12juil 07

Je participe depuis hier au Sénat au débat sur la loi sur les « libertés » des universités qui est au menu de la session extraordinaire du Parlement. A titre personnel je me suis prononcé contre ce texte. J’ai commencé à exposer les principales raisons de mon rejet de ce projet dans une intervention dans la discussion générale du texte hier soir. Je reproduis ci-après cette intervention. Dans le corps du texte, vous pourrez cliquer sur des analyses plus approfondies sur quelques points essentiels comme les critères discutables des classements internationaux des universités, les réussites du système français d’enseignement supérieur, les universités dans la logique du marché ou encore les questions essentielles laissées de côté par le projet de loi. Vous pouvez également vous reporter à mon
analyse détaillée des articles les plus problématiques du texte.

M. le président. La parole est à M. Jean-Luc Mélenchon.

M. Jean-Luc Mélenchon. Monsieur le président, madame la ministre, mes chers collègues, vous vous attendez sûrement à ce que le peu de temps dont je dispose me conduise à tenir des propos quelque peu rugueux.

M. Jacques Valade, président de la commission des affaires culturelles, groupe UMP. Mais non !

Mme Valérie Pécresse, ministre. Cela ne vous ressemble pas, monsieur le sénateur !

M. Jean-Luc Mélenchon. Après tout, la rugosité n’est pas toujours l’ennemi de la pédagogie, surtout quand il s’agit d’exposer des arguments auxquels je tiens.

Madame la ministre, vous avez souvent évoqué le contexte à propos du développement de l’université française. Vous avez raison : l’université ne s’appartient pas : elle appartient au pays, lequel est en droit de lui demander de se mettre en ligne avec ses objectifs de développement humain, culturel et scientifique.

Pour autant, plutôt que d’étudier ce contexte sous le seul angle de la compétition, mieux vaudrait en comprendre le contenu. Or, chaque année, sur les 1 400 milliards de dollars consacrés aux dépenses d’éducation, 21 milliards sont appropriés par des firmes privées.

Il s’agit bien d’un secteur d’accumulation, comme bien d’autres, notamment la santé. La production du savoir n’échappe pas à l’appétit de la concurrence et du marché. Tel est bien l’objectif de nombreux acteurs financier sur la scène internationale. A mon sens, il faut y résister. Vous pensez qu’il faut s’y résigner : je ne suis pas d’accord !

Mme Annie David, groupe communiste, républicain et citoyen. Très bien !

M. Jean-Luc Mélenchon. Selon moi, ce texte ne porte pas sur l’autonomie des universités, dont le parti socialiste est d’ailleurs partisan. En réalité, l’autonomie n’est qu’un prétexte ? C’est bien la « liberté » des universités qui est en jeu, terme que vous avez d’ailleurs mis en exergue dans le titre même du projet de loi. C’est-à-dire
l’instauration du marché.

De même, la gouvernance, qui pose effectivement de vrais problèmes, est un alibi. L’accueil dans le premier cycle, l’articulation de l’enseignement avec la recherche, la lisibilité des filières de formation ne sont que quelques-unes des
nombreuses questions qui restent en suspens. Or comment se fait-il que, pour aborder des problèmes aussi complexes, vous commenciez par la gouvernance ? Il y a là un véritable vice de forme.

Il faut d’abord commencer par traiter les objectifs et identifier les moyens, non seulement sur le plan financier mais également sur celui de la réorganisation des filières, eu égard, notamment, à la professionnalisation, et seulement, ensuite, s’intéresser à la gouvernance. C’est ce vice de forme qui me fait dresser l’oreille et qui me fait dire à quel point je ne peux pas être d’accord avec vous.

Madame la ministre, à quelle extrémité n’en êtes-vous pas rendue pour justifier la mise en place de la liberté de recrutement et de rémunération des enseignants ? Voilà, en effet, le c?ur du sujet, qui ne manquera pas de déboucher sur un mercato des enseignants ?

M. Philippe Adnot, rapporteur pour avis, groupe UMP. Il existe déjà !

M. Jean-Luc Mélenchon. ?et sur une inégalité croissante entre les universités, entre celles qui pourront recruter les professeurs renommés et celles qui ne le pourront pas, faute de ressources financières suffisantes. Cette inégalité de moyens résultera de la capacité des établissements d’avoir accès, ou non à des fonds privés dans leurs fondations et à la gestion de leur patrimoine immobilier.

Au final, quelle aberration ! Avec ce système, vous allez contre l’effort fait par les Français, génération après génération, pour disséminer l’implantation universitaire sur tout le territoire et féconder partout les capacités productives du pays par le savoir. Vous avez choisi une logique inverse, en favorisant la concentration sur quelques pôles uniquement, lesquels capteront tous les moyens.

Mais comment vous y prenez vous ? Mes chers collègues, pour faire accepter cette réalité, sans autre forme de procès. Ici même, nombre de voix, Ô combien éminentes, se sont élevés pour affirmer que l’université française ne vaut rien et que ses résultats sont « à la traîne de tout le monde » ! Comment pouvez-vous accepter le
classement de Shangaï, alors que celui-ci n’intègre aucune des valeurs de service public et d’accueil auxquelles nous croyons tous ici, quelles que soient les travées sur lesquelles nous siégeons ?

Mes chers collègues, savez vous que ce classement n’intègre ni le CNRS, ni l’INRA, ni même l’ENSIA, l’école nationale supérieure des industries agricoles et alimentaires ?

M. Jacques Valade, président de la commission des affaires culturelles, groupe UMP. Absolument !

M. Jean-Luc Mélenchon. Sachez que l’index des publications scientifiques sur lequel s’appuie le classement des universités, dans lequel la France est si mal placée, est géré par une entreprise privée nord américaine. C’est moi qui vous l’apprends, et vous pourrez le vérifier !

Dans ces conditions, comment expliquez vous qu’étant à ce point en bas de l’échelle, la France figure parmi les trois premiers pays au monde pour le nombre de scientifiques pour cent mile habitants, et ce devant le Japon, l’Allemagne et les Etats-Unis ?

Comment expliquez-vous de telles performances, sinon par la qualité de ce système que tant viennent de décrier à cette tribune ?

Le perfectionner ? Oui ! Le détruire ? Non !

Mes chers collègues, nous n’avons rien à faire du marché ni de la concurrence dans l’éducation et dans l’enseignement supérieur !

Puisque vous affirmez que notre patrie est « à la remorque » pour ce qui concerne l’accueil des étudiants étrangers, comment expliquez-vous que 25 % des personnels du CNRS soient des professeurs étrangers ? Et que la participation des étudiants étrangers croissent dans les universités françaises, tandis qu’elle stagne dans les universités américaines et anglaises ?

Souvenez-vous de tout cela avant de montrer du doigt la qualité du système universitaire français, car votre manière d’agir ne fait que transformer le Journal officiel de la République française en un recueil d’argumentaires critiques contre
nos performances.

Mme Annie David. Très bien !

M. Jean-Luc Mélenchon. Madame la ministre, mes chers collègues, voilà donc présentés, en peu de temps, les raisons de mon désaccord. Personnellement, je crois au service public et à la logique qui a été la nôtre de dissémination du savoir et de développement du maillage universitaire dans notre pays. Comprenez-le, l’université française souffre non pas d?un manque de liberté mais d’un manque d’égalité. (Applaudissements sur les travées du groupe socialiste et du groupe CRC).


Aucun commentaire à “Les universités sur la pente du marché et de la concurrence”

  1. 1
    Alain 29 dit:

    Mon cher Jean-luc,

    Bref mais toujours aussi clair et précis.

    Bravo !

  2. 2
    natleval dit:

    Merci aussi JL Mélenchon pour tout ce travail que vous faîtes si sérieusement. C'est vraiment incroyable: il nous met du marché partout même dans la connaissance. D'un côté il nous dit les musées gratuits, reconnaissant que la culture est un droit pour tous, et là il met du fric et du profit dans l'éducation de nos enfants.

    La société française va vraiment changer avec Sarkozy et pour le pire, si on ne se réveille pas.

  3. 3
    Belgo3.0 dit:

    Bravo, le service public est cardinal en République. Le partage du savoir est républicain, il est bon de rappeler que ce n'est pas un partage réservé aux "initiés" ni aux bureaucrates de la concurrence libre et non faussée. Bravo.

    Pierre le Belge de Lille

  4. 4
    Chris dit:

    Ce texte daté de 2006 trouvé sur un site scientifique français (http://www.automatesintelligents.com/edito/2006/dec/edito.html) parle de l'enseignement privé aux USA - Fort interessant, dans le contexte présent de la future privatisation des Universités ! Car ne nous y trompons pas : après la privatisation des universités viendra le temps de la privatisation de l'enseignement public : Avec eux tout devient effectivement possible !

    A lire d'urgence :

    "La science américaine va-t-elle sombrer dans le mysticisme ?

    Le NewScientist du 11 novembre 2006, p. 20, a présenté un dossier sur le thème du Home-Schooling qui mérite d'être pris au sérieux. On appelle Home Schooling un mouvement politique et social qui prend une grande ampleur aux Etats-Unis. Il s'agit de soustraire les enfants des familles chrétiennes évangélistes à l'influence des écoles publiques. Le mouvement reproche à celles-ci d'enseigner des sciences contraires aux écritures de la Bible, au lieu des « vraies sciences » qui justifient la doctrine créationniste, l'Intelligent Design et la mobilisation anti-darwinienne. Les enfants ainsi retirés du circuit scolaire sont éduqués chez leurs parents ou dans des cercles d'amis, avant d'être intégrés dans des collèges privés dont l'enseignement est axé autour du créationnisme, mais aussi autour des valeurs les plus conservatrices des milieux patriciens de l'Amérique Wasp (blanche, anglo-saxonne et protestante).

    L'objectif n'est pas de former des scientifiques ? on verrait mal comment cela pourrait se faire - mais des juristes et des hommes politiques dont la mission sera de pénétrer les cercles du pouvoir et des administrations pour faire triompher leurs idées en utilisant les voies juridictionnelles et politiques. Les classes dirigeantes et les milieux favorisés ainsi ciblés semblent réagir très favorablement, puisque le succès du mouvement est grand. Les étudiants recevant cette formation semblent n'avoir aucun problème de recrutement. Les collectivités locales, administrations et entreprises se les arracheraient.

    Le mouvement est coordonné par la Home School Legal Defense Association http://www.hslda.org/Default.asp?bhcp=1 basée à Purceville, Washington DC. Le collège le plus emblématique patronné par cette association est le Patrick Henry College, http://www.phc.edu/, également à Purceville. En 2006, 2,5 millions d'enfants seraient ainsi éduqués à la maison. Les parents justifient leur démarche en disant qu'ils veulent procurer à leurs enfants une instruction morale et religieuse qui n'est pas donnée dans les écoles publiques La HSLDA a réussi à faire reconnaître la légalité de ce type de formation dans 50 Etats. Les parents n'ont pas besoin de diplômes pour former leurs enfants. L'objectif est d'étendre le réseau à tout le territoire. Les catholiques "latinos" sont également visés. Un nombre impressionnant de manuels et supports de cours est produit pour diffuser les nouveaux enseignements, notamment par la maison d'édition A Beka Book http://www.abeka.com/ de Pensacola, Floride, qui se vante de ne produire que des manuels « honorant dieu » et rejetant le matérialisme.

    L'objectif est d'aller beaucoup plus loin. Il vise à mettre hors la loi l'enseignement public. Une autre organisation baptiste, Exodus Mandate, http://www.exodusmandate.org/ qui compte 16 millions de membres, vient de lancer la consigne de retirer les enfants des écoles publiques, où «règnent les mauvaises influences et les fausses sciences». La stratégie recherchée est de toucher au moins 30% des élèves. A ce moment, le système public éclatera et le gouvernement sera obligé de priver les Etats de leurs compétences en matière d'éducation publique. Tout l'enseignement deviendra privé, et, comme l'espère Exodus Mandate, essentiellement religieux.

    Pour fournir des arguments prétendus scientifiques à tous ces enseignants bénévoles, un certain nombre d'organisations publient des sites "éducatifs" et, ce qui suppose beaucoup d'argent, mettent en place des parcs d'exposition et de démonstration. Le plus effrayant à cet égard est celui d'un certain Ken Ham, australien devenu américain, qui veut montrer que le monde a été créé en 7 jours, exactement comme la Genèse l'indique. Le titre de son mouvement est d'ailleurs Answers in Genesis http://www.answersingenesis.org/. D'où vient tout l'argent investi dans ces actions? A qui profite le crime? La société américaine doit être bien malade, dans la mesure où elle produit de telles aberrations.

    Faut-il commenter tout ceci ? Nous conseillons en tous cas à nos lecteurs de parcourir attentivement les sites référencés ici. Ils seront édifiés, c'est le cas de le dire. En Europe, les défenseurs de la laïcité pourraient s'effrayer à juste titre de cette évolution. Il est très probable que tôt ou tard, les partisans de l'école libre s'appuieront sur ces exemples pour reprendre la guerre scolaire ? qu'ils soient baptistes, catholiques ou musulmans. Seront-ils entendus ? En tous cas, en Grande Bretagne, le créationnisme a déjà commencé l'offensive. Nous vivons une époque inquiétante pour les valeurs républicaines.

    Le créationnisme gagne la Grande Bretagne

    On a du mal à le croire, mais la folie créationniste atteint la Grande Bretagne. Un site appelé Truth in Science, http://www.truthinscience.org.uk/site. La vérité dans les sciences, vient de s'ouvrir. Les auteurs de cette initiative ont envoyé des dossiers (un manuel et deux DVD), à toutes les écoles secondaires, selon The Guardian. 59 écoles, à la date du 2 décembre, l'utiliseraient comme support d'enseignement. On doit sérieusement se demander qui patronne cette offensive, qui la finance et à qui elle profitera

    Qu'en est-il en France? (...)"

  5. 5
    natleval dit:

    Je n'arrive pas du tout à entrer dans la deuxième pas de commentaires du texte précédent de Mélenchon. Et ce quelque soit l'ordinateur que j'utilise. Est-ce encore du sabotage?

  6. 6
    annliese nef dit:

    Lorsque l'on est universitaire (c'est mon cas) cela fait du bien de voir que certains hommes politiques font correctement leur travail sur ce projet de loi. Votre analyse est à la fois claire et précise, même s'il me semble qu'elle n'évacue pas l'ambiguité du terme "autonomie" qui ne veut rien dire.

    Il faut absolument que le PS comprenne qu'il y a dans cette réforme un enjeu de taille dans la mesure où la plupart des Français auront demain à faire, à travers leurs enfants, à l'Université. Or, les filières type IUT ou classes prépa, qui coûtent cher et ne sont donc pas multipliées, n'absorberont pas toute la demande évidemment. Il s'agit donc d'un vrai débat de société qui concerne la place du savoir (et donc de la recherche)dans notre société et sa transmission.

    Le chapeau que l'on veut faire porter à l'Université est un peu grand pour elle: on l'accuse de former des chômeurs. Or, les entreprises aujourd'hui déjà refusent de reconnaître à leur juste valeur les formations universitaires dans le cadre des conventions collectives et paient au rabais des jeunes (qu'elles engagent! contrairement à ce que l'on veut nous faire croire) dont elles connaissent l'excellence. Vouloir faire de l'Université une ANPE dans un contexte de chômage fort (et alors que les services d'orientation sont sinistrés) revient donc à accuser les universitaires de problèmes auxquels ils ne peuvent pas grand chose.

    En revanche, il est clair que le taux de réussite au bac et l'arrivée massive d'étudiants sur nos bancs, tout comme la sélection de fait qui existe (puisque les meilleurs partent vers les prépas ou les IUT) nous obligent à repenser les modalités de transmission du savoir à l'Université, surtout au cours des pemières années. Oui, les universitaires veulent une réforme! mais pas celle que prônent les seuls présidents d'université (auteurs du projet de loi en réalité)et le Medef.

    Nous avons lancé au sein de la communauté universitaire dès le 30 mai (à la veille donc du lancement de la "concertation" donc)avec d'autres une pétition pour demander un vrai débat sur la réforme universitaire que nous avons envoyée (plus de 1550 signataires à ce jour)aux Président de la République, Premier Ministre et Ministre de l'Enseignement Supérieur, ainsi qu'à tous les députés. Je dois à la vérité de dire (et je suis au PS!) qu'une seule personne a répondu en nous assurant de son soutien : M. Bayrou... Merci donc à JL Mélenchon d'adopter une position ferme, d'opposition, celle que l'on attend des socialistes.

    Je me permets de conseiller aux lecteurs de ce blog la lecture de la lettre de mission de M. Sarkozy à Mme Pécresse pour être définitivement fixés.

    Il nous faut maintenant gagner la bataille de l'opinion (nous avons été victimes, en tant que salariés de l'Université, d'un boycott médiatique, contrairement à la Conférence des présidents d'universités et aux étudiants, qui ont été écoutés à juste titre, bien entendu): un site intersyndical va être lancé avec une pétition en ligne ouverte à tous les citoyens incessamment sous peu, et comportera des documents qui, je l'espère, permettront de mieux comprendre les enjeux de ce qui s'annonce.

    Je vous conseille également les petits films qui ont été réalisés sous l'impulsion de l'organisation "sauvons la recherche" (consultables sur leur site : recherche-en-danger.apinc.org), etc.) qui font le point sur un certain nombre de fantasmes qui ne reposent sur rien.

    Le service public de l'Enseignement Supérieur vaut mieux que ce texte bâclé qui vise à le démanteler alors qu'il n'a pas démérité, même s'il peut et doit être amélioré (en particulier à partir d'enquêtes sérieuses sur ce que deviennent les étudiants non doctorants). Nous tous, citoyens français, avons le devoir de défendre à la fois l'Education nationale et l'Enseignement supérieur. Merci à JL Mélenchon d'avoir montré la voie!

    Annliese Nef (Université de Paris IV-Sorbonne)

  7. 7
    Peff dit:

    Encore une fois bien analysé de votre part M. le Sénateur.

    Cependant étant moi-même à la fac, une fac de lettres et sciences humaines, parmi les plus mal loties (celle de Toulouse le Mirail celèbre pour ses grêves), il faut reconnaitre que la situation actuelle est lamentable : locaux moisis, bureaucratie omniprésente, incompétence des dirigeants d'université qui sont pour la plupart professeurs et pas très bon gestionnaires,...

    Il faut aussi reconnaitre que la réforme qui se prépare aurait pu etre bien pire. L'augmentation des frais d'inscriptions et la sélection à tous les étages, préconisée par les intellectuels libéraux, n'ont pas été retenu.

    Il faut aussi dire que la moitié des étudiants de 1 ere année, et principalement dans les filières littéraires n'ont rien à faire à la fac, mais ils y sont venus par défaut d'orientation au collège/lycée.

    L'autonomie, qui peut etre un bienfait, doit s'accomagner de moyens, le recours au privé fera sans doute du bien aux facs de sciences qui n'auront aucun mal à trouver des financements dont elles ont un besoin criant. Mais les facs de lettres et sciences humaines vont patir de ce système à double vitesse et continueront à etre des poubelles...

    Il est évident qu'avec cette "réforme" des nombreux poles universitaires vont dépérir, mais il semble que ce soit la volonté du gouvernement qui préfère mettre le paquet sur quelques grands poles et laisser pourrir le reste.

    Maintenant il serait intéressant de savoir quelle réforme prévoit la gauche ?

    Beaucoup doit être fait au niveau de l'orientation dans le secondaire pour éviter que nombres de jeunes ne s'entassent à la fac inutilement et perdent une ou plusieurs années.

    Des moyens doivent être donnés dans toutes les filières, et pour la rénovation des locaux.

    ...

    Y'a bcp à faire...

    Enfin la gauche doit bien avoir des idées sur le sujet ;)

    Bon courage Sénateur!

    Peff, Master 2 d'Histoire de l'Antiquité.

  8. 8
    Martin P. dit:

    Globalement d'accord, mais il faut prendre garde à ce que les esprits ne s'y sentent pas par trop encadrés

    il faut éviter que le caractère public ne se traduise par un vice bureaucratique. lequel risque est réel.

    ce qui ne veut pas dire que le risque bureaucratique est absent des formes d'organisation générées par l'ultralibéralisme, mais il faut savoir exorciser cette critique.

    sinon on n'arrivera pas à défendre certaines "spéficités" françaises.

  9. 9
    Lea dit:

    Bravo pour cette intervention ! Moi-même étudiante, j'ai été surprise par la manière dont le gouvernement, et en particulier Nicolas Sarkozy et Valérie Pécresse, ont amadoué nombre d'étudiants... Et ce en leur donnant des pacotilles. Par exemple à Strasbourg (fac de droit), un prof nous a fait savoir au printemps dernier que lui-même avait connu notre amphithéâtre avec la même moquette au mur, plus rouge que noire à l'époque bien sûr, puisqu'il grisonne ! Avec l'autonomie, on va payer encore davantage de droits d'inscriptions et les conditions de travail ne vont pas vraiment s'améliorer. Bien au contraire, je crois que pour être "concurrentiels" va s'instaurer une sélection sournoise et que nombre de services annexes seront rendus payants, par exemple l'accès à la bibliothèque ou à l'équipement informatique. Je ne suis plus très visée par le texte puisqu'il me reste une dernière année pour achever mes études, mais je suis particulièrement inquiète pour ma soeur qui va faire son bac en juin 2008 et qui entrera à l'université à la rentrée suivante, après la réforme. Ainsi, je pense qu'elle pourrait être pénalisée par le système de préinscription comme nombre de ses camarades de lycée, puisque dans sa classe de série littéraire, nombre d'élèves souhaitent rejoindre les filières lettres ou arts, justement celle que le gouvernement cloue au pilori pour cause de soit-disant manque de débouchés. Donc, bon courage dans ce combat !

  10. 10
    natleval dit:

    Je répète qu'il est impossible d'entrer dans la deuxième page du texte de JL Mélenchon "vivement demain" du 2 juillet et je vois que le nombre de contributions augmente. Est-ce un problème technique du blog ou autre chose?

  11. 11
    natleval dit:

    Je suis très étonnée qu'il n'y ait pas plus de réactions que cela sur la nomination au FMI de DSK.

    L"offensive de Sarkozy semble porter ses fruits. Je ne sais pas ce qu'il fera sur le plan international et si son alliance avec les USA portera ses fruits, mais sur le plan national les choses sont très claires. Il va nous mettre en plein dans le néolibéralisme, la culmination absolue du capitalisme. Plus de services publics et privatisation de tout. Adieu le secteur public, les impots qui servent à nous fournir des services de qualité dans la santé et dans l'éducation, je veux dire comparés à ceux des USA ou de l'Angleterre. Aux USA les pauvres qui ont le SIDA ne reçoivent pas de traitement et sont là entre la mort et la vie, ou plutôt à attendre doucement la mort. En Caroline du Sud, il y a eu 4 morts dans un endroit faute d'être traités.

    La mondialisation qui est venue après la chute du mur de Berlin c'est le triomphe du capitalisme et le FMI est un des premiers agents de cette mondialisation. Alors aucune réaction: sommes nous fascinés comme tant de gens l'ont été par ce triomphe, laissés sans voix par la beauté de la destruction que nous inflige Sarkozy?

    On a l'impression que les gens sont restés figés sur place, incapables de réagir à l'attraction que le FMI et la mondialisation représentent. Comme s'ils pensaient ce que Sarkozy veut nous faire penser, à savoir, "c'est quand même formidablement que DSK se soit hissé à ce niveau! Alors il a les capacités pour être au FMI! Quel bon élève du capitalisme! Mille bons points pour lui. Il sera récompensé par notre souverain absolu NS.

  12. 12
    Belgo3.0 dit:

    Natleval,

    moi je pense que ce peu de réactions à la nomination Sarkozyste de DSK au FMI,

    ça vient de l'utilisation du concept de Nation par beaucoup de dirigeants, dont Jean Luc.

    Ce terme est plus qu'ambigu.

    Il recouvre la culture bourgeoise, il peut signifier "les traditions" mais il peut aussi recouvrir l'élitisme.

    Et souvent, cet elitisme recouvre un communautarisme maçon. Et ça c'est dommage, car pour moi la maçonnerie ne peut s'associer à l'élitisme, et ça, c'est une clé de voute dans le socialisme, que de combattre l'élitisme.

    En ce sens, ça rejoint un des apports à mon sens du Ségolisme, qui a DIT qu'il combattait l'élitisme... Ce qu'il n'a pas fait, car ses piliers...tu sais bien...

    Moralité : les élites se soutiennent entr'elles.

    bonne réflexion,

    Pierre le Belge de Lille

  13. 13
    natleval dit:

    C'est un peu étonnant ce que tu dis Pierre le Belge de Lille car je vois JL Mélenchon comme internationaliste vu son soutien au Vénézuela. D'accord avec toi si pour certains pays la défense de la nation peut être progressiste (pour les pays opprimés et sous le joug colonial ou néocolonial), pour d'autres (surtout dans les pays impérialistes comme le nôtre) cela devient la porte à tous les racismes et idées réactionnaires. Très intéressant si tu dis juste.

  14. 14
    ma nu dit:

    Pourquoi ce silence sur ces elephants qui vont a la soupe?Tu as tellement fait du bruit contre segolene à qui tu disais dans un de tes ecrits"QUE LE DIABLE L'EMPORTE".maintenant quil s'agit de dsk lang fabius et autres elephants,plus de commentaires :silence totale.je croyais que plutot etre une poule mouillée tu etais une grande gueule.sans rancune

  15. 15
    Sedreen dit:

    Manu,

    si je ne me trompes

    1 - Segolène est un elephant comme un autre

    2 - Fabius n'est pas allé à la soupe

    3 - Jean-Luc Mélenchon s'est déjà exprimmé et ce depuis longtemps

    4 - si tu as des rancunes expose les clairement ce sera plus simple

  16. 16
    Le Marcassin dit:

    C'est du n'importe quoi. Une fois de plus il est vrai...

    Qu'importe si tel au tel membre de la direction du Parti soit franc-maçon, comme dans les autres partis (ayant des valeurs démocratiques) in fine.

    Rien n'empêche d'avoir des convictions philosophiques et de mener une carrière politique.

    Non il n'y a pas de réunions secrètes où de mystérieux personnages un compas dans une main et une latte dans l'autre décident " on va imploser le parti socialiste " ou encore " on va empêcher X ou Y d'être député car il est catholique pratiquant " !

    Reprocher à un homme politique d'appartenir à une Loge me donne un petit coup de colère : nous ne sommes plus dans les sombres années du régime de Vichy, savez-vous ?

    On pourra aussi reprocher à une homme politique ou à une femme de fréquenter un club de bridge, de faire du golf en dilettante, du tennis, de l'équitation, d'être musulman(e), juif, catholique, ou que sais-je encore.

    Nos hommes et femmes politiques savent très bien dissocier vie privée et vie poltique.

    Il faut certes rester vigilant et surveiller, voire combattre certains individus qui ont des idées déviantes pour notre Démocratie.

  17. 17
    Harry Cauvers dit:

    @ Sedreen

    Mais si, mais si, FABIUS est allé à la soupe !

    Il se pointe à l'Elysée le vendredi main "pour parler du FMI"....il ne savait pas pourquoi peut-être ?

    "Pas de commentaires" à la sortie. Tu penses... because refus des Européens à cause de sa campagne pour le non. Parce que c'est eux qui décident, les Merkel, Baroso, Junker and co., Sarkozy faisant son cinéma de starlette.

    Non seulement il n'a pas eu son susucre, mais en plus l'a eu dans le baba !

    Il est trés intelligent lolo, mais trés bête aussi !

    @ Marcassin

    Non, mais tout particulièrement au PS, être dans une Loge est un sacré marchepied !

    Le dire ne relève ni du racisme ni de Vichy ! tout de suite la finesse et les nuances... ça nous manquait.

  18. 18
    Le Marcassin dit:

    Ce n'est pas exact.

    On milite d'abord dans un parti politique puis, quelques années plus tard on est approché pour éventuellement être parrainé.

    Par ailleurs les hommes politiques brillants laissent bien souvent leur Loge sur le côté, non pas parcequ'ils sont " arrivés " mais par manque de temps. Cfr François Mitterrand, qui par ailleurs a eu une crise mystique déïste à la fin de sa vie, notemment en organisant ses funérailles, y compris les messes...

    Et, fort heureusement quelque part, les " hommes politiques " sont une toute petite minorité au sein des diverses obédiences. Et pas plus de socialistes, de modems, d'UMP. Reflet de notre société, tout simplment.

  19. 19
    Harry Cauvers dit:

    @ Marcassin

    Tout n'est pas réglé comme ton papier à musique :

    Il y a des approches autres.

    Le Parti utilise l'homme en question aussi pour nouer des contacts et résoudre des différends déliquats, pour des négociations....

    Tiens, je vais prendre aussi des exemples qui datent : Roger Fajardie, Pierre Guidoni.... et toc !

    Bonne nuit

  20. 20
    Le Marcassin dit:

    C'est à nouveau une inexactitude : le Parti Socialiste n'utilise pas untel parcequ'il est Frère, et le Parti n'a par ailleurs aucune influence sur les Loges des diverses obédiences, et celà vaut pour son contraire également.

    Pourquoi tant de personnes plus ou moins aigries voire haîneuses envers la ou les Loges, in fine ?

    Il serait plus juste de combattre les églises, temples, mosquées, sièges divers de sectes plutôt que de se raidir, à tord, envers des Hommes (et des Femmes) libres et humanistes.

  21. 21
    Chris dit:

    Pour info :

    "Le futur triomphe, mais nous n?avons plus d?avenir.

    Plate-forme critique de la recherche scientifique.

    Le modèle de la science conserve aujourd?hui une grande force, image d?universalité et de puissance dans un contexte de dérèglement climatique et de délabrement social globalisé. Au milieu de tous ces progrès dans l?absurdité de la vie, de la brutalité croissante des sociétés, la Recherche est bien le seul domaine qui donne l?image rassurante d?une continuité avec les époques antérieures. Un domaine qui semble à peu près à l?abri de la mesquinerie des rapports marchands. Un domaine où, quand tout s?écroule par ailleurs, ça continue d?avancer. Illusion funeste.

    Certes, un corpus de connaissances rigoureusement établi sera toujours indispensable, tout comme l?élaboration de techniques au service des communautés humaines. Mais tout cela est très marginal au sein de ce que l?on appelle aujourd?hui la Recherche, et sert le plus souvent à justifier le reste. La bonne conscience naïve rejoint le pire cynisme dans ses effets, laissant le champ libre à toutes les aberrations imaginables. On ne se sauve pas en servant de soutien idéologique aux pires atrocités.

    En cette période troublée où, tant dans la bouche des chercheurs que dans l?imagerie collective, la technoscience s?affiche comme seule apte à définir notre avenir commun, nous, jeunes étudiant(e)s, chercheurs(euses), chômeurs(euses), ancien(ne)s croyant(e)s en la capacité de l?Université à nous sauver de tâches idiotes ou irresponsables, avons décidé de nous organiser en vue d?un bouleversement radical que nous avons choisi de ne pas attendre.

    Nous dénonçons la collaboration active des chercheurs avec les pouvoirs militaires et industriels qui les financent, définissent leurs objectifs et utilisent les connaissances et les techniques issues des laboratoires. Cette collaboration remonte aux origines de la science moderne : les progrès des sciences ont toujours entretenu d?étroites relations avec ceux des techniques de guerre. Mais elle a connu un saut quantitatif et qualitatif décisif avec la Seconde Guerre Mondiale. Aujourd?hui, la plupart des recherches scientifiques servent avant toute chose à accroître la puissance militaire et économique, et non à faire avancer les connaissances. La volonté de savoir est l?alibi qui sert à faire accepter la course à l?armement et la compétition économique internationale.

    À l?heure où ce goût pour la puissance vient clore tout questionnement sur le monde, nous tenons à dénoncer les mythes qui viennent légitimer ou occulter cette collaboration :

    ? Le mythe du Progrès est de moins en moins crédible à mesure que se multiplient, surtout pour les plus pauvres, les conséquences catastrophiques du développement économique. Les recherches les plus nauséabondes et intéressées ont toujours prétexté qu?elles allaient guérir et nourrir le plus grand nombre, améliorer les conditions de vie. Mais à la place de ces avancées, on constate que la modernisation a causé un tel désastre écologique que les choses les plus élémentaires sont maintenant devenues du luxe : eau et air purs, alimentation saine, végétation. De plus, l?idée d?un progrès continu des conditions d?existence grâce au perfectionnement technique dissimule la soumission des individus à des phénomènes qui s?imposent à eux, les rendant quotidiennement dépendants des nouvelles technologies et des satisfactions compensatoires qu?elles pourvoient.

    Dans le cas de la science, la vision progressiste de l?histoire se berce encore de l?idée que toute avancée des connaissances est intrinsèquement bonne, même quand dans l?immédiat elle est associée au pire. Il est pourtant urgent de comprendre que les dégâts induits par la frénésie scientifique sont souvent irréversibles. Principale responsable de leur multiplication, la technoscience ne pourra rien (ou si peu) face aux radiations, aux cyclones ou aux cancers, qui sont et resteront des catastrophes. Prétendre les résoudre par des solutions techniques revient à s?enfermer dans une fuite en avant absurde. Quant à l?idée d?une éventuelle réappropriation de cet ensemble technologique, elle est aussi aberrante que celle de vouloir faire d?une aire d?autoroute un lieu de convivialité.

    ? Le mythe de la « Recherche publique » dessine l?image d?une recherche qui obéirait à des critères fondamentalement différents de ceux de la recherche privée. Or les deux sont depuis longtemps inextricables, tant au niveau de l?organisation et du financement des programmes que du type de questionnement en vigueur. Dans l?en-semble, elles participent du même projet d?artificialisation de la vie et de mécanisation des relations humaines. Nous voyons ceci explicitement confirmé, depuis quelques années, dans la recherche publique, où se trouvent mises en avant les valeurs et les pratiques des secteurs les plus « dynamiques » de l?économie marchande (start-up, PME de pointe, etc.).

    ? Le mythe de la « science pure » est né précisément au moment où l?imbrication de l?industrie et de la science était définitivement scellée. Depuis ses débuts, la science moderne consiste essentiellement à produire des faits à partir de machines : c?est une technoscience. Le mouvement même des techniques et des savoirs rend aujourd?hui insensée la croyance en une science qui serait pure connaissance, à côté d?une science dite « appliquée ». Dans les sciences dures, les faits sont informulables en dehors de tout l?appareillage technologique qui les sous-tend, préside aux expérimentations et structure le rapport à la réalité des chercheurs. Dans les sciences prétendument humaines, les rares chercheurs refusant de gérer et d?instrumentaliser les populations ne pèsent rien face aux techniciens du social et finissent le plus souvent par travailler pour eux.

    Il faut donc rompre avec le projet des sciences modernes, tel qu?il s?est cristallisé au XVIIe siècle (et qui est encore aujourd?hui une référence indépassable, malgré les précautions parfois prises). Il consistait à établir une connaissance totale et objective des phénomènes grâce aux mathématiques et à en acquérir la maîtrise technique immédiatement associée, pour le plus grand bonheur de l?humanité. Les progrès de la science ont d?eux-mêmes confirmé l?inanité de cette religion de substitution : la science, aussi avancée soit-elle, n?atteindra jamais l?objectivité absolue et ne fournira pas de réponse aux interrogations fondamentales de l?être humain. Quant au versant pratique, le XXe siècle a consacré l?échec du point de vue de l?ingénieur : loin de servir le bonheur et la liberté, le formidable accroissement de puissance permis par la Recherche a surtout contribué à dissoudre les sociétés humaines à coup d?assujettissements et de dépendances, et à mettre en péril les conditions minimales de notre survie. Débarrassée de tous les freins sociaux et politiques, la gestion quantitative du monde se révèle catastrophique. Elle ne continue à donner l?illusion de sa maîtrise qu?en étendant toujours plus loin son champ d?expérimentation, ses initiatives réductionnistes et ses équations hors de propos. Dans leurs désirs d?omnipotence et de manipulation, les gestionnaires continuent de faire « comme si » cette maîtrise était réelle, persistant, par des pratiques frauduleuses et des expérimentations dangereuses, à faire entrer de force dans leurs modèles mécanistes tout ce qu?ils ont renoncé à comprendre. Jusqu?à en arriver à produire une vie en bulle, dans laquelle personne ne dispose plus des points de repère permettant de réfléchir et de juger.

    À rebours de tous les projets politiques, de gauche ou de droite, qui souscrivent encore à ce projet de maîtrise totale du vivant et ne proposent que de s?y engouffrer un peu plus, nous pensons que le point de départ de toute réflexion politique devrait résider dans ce double constat :

    ? L?effondrement de plus en plus rapide des conditions biologiques de notre survie (et corrélativement, la mainmise de la technoscience sur la survie et la reproduction de tous).

    ? L?impuissance grandissante des êtres humains sur le cours de leur existence, vidant de leur substance les concepts de raison et de liberté.

    Partir de ce double constat, c?est saisir les difficultés dans lesquelles nous nous trouvons pour lutter. D?une part, la précarité des conditions de vie, toile de fond de tous discours et projets politiques, sert de plus en plus à justifier la passivité et à détruire les initiatives qui vont dans le sens de l?autonomie. D?autre part, la réduction de tous au statut de rouage dans les structures de production et d?échange nous a largement désappris ne serait-ce que l?usage de la parole pour réfléchir ensemble. Nous croyons pourtant que la raison critique et la sensibilité, aussi atrophiées soient-elles aujourd?hui, nous rendent malgré tout irréductibles à du bétail, des marchandises ou des machines. C?est en nous appuyant, entre autres, sur ces facultés, que nous pourrons maintenir une indépendance critique, et cultiver des réflexions et des savoir-faire qui ne donnent pas prise aux États, aux industries et à leurs marchandises. S?en prendre à la Recherche signifie se placer à côté de tous ceux et toutes celles qui essaient de se réapproprier leur vie.

    Tant de choses sont à faire pour mener une telle offensive :

    ? Prendre conscience qu?il y a déjà des lignes de fracture au sein de la Recherche, que le malaise lié à la vie dans les laboratoires, aux conceptions qui y sont cultivées et au sentiment de participer à l?écrasement des gens est bien réel, et qu?il n?est pas seulement un problème de caractère, de psychologie individuelle.

    ? Approfondir l?analyse, dans chacun des domaines que nous connaissons, recenser, actualiser et mettre en commun les critiques de la science moderne, pour rompre avec la spécialisation et l?isolement qui ont cours dans les laboratoires.

    ? Comprendre comment des mouvements de contestation forts dans les années 1970, comme par exemple les luttes contre la recherche militaire ou le nucléaire, se retrouvent aujourd?hui complètement anéantis, noyés sous le déferlement technolgique.

    ? Diffuser cette critique de la Recherche et du monde industrialisé partout où il est encore possible de faire entendre une voix discordante, et mettre fin, là où l?on peut, à l?insupportable impunité de l?obscurantisme scientiste.

    ? Dénoncer sans ambiguïté toutes les procédures pseudo-démocratiques (forums hybrides, conférences de citoyens, sondages sur internet...) qui consistent à faire valider par le plus grand nombre des décisions déjà prises, et qui, par-là, intègrent, neutralisent et discréditent la critique.

    ? Être partout, en somme, où se déploie la dictature ordinaire de la vérité des experts, afin de rappeler les vérités dont ils s?agit, quelles usurpations et quel type de monde ils défendent.

    Nous appelons à établir les liens encore possibles entre toutes les personnes qui, issues ou non du milieu scientifique, parfois s?ignorent et entendent résister en acte à l?avancée de la technoscience. La question n?est pas de rapprocher la science du citoyen, mais de casser la logique de l?expertise, de dénoncer le mensonge de la neutralité de la recherche et d?empêcher la science contemporaine de contribuer, au jour le jour, à détruire la politique, la remplaçant par une affaire technique.

    Si nous aimons la curiosité et le souci de compréhension, nous pensons qu?ils seraient bien mieux employés à l?encontre de ce qui nous arrive.

    Groupe Oblomoff

    21 ter, rue Voltaire

    75011 Paris

    oblomoff(a)no-log.org"

  22. 22
    Julien G. dit:

    Bien d'accord! Le modèle "autonome" ultra-libéral et cpaitaliste voulu par la droite fonctionne bien aux US par exemple (j'y ai passé 2 ans dans une assez bonne univ..) mais effectivement SEULEMENT pour les universités qui "se débrouillent" le mieux dans cette logique de financements privés. On peut remarquer en revanche qu'aux US, le pourcentage du PIB destiné à la recherche publique est bien supérieur à celui qu'on a en France, (entre 1 et 2% et non les 2.3% ou plus clamés par le gouvernement). Autrement dit, autoriser des financements externes, coupler les financements, etc. POURQUOI PAS mais SANS ARRETER les financements publiques!

    Merci, Julien (Astronome en postdoc au Mexique)


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