut on croire aux sondages, quels qu’ils soient ? Ces questions me semblent très techniques. N’existe-t’il véritablement que ces quatre solutions là pour réformer le système des retraites dans notre pays ? Sont ce là les seules issues possibles ? Si non, quels autres choix sont possibles ? Pourriez vous, vous ou une personne qui lit ce commentaire, m’éclairer sur ce sujet. Car dans cette étude comme dans beaucoup d’autres, je sens que les réponses sont orientées et les résultats falacieux. Je vous remercie d’avance.
18 mars 2008 à 22h30
Vu la tournure, je dirais au hasard… IPSOS !
Vous avez les 4 (2 pestes et 2 choléras) propositions libérales, en effet.
18 mars 2008 à 22h46
A gauche de la gauche, c’est 37,5 annuités pour tous. Mais ça sous-entend que le MEDEF respecte son devoir de solidarité envers les travailleurs qui font vivre leurs boîtes. Tout un programme.
18 mars 2008 à 22h49
A l’intention de JM (message 34 et autres) qui trouve que nous y allons fort après nous avoir tous traité de « fossiles » :
Ton argumentaire se tient. Il y a beaucoup de non-votants, d’abstentionnistes, de votes blancs etc … Et alors ? Où cela nous mène cette merveilleuse analyse ? Doit on supprimer toutes les élections parce que chacun ne juge pas opportun de s’intéresser à la politique ou de choisir parmi les partis en présence ? La vie politique doit elle s’arrêter en attendant que tout le monde accepte de voter. C’est absurde. c’est la règle du fonctionnement de notre démocratie, mon cher. On prend en compte les suffrages exprimés. Ou alors quoi ? L’anarchie ? je sais bien que parfois on en vient à désespérer de nos politiques mais la négation du système ne mène à rien. En l’occurence, nous avons vu une victoire écrasante du PS. Et je m’excuse mais tous ces partis ne se valent pas. il y a des différences fondamentales entre les uns et les autres. Prétendre le contraire, c’est se laisser aller à une forme de paresse intellectuelle bien confortable ( »ils sont tous pourris de toute façon ! »).