05oct 05

Sur l'estrade des orateurs à Marseille il soufflait un petit vent trop frais. J'étais assez content de mon blouson coupe vent. Mais je peux témoigner que Marie Georges Buffet était saisie de froid. Ce n'était pas la seule. Presque à la fin quelqu'un s'en est avisé et lui a passé un imperméable. C'est elle qui a conclu ce meeting de soutien aux travailleurs de la SNCM. J'avais dit quelques mots juste avant. Deux mille personnes dans ce petit vent qui pinçait. Le coeur chaud et la grosse colère dans les dents.

Les communistes m'avaient demandé si j'étais d'accord pour venir exprimer mon soutien dans un meeting où tout le monde à gauche serait là. Je ne crois pas que j'aurais pu refuser, n'est-ce pas ? J'aurais pu répondre que mes camarades socialistes des Bouches du Rhône seraient là. Ils y étaient d'ailleurs. Mais le devoir de solidarité et celui du coeur, ça ne se délègue pas. Et je dis sans détour que pour moi c'est un honneur qu'on me juge utile dans cette bataille. Depuis l'estrade, je voyais tous ces visages et je lisais non seulement la combativité mais aussi l'angoisse. Beaucoup oublient souvent ce gouffre qui sépare les parties en conflit quand il y a la grève. Les uns, les puissants, les importants donnent les ordres « courageux » : licencier, brader le patrimoine national, assumer la honte d'être les voyous officiels qui ruinent et persécutent leur propre patrie. Sinon, ils lisent les journaux importants puis ils préparent des man?uvres et des plans de communication. Ils rentrent chez eux le soir, inquiets mais détendus après une rude journée de lourdes responsabilités. Compatissez. De l'autre, les gens du commun. Cela veulent seulement qu'on les laisse vivre dignement de leur travail. Ils ne sont pas belliqueux. Ce n'est pas eux qui ont provoqué tout ce bruit et cette fureur de combat. Pour eux la lutte, la grève c'est le stress, les jours de paye perdus, le ballet des évènements qu'on examine en se demandant à quelle sauce on va être mangé peut-être. La grève c'est un ennui pour les importants qui commandent, un spectacle pour les médias, une épreuve totale pour celui qui la fait et pour sa famille. C'est pour ça que tant de braves gens dans le pays regardent ce qui se passe là. Pas comme pour un match où l'on compte les points et où on choisit son champion mais comme pour une question qui serait presque personnelle, presque familiale. Tous ceux-là savent que c'est en ce moment le gouvernement de tous les dangers qui gouverne, frappe, frappe et frappe encore. Les gens se disent : « on a voté ils s'en fichent ! Alors maintenant qu'est ce que ça va donner si on leur tient tête jusqu'au bout et qu'on leur montre qu'on a pas peur » Et chacun se dit : ce serait mieux si les grévistes gagnaient ». Voila pourquoi j'ai terminé mon discours en disant : « nous vous disons merci pour ce que vous faites ». Je pense que beaucoup de ceux qui vont lire ces lignes se sentiront représentés par ces mots, non ?


4 commentaires à “Sur le port de Marseille”

  1. 1
    Fraise des Bois dit:

    C'est bien d'être intervenu à Marseille, cher camarade, ne serait-ce que pour donner un peu de visibilité et donc de crédibilité à un PS qui semble depuis trop longtemps en décalage avec le mouvement social et les préoccupations des gens du commun, comme tu le dis. Ca fait plaisir, sauf à l'actuelle direction du PS, si j'en crois la lecture du Monde daté du 6 octobre...

    La lutte continue donc, y compris contre les alliés objectifs de l'actuel gouvernement au sein de notre parti... Pas facile...

  2. 2
    Florestan dit:

    "Patriotisme économique"

    il dit! l'autre...

    Pas à Paris mais à Bruxelles, évidemment... Il faudrait reconstruire un rapport de force pour freiner voire renverser le vent ultra libéral qui souffle faute de contre vent aussi puissant: avec des girouettes en guise d'élites politiques on n'y arrivera pas...

    L'impuissance économique dénoncée par JP Fitoussi est organisée tant à Paris qu'à Bruxelles dans le jeu stérile de la patate chaude...

    Tant qu'il n'y aura pas de politique économique et industrielle au niveau européen, tant que la BCE n'aura que la lutte contre l'inflation comme unique raison d'être et tant que la Commission ne sera pas un vrai gouvernement européen compétent et responsable devant le parlement européen sur des compétences européennes définies on assistera à la curée des états- providence et démocratiques au profit d'un grand marché ouvert à la tempête permanente libérale et ou la "concurrence libre et non faussée " sera définitivement première dans la hiérarchie juridique des valeurs...

    Florestan

  3. 3
    Toto dit:

    Comment tu n'as pas donné ton coupe vent à Marie-Georges ?

  4. 4
    SCHMITT dit:

    Enfin un parti de gauche un vrai qui à su s'allier au parti communiste dans le
    respect des idées de chacun.Il serait grand temps pour le parti socialiste de se
    remuer le c... et d'arreter de savoir qui sera le plus beau pour les présidentielles
    de 2012.
    Si Jaurès était encore de ce monde il se demanderait ce qu'on a fait de ses
    idées de paix et de démocratie.
    Et cette droite ultralibérale qui se permet toute les dérives (évacuations par les forçes de l'ordre des sans papiers voir les enfants de don quichotte à Strasbourg ces pauvres hères qui ne savent plus ou aller à Sangatte un
    ministre de l'immigration qui dissuade par tous les moyens que des humains
    aident d'autres dans la détresse.Honte à ce gouvernement!
    Alors camarades le 7 juin je voterai pour le parti de gauche!


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