Alerte au contre sens ! le congrés socialiste commence
mar 08 17

Je sais bien que l’essentiel, à cette heure, c’est l’extension de la crise financière. Peut-être est-ce le tournant de notre temps. Qu’est-ce qui va arrêter ça ? Pas le stupide aveuglement des libéraux de tous poils qui continuent à ânonner leur archaïque catéchisme de recettes dépassées. Et sûrement pas non plus nos gouvernants de droite qui prétendent retenir comme leçon du vote de dimanche qu’il leur serait demandé d’en faire davantage encore côté dérèglementation. Les fous ! Mais nous avons plutôt le nez sur l’évènement électoral qui nous semble plus proche politiquement. C’est bien naturel de consacrer du temps à le comprendre. Je n’ai pas l’intention d’ajouter à la masse des commentaires disponibles à propos des élections municipales et cantonales. Mais je veux insister sur l’idée que l’analyse des résultats est un enjeu. Savoir ce qui se passe. Sinon ce sera le royaume des bavardages. Je note que le repère des élections cantonales est toujours aussi peu évoqué. Pourtant il est absolument clair. Peut-être est ce pour cela, non ? Gauche : 51% droite : 44 %. Un point c’est tout. Et je veux revenir sur le Modem, cette baudruche de confort pour animer la conversation des soirées éléctorales. Au premier tour on avait déjà vu l’absence d’effet positif des cas d’alliance du PS avec le Modem. L’échec de cette stratégie est encore plus manifeste au second. 
Le Modem est inutile là où la gauche est sortante
Là où la gauche était sortante, comme à Grenoble ou Montpellier, l’alliance du PS avec le Modem n’a produit aucune dynamique. Allié au Modem, le PS fait même moins bien dans ces deux villes qu’en 2001. Démonstration supplémentaire: à cette époque  au second tour l’alliance s’était faite avec les Verts et une partie de la gauche radicale ! A Grenoble, la liste PS régresse de 51 % en 2001 à 48 % en 2008 et à Montpellier de 56,3 % à 51,88 %. Dans ces deux villes « laboratoires » de l’alliance socialiste avec le Modem, la colère d’un grand nombre d’électeurs de gauche a renforcé nettement le vote pour les listes de gauche alternativeslorsqu’elles se maintenaient au second tour. A Montpellier le tandem Verts-LCR dépasse ainsi les 18 %. A Grenoble, les Verts alliés aux alternatifs et à la gauche citoyenne s’envolent à 22,5 %. A Lille, autre ville de gauche sortante, le seul effet réel de l’alliance surprise du PS avec le Modem entre les deux tours semble être d’avoir poussé un nombre croissant d’électeurs dans l’abstention. Elle atteint son record historique dans cette ville ancrée à gauche.
 
Le Modem n’apporte rien à la gauche face à la droite
A Marseille, Perpignan, Melun ou Briançon, l’alliance du PS avec le Modem entre les deux tours n’a donné aucune dynamique à la gauche contre la droite sortante. Ainsi à Marseille, en dépit d’une énorme énergie de campagne socialiste, la gauche ne perce que dans le 1er secteur, là où le vote LCR était fort. Ce vote a fourni l’appoint décisif pour la victoire. Mais, à l’inverse, la gauche échoue dans le 3ème secteur de Marseille où la réserve de voix du Modem était pourtant potentiellement bien plus forte.
Autre constat. Les listes PS-Modem obtiennent souvent au second tour des scores plus faibles que l’addition de leurs scores du premier tour. Exemple. A Melun. La liste PS-Modem termine à 48 %. L’addition des scores de premier tour donnait 52 % ! A Briançon le total PS-Modem se tasse de 49 % à 48 % entre les deux tours. L’alliance du PS avec le Modem ne crée donc aucune dynamique pour la gauche. Le brouillage politique qui en résulte peut même parfois plomber complètement le PS. On l’a déjà signalé au 1er tour à Ales où l’alliance du PS avec le Modem a reporté les électeurs de gauche vers le PCF. Tant mieux. Le même phénomène s’est produit au second tour à Brignolles dans le Var où le PCF parvient à l’emporter face à l’UMP sortante en captant tout l’électorat socialiste désemparé par le tandem PS-Modem qui s’écroule à 10 %.
Certes, on trouve de très rares exceptions à ce naufrage général des alliances PS-Modem. Mais il faut alors les regarder de près. C’est le cas à Asnières et Brive la Gaillarde. Mais dans ces deux cas, le PS l’a emporté en fusionnant non seulement avec le Modem mais aussi avec des dissidents de droite, ex-RPR et UMP. Ces cas sont tellement isolés, fantaisistes et peu exemplaires qu’ils n’ont aucune signification généralisable.
 
Là où le Modem gagne, c’est contre la gauche
Le Modem ne conserve ou gagne des villes que contre la gauche. Alliés à la droite, ses listes prennent Mont de Marsan et Saint Brieuc au PS. De même il conserve Arras, Biarritz, Epinay sur Seine et Talence en alliance avec la droite et contre la gauche. 
 
Là où la gauche gagne, c’est contre le Modem ou sans lui
Déjà au 1er tour, la quasi-totalité des villes prises par la gauche à la droite l’avaient été sans le Modem et souvent contre lui : Alençon, Rodez, Laval, Rouen et ainsi de suite. Même phénomène au second tour. A Toulouse, Périgueux, Colombes, Vandoeuvre les Nancy, Niort ou Noisy le Sec, la gauche l’emporte contre des listes de droite fusionnées avec le Modem ou soutenues par lui. A Saint Etienne et à Pau, la gauche l’emporte face au Modem et à l’UMP qui s’étaient maintenus séparément en triangulaire.La gauche gagne aussi sans le Modem à Amiens, Strasbourg, Caen, Evreux où le parti de Bayrou n’avait donné aucune consigne de vote.
 
EN CONCLUSION

Bien sur, l’analyse d’un aspect du résultat ne contient pas l’étude de toutes ses significations. Mais les faits réels à ce sujet doivent être pris au sérieux. Nous avons trop été gavés de commentaires absurdes sur le « réalisme électoral » qui exigerait cette alliance. Puis sur le mythe du Modem « arbitre » du deuxième tour.  Pour la gauche, le deuxième tour s’est joué sur la qualité des alliances et des reports de voix à gauche. Pour le reste, dans tous les cas de figure, le Modem apparait donc dans ces élections municipales sous sa vraie réalité politique : un parti de droite avec lequel la gauche n’a rien à gagner.

Aucun commentaire à “Sur le deuxième tour, en vitesse”

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  1. 1
    Bertrand dit:

    … et à Paris, bien sûr.

  2. 2
    Guy dit:

    C’est bien d’avoir souligné la crise financiére parce que peu semble prendre conscience de la sa gravité.

    Quant au MoDem il n’existe plus, si toutefois il a déjà existé, mais il continuera à influencer les esprits qui ne demandent que ça.

    Il est donc temps de remplacer l’influence néfaste d’un vrai parti de droite qui n’existe plus, par l’influence positive d’un vrai parti de gauche qui n’existe toujours pas :

    Pour la création d’un Parti politique Humaniste et Républicain
    http://www.lesmedias.info/manifeste/signature.html

  3. 3
    valery dit:

    Bien sur sans le Modem, on a perdu le Ve arrondissement de Paris, avec le Modem on a remporté très largement l’élection à Dijon…

    Les exemples et contre-exemples abondent dans cette élection où la stratégie dallliance du PS a été complètement incohérente et illisible, certains socialistes ayant sans honte été jusqu’à s’allier à l’extrême gauche !

    Pour ma part je crois comme Daniel Cohn Bendit que l’avenir de la gauche est à un rassemblement autour d’un PS rénové des Verts, du Modem et es Radicaux.

    Bien sur une telle configuration ne peut que déplaire à des personnes comme M. Mélenchon. Le jour où il partira enfin en claquant la porte marquera le succès de la démarche de rénovation du PS. J’ai peur toutefois que ce dernier se contente d’un nouveau Yalta entre courants alors qu’il lui faut un Bad-Godesberg audacieux.

  4. 4
    Vincent de Lyon dit:

    Claquer la porte. Ne pas la claquer. Le choix n’appartient qu’à vous. Infléchir la politique du PS vers sa gauche ou se joindre à ceux qui veulent construire un nouveau parti de gauche alternative au PS : le choix doit être difficile à faire ou à tenir parfois. Pour ce qui est des élections, on ne peut que se réjouir de cette première défaite de la droite, si peu de temps après l’élection de Monsieur Sarkozy. Mais en même temps, ne peut on pas craindre un durcissement de la politique menée actuellement, à présent qu’il n’y a plus aucune échéance électorale devant nous. Qu’est ce qui pourra maintenant les arrêter ? Si ce n’est des mouvements sociaux et des luttes de grande ampleur ? Et à l’aune des précédents mouvements, on ne peut que craindre que ca ne soit pas le cas si les mouvements à venir ne trouve pas un soutien énergique et puissant parmi les cadres des grands partis de gauche, PS en tête. De grandes batailles s’annoncent. La rigueur s’approche, on le sait. Et ce gouvernement, sourd aux critiques du peuple, annonce qu’il va intensifier et accélerer. Le seul salut est donc dans la lutte sociale pour les 4 années qui viennent. Sans quoi, si tous les mouvements s’épuisent et s’étouffent les uns après les autres, s’en sera finit de tous les acquis sociaux si chèrement gagnés. Ce centre-gauche capitulard, cette sociale-démocratie molle, c’est le PS quand il tend la main au Modem. C’est le PS qui échoue et voit les classes populaires s’éloigner de lui. Le PS qui écoute la parole du peuple et qui porte haut l’étendard de la contestation, c’est le PS qui s’assume pleinement « socialiste » et c’est un PS qui gagne. C’est un PS qui peut s’allier plus facilement avec d’autres partis de gauche et remporter de belles victoires. Ces élections le prouvent bien. Personnellement, j’ai hâte que celui-ci choisisse une orientation claire et un nouveau secrétaire général pour en finir avec l’ère Hollande-Royal qui a tant brouillé les messages. Qu’il assume pleinement son statut de parti d’opposition dans des débats et des critiques convaincants, cohérents et constructifs. Qu’il se montre clairement, partout, à chaque fois que ce sera necessaire, aux côtés des plus fragiles de notre société. Qu’il n’ai plus peur de manifester (dans tous les sens du terme) son mécontentement. Que les salariés en grèves, les profs, les étudiants et ceux qui luttent encore ne soient pas abandonnés à leur sort. Mais je sais que ces critiques là ne s’appliquent pas à vous, monsieur Mélenchon, bien au contraire. Peut être ces résultats positifs donneront ils plus de poids à vos arguments.

  5. 5
    regis dit:

    Juste. Mais l’élection de Sarkozy a mis au grand jour que la droite hante le PS. Ce fut d’abord les transfuges cooptées directement au gouvernement, les pas de deux ou de trois des Lang, Attali et autres ouvertement prêts pour des fiançailles, pour un flirt, une nuit à l’essai, mais prêts, aussi, à se retirer avec le tapis s’il se dérobe. Peut-on s’étonner que d’autres s’affichent ouvertement avec le Modem ? Ne trouvent rien de plus urgent que la séparation conflictuelle avec le PC ? Ou, encore, ne veulent aucun rapprochement avec « l’autre gauche » ?
    La crise politique ne touche pas que la droite.
    Enfin, si le peuple a rejeté clairement l’UMP et sa politique en donnant une majorité à la gauche, que va-elle en faire ? Demander poliment que le gouvernement veuille bien adoucir sa politique en attendant 2012 ou combattre sérieusement « la poursuite des réformes » promise par M. Fillon dont l’allongement de la durée de cotisation pour la retraite ?

    Concernant l’élection à Dijon, Rebsamen a choisi le Modem contre le PC qui a présenté sa propre liste, il a gardé 2 carriéristes issus du PC pour faire unitaire.
    Il a été élu en 2001 en raison d’une forte désunion à droite et déjà figuraient sur sa liste les fameuses personnalités issues de la société civile qui font sérieux – et pour cela, il ne faut pas prendre des simples salariés qui ont n’ont rien à voir avec ladite société civile-
    Son 1er geste après les élections ? Rendre une visite amicale publique à l’ancien maire RPR Robert Poujade qui ne se représentait pas. Il est vrai que ce dernier détestait ses successeurs putatifs.
    Après politique de copier/coller sur la mairie de Paris.
    Dijon est une ville très traditionaliste, seul endroit en France où en 1956 une foule de cathos en furie a brûlé l’effigie du père Noël (blasphème de la nativité) sur le parvis d’une église.
    Il n’y a eu que 2 maires depuis 1945 : le chanoine Kir (pas Sarkozy) 1945/1968 date de son décès puis le très droitier Robert Poujade de 1968 à 2001.
    Même si le Dijon de 2008 a évolué, le fond conservateur reste important.
    Rebsamen pouvait passer sans le Modem car absence de candidat sérieux à droite. La division avait duré et fait des ravages ce que Dijon déteste.
    Rebsamen est très prudent mais peut qualifier sa politique de gauche ?
    Cohn-Bendit ? Le plus droitier des verts favorable au libéralisme, partisan ferme de la privatisation de France Télécom par ex.

  6. 6
    Guy dit:

    valery dit: 17 mars 2008 à 23:52

    « Bien sur sans le Modem, on a perdu le Ve arrondissement de Paris, avec le Modem on a remporté très largement l’élection à Dijon… »

    Contre-exemple en effet, sans le MoDem Paris a été gagné…… à 57%.
    Quant à Dijon, la ficelle était trop grosse, d’associer le MoDem à un enjeu gagné d’avance pour crédibiliser le rapprochement voulu avec par les partisans de Royal.

    ————
    valery dit: 17 mars 2008 à 23:52

    « alors qu’il lui faut un Bad-Godesberg  »

    Tenez-vous informé réguliérement, il y a un moment que le PS, comme le SPD a renoncé à la marxiste dictature du prolétariat et accepté l’économie de marché.

  7. 7
    laurent dit:

    un réflexion cynique (dans ce monde de brutes) :

    on peut poser (rétrospéctivement) la question autrement : fallait-il sauver bayrou pour que, fort de victoires locales, il soit en position de se présenter convenablement à la prochaine présidentielle ?

    à première vue il représente un facteur de division de la droite au premier tour, donc au final il sert.
    mais en même temps bayrou porte en lui une alternative de droite au sarkozysme… et en plus une alternative qui mord sur le centre-gauche.
    dans le cas d’une effondrement politique du sarkozisme pris entre une crise économique qui risque de durer et une mise en ordre droitière qui fait déjà grincer des dents, il n’était pas particulièrement clairvoyant de ménager à la droite un joker si rassurant.

    la question ayant été tranchée par une non décision exemplaire…

  8. 8
    Reuno dit:

    Terminé. Plus de scrutin en vue avant longtemps.
    Je ne sais si la gauche a gagné, mais, au moins, la droite a perdu. C’est déjà ça.
    Et maintenant, que faisons-nous ? Allons-nous attendre de voir si le PS se décide à rebrousser chemin pour, à nouveau, regarder à gauche, ou bien allons-nous enfin nous décider à mettre un coup de pied dans la fourmilière ?
    Donnez le coup d’envoi, Monsieur Mélenchon !!!

  9. 9
    4 Août dit:

    @ Valery

    « certains socialistes ayant sans honte été jusqu’à s’allier à l’extrême gauche ! »

    Où est la honte ?

  10. 10
    ko dit:

    M. Mélechon, vous êtes trop au courant de ces choses pour simplifier ainsi et ne pas signaler, au moins signaler… que la liste fusionnée présente au second tour à Montpellier ne résultait pas uniquement de la fusion entre les Verts et « la LCR », mais de la fusion entre les Verts et une liste d’union (LCR, Collectif Unitaire Anti-Libéral et Montpellier Tous Ensemble, une asso locale).
    Y a pas que les partis qui ont été présents dans cette élection, à Montpellier comme ailleurs (même si c’est encore une présence assez petite, mais qui a bien fonctionné)
    Il fallait que ce soit dit ;-) )

    ——————–
    Alors, quand est-ce qu’il explose enfin, le Parti Solférinien, qu’on retrouve un vrai Parti Socialiste ?
    On attend ça depuis longtemps maintenant, et j’en viens parfois à penser que vous, et d’autres, n’oserez jamais… Si c’est le cas, le chemin sera plus long, mais l’émergence de la gauche citoyenne – démocratique, radicale, de transformation sociale, d’émancipation – est inéluctable.
    Les luttes se poursuivent (aujourd’hui déjà, avec les profs). L’exaspération monte. Il faudra bien qu’elle s’exprime !
    Comme dit très bien Mona Chollet, nous voulons rêver !
    http://www.editions-zones.fr/spip.php?page=lyberplayer&id_article=59

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